Aveyron : le Roquefort se mobilise contre Nutri-Score, un classement des aliments pénalisant

Mobilisation ce lundi du Roquefort contre le Nutri-Score, ce système d’étiquetage qui classe les aliments de A à E selon leur qualité nutritionnelle. Les acteurs de la filière, associés aux élus de l'Aveyron, demandent l'exemption car ils craignent que les consommateurs ne se détournent.

Les acteurs de la filière Roquefort ont donné ce lundi matin une conférence de presse à Millau, aux côtés de nombreux élus du département de l'Aveyron, dont le président du conseil départemental et la maire de la ville. 

Éleveurs, producteurs de fromage et élus demandent l'exemption de cette notation des aliments qui se concrétise par un étiquetage qui les classe de A à E et du vert au rouge selon leur qualité nutritionnelle. Ils craignent que les consommateurs ne jugent "très mauvais pour la santé", un produit de qualité qui est garanti par l'AOP (Appellation d'origine contrôlée).

"Prêt à penser", "prêt à manger"

Le roquefort est un produit très salé et plutôt gras (1,5 à 1,8 gr de sel et 30 gr de lipides pour 100 gr en moyenne), ce qui le classe automatiquement dans les produits peu recommandables selon les critères de sélection établis.

"Nous, on estime que par rapport à notre cahier des charges en AOP, on est très ancré en territoire par rapport à un savoir-faire, un héritage qui est de pratiquement un siècle en lait entier et cru, affirme Jérôme Faramond, vice-président de la Confédération générale de Roquefort. De ce fait, on ne peut pas faire évoluer notre cahier des charges pour faire changer positivement le Nutri-Score".

Les producteurs ont dénoncé lors de la conférence de presse un "prêt-à-penser", "prêt-à-manger" qui n'a aucune légitimité les concernant. Ils estiment qu'il y a un risque fort de voir les consommateurs préférer d'autres produits pour de "mauvaises raisons" et une "mauvaise note".

Mauvaise note

Une "grosse crainte" pour Jérôme Faramond, qui, s'il juge bénéfique le Nutri-Score quant à son cahier des charges, le trouve totalement inadapté. Voire contre-productif pour des produits comme celui qu'il défend.

Le vice-président de la Confédération générale de Roquefort souligne, par ailleurs, que le Nutri-Score se base sur une quantité de 100 gr de produit, alors même que la moyenne de consommation journalière des Français est de 30 gr. 

"Quand on va dans le commerce et qu'on voit des clignotants rouges sur un aliment, on n'a peut-être pas envie d'en consommer alors que pour le Roquefort, il n'y a pas de problème, estime Marie-Hélène Veyrie, diététicienne et nutritionniste à Millau (...). Mon grand-père a commencé l'aventure en 1927. Il est décédé à 87 ans après avoir mangé du Roquefort tous les jours. Il se portait comme un charme. Donc je ne pense pas que le Roquefort mérite sa note".

2022 en ligne de mire

L'AOP Roquefort commercialise 7.000 tonnes de fromage chaque année. 25% partent à l'étranger. D'où la crainte que cette forme de pénalisation intervienne en Espagne ou en Allemagne, pour ne citer que ces deux pays où le Nutri-Score est également promu.

Pour les éleveurs et les fabricants de fromage, les qualités nutritionnelles du lait de brebis sont en outre ignorées par ce classement. Une injustice de plus à leurs yeux, qui pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur le plan commercial, si l'affichage de Nutri-Score devenait obligatoire.

Certains producteurs de fromages, comme Delphine Carles, gardent espoir. "Je sais qu'il y a beaucoup de bonne volonté de la part de chercheurs, de médecins qui vont dans le sens de la réhabilitation du lait cru. Le calcium, c'est très important à différents âges de la vie : pour les enfants et plus tard, quand on vieillit, il faut avoir une bonne ossature. Il y a des tas de critères qui font que je suis optimiste... ils vont nous l'enlever". 

Éleveurs et producteurs craignent que la Commission européenne n'impose Nutri-Score sur tous les emballages d'aliments dès 2022.

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