L’affaire de maltraitance animale d’un adolescent jetant des chatons du haut d'un pont vire à la chasse à l’homme sur les réseaux sociaux

Dimanche 7 avril, un adolescent de 16 ans est filmé par sa petite amie en train de jeter des chatons du haut d'un pont, à Bruéjouls dans l'Aveyron. Très vite, la vidéo tourne sur les réseaux sociaux. Placé en garde à vue, le lycéen est devenu en quelques jours "l'homme le plus recherché de France" comme le décrit un internaute. Appels à la violence et menaces de mort pleuvent.

"Je vous jure par pitié que quelqu'un le torture comme il a torturé ces chatons". Voilà l'un des innombrables messages d'appel à la violence que l'on peut lire sur les réseaux sociaux comme X ou TikTok ces derniers jours. La cible ? Un lycéen aveyronnais de 16 ans.

Dimanche 7 avril 2024, le garçon est filmé par sa petite amie en train de jeter sept chatons dans la rivière depuis le haut d'un pont. Un acte de cruauté, qu'il exécute le sourire aux lèvres. Sur un ton ironique, on peut l'entendre "Salam aleykoum les petits chats !". 

La vidéo est d'abord partagée à un groupe d'amis sur WhatsApp, avant de fuiter sur les réseaux sociaux. Elle finit par être repartagée par de nombreux comptes, qui s'indignent d'un tel niveau de cruauté envers les animaux. Très vite, le jeune homme est identifié par des internautes, qui partagent alors son nom, son numéro de téléphone, son adresse, celle de son lycée, de son club de rugby, etc.

Des menaces de mort

Sur TikTok, certains se filment même devant le domicile de la famille du garçon. Des menaces de mort, des appels à la violence, à la torture, se multiplient dans les commentaires. "Attrapez-le et jetez-le dans la rivière", peut-on par exemple lire sur X. 

Le lycéen qui apparaît dans la vidéo s'est finalement rendu de lui-même aux autorités. Il a été placé en garde à vue, et a reconnu les faits. À titre de sanction, il fera l’objet d’une alternative aux poursuites sous la forme d’une mesure de réparation par la protection judiciaire de la jeunesse de l’Aveyron, a indiqué le parquet de Rodez. Et plusieurs procédures sont en cours pour les menaces de mort à l'encontre du garçon.

Sur les réseaux sociaux, la police nationale de l'Aveyron a publié un message, face à l'ampleur que prend cette affaire sur Internet. "Des plaintes ont été déposées. Nos services judiciaires ont placé en garde à vue un jeune homme et il devra répondre de ses actes devant la justice. ATTENTION aux amalgames et fausses informations qui suscitent des réactions disproportionnées et inadaptées."

Sur X, des photomontages circulent avec le visage du garçon, comme sur une affiche "WANTED". 

Une ampleur inédite à Rodez

Contactées, les forces de l'ordre confirment leur volonté de "désamorcer la situation". Dans un contexte où la violence chez les jeunes prend des proportions dramatiques, comme dans un collège de Montpellier, ou dans l'Essonne, la police nationale a conscience que certains sont prêts à se rassembler pour lui faire du mal. "À Rodez, on n'a jamais eu affaire à ce genre de phénomène. Mais on a vu ailleurs comment ça pouvait tourner, on reste vigilant", indique la police.

Les associations s'en mêlent

L'association de défense des animaux, One Voice, a elle aussi déposé plainte contre le lycéen ainsi que sa petite amie, qui a filmé la scène sans intervenir. "C'est extrêmement inquiétant de voir des jeunes pratiquer des actes de cruauté comme ça", alerte la présidente de l'association Muriel Arnal. 

Pour elle, cette vidéo souligne un problème plus large de gestion des populations de chats sauvages en France. "Avec une campagne de stérilisation, on pourrait gérer leur nombre, et éviter ce genre de situation. Mais ça demande du courage politique, que la France n'a pas sur ce sujet."

One Voice ne cautionne en revanche aucun des appels à la violence suite à la vidéo : "Je dis “au secours”, se désole Muriel Arnal. Redevenons civilisés. Les réseaux sociaux sont devenus un défouloir virtuel, mais parfois ça peut devenir réel. Il faut laisser la justice avancer."

Des réactions en chaîne

Dans un post Facebook, la SPA de Rodez a également réagi : "Bien que cet acte soit violent et glacial, ce post n'est pas un appel à la haine, tout commentaire vindicatif et malveillant sera supprimé."

Les proportions de cette affaire dépassent le cadre du monde de la protection animale. Le club Rodez Rugby, cité dans un article, a dû communiquer sur les réseaux face à l'afflux de messages : "Nous recevons des appels et des messages injurieux concernant le lycéen en cause qui jouerait au rugby en Aveyron. Renseignement pris, ce jeune n’a pas de licence à RODEZ RUGBY. Qu’importe, les faits sont révoltants et ne peuvent qu’être condamnés."