Causse du Larzac : 50 ans de lutte en sud Aveyron entre Millau et Lodève mais pas seulement

« Gardarem lo Larzac »… La formule a fait le tour du monde, la lutte des paysans aveyronnais pour défendre leurs terres aussi. Mais dans « Le Peuple du Larzac », Philippe Artières nous fait découvrir une histoire encore plus riche de ce territoire.

14 août 1977 : 30 000 manifestants pénètrent sur le camp militaire du Larzac pour protester contre son extension
14 août 1977 : 30 000 manifestants pénètrent sur le camp militaire du Larzac pour protester contre son extension © Photo AFP

Le plateau du Larzac, ce n’est pas que José Bové ou la lutte des paysans qui y ont défendu leur terre contre un projet d’extension du camp militaire dans les années 70. Le Larzac fut, à travers les âges et à plusieurs reprises, un lieu de détentions et de luttes. Mais l’historien Philippe Artières va beaucoup plus loin dans le temps pour nous révéler les origines du peuple de ce causse désormais célèbre à travers le monde.

Des Celtes aux migrants de la Révolution

Celtes et Ligures s’y sont croisés. Les Templiers y ont connu gloire et déclin. Catholiques et protestants s’y sont affrontés. Impossible de résumer le Larzac à une époque. Ce causse fut aussi une terre d’immigration à la veille de la Révolution mais on n’y menait « pas pour autant une vie de liberté ». Le plateau vit surtout s’étirer pendant longtemps des existences de labeur et de pauvreté.

Philippe Artières relate notamment le combat des cabanières qui fabriquent le Roquefort. En 1907, elles s’unissent en syndicat et remporte une bataille pour un salaire décent. Un fromage qui avec la ganterie bien ont placé le Larzac sur la carte du monde bien avant les années 70. Pour ordre d’idée, en 1931, Millau compte 65 usines de gants.

Le temps des Camps

Avant la lutte ouvrière ou paysanne, le causse symbolise « un moment disciplinaire ». Dès 1856, y est installée une institution de redressement de l’enfance. Dans la colonie pénitentiaire du Luc, de jeunes détenus doivent défricher, dépierrer puis labourer les champs.

Les premières manœuvres militaires démarrent en 1899. Les régiments d’infanterie d’Albi, Béziers et Montpellier s’y déploient trois ans plus tard sur 5.000 hectares d’où ont déjà été expropriés des agriculteurs. Des Républicains espagnols « étrangers volontaires pour la durée de la guerre » y traînent aussi leurs guêtres, des officiers allemands y sont également « rééduqués » puis vient une autre guerre.

Dès 1959, des Algériens sont « assignés à résidence surveillée » sur le camp du Larzac. Après les accords d’Evian, les Harkis leur succèdent, parqués sur ce qui devient « le plateau aux mille tentes ». Artières s’appuient alors aussi pour ses recherches sur des travaux de confrères comme ici Abderahmen Moumen.

Le « petit » camp militaire

En 1963, le Larzac retrouve ses fonctions de camp militaire, l’un des plus petits de France, 3.500 hectares contre deux fois plus pour celui de Caylus par exemple. La guerre froide annonce des expérimentations de nouveaux armements et donc des manœuvres auxquelles s’ajoutent un besoin d’espace.

Le décor est planté quand le secrétaire d’Etat à la défense de l’époque annonce une extension du camp de 3.500 à 17.000 hectares. 105 exploitations et plus de 500 personnes sont menacées d’expropriation. « Pour l’historien de la longue durée, cette lutte d’une décennie apparaît d’abord mineur au regard du passé du Larzac » écrit Artières. Mais des dizaines d’appels, de pétitions, d’articles, de reportages et des centaines de livres en français, anglais ou encore occitan plus tard, le Larzac devient un symbole.

Des soutiens multiples des maoïstes aux catholiques en passant par la FNSEA

En 1970, le causse est loin de mourir. Bien au contraire, de jeunes paysans s’y sont installés. Le plateau est devenu un gage d’authenticité, notamment pour la promotion du Roquefort dont il est loin de fournir tout le lait de brebis nécessaire à sa production. C’est sans doute pour ça que les dirigeants de la filière vont soutenir les paysans dans leur lutte.

Tout comme la Jeunesse Agricole Catholique ou la Jeunesse Ouvrière Catholique (appuyée par des évêques), la FNSEA, Serge July et des militants maoïstes mais aussi les Lip et même un préfet jugé trop « conciliant » qui sera muté. Le mouvement saura garder son indépendance et ne sera jamais récupéré.

Non-violence

S’en suivent des actions innovantes, dont les désormais bien connus cortèges de tracteurs qui monteront jusqu’à Paris en 1973. Le tout placé sous le signe de la « non-violence » incarnée entre autre par le fondateur de l’Arche Lanza Del Vasto, qui jeûnera pour soutenir le combat. Ce dernier relèvera dans une lettre à Pompidou « une tension entre l’armée et la nation depuis la guerre d’Algérie ».

Malgré les tentatives du gouvernement de jouer la carte de la discorde, le serment signé par les 103 exploitants du Larzac menacés par l’extension du camp militaire ne sera jamais rompu. La création d’un « Groupement Foncier Agricole » (où qui veut acheter un lopin ou carré de terre en soutien peut le faire) finit de tisser cette maille indéchirable de solidarité.

L’ère des altermondialistes

« Leur véritable victoire est d’avoir tenu » reconnaît l’historien Pierre-Marie Terral qui a, lui, aussi écrit sur la lutte. Tenu jusqu’à l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981. Le premier président socialiste de la cinquième République met fin au projet d’extension du camp militaire.

Mais les graines de la contestation sont semées depuis longtemps et continuent encore de germer régulièrement, du démontage du Mac Donald de Millau en 1999 au rassemblement altermondialiste de 2003 à l’Hospitalet, jusqu’aux ZAD des dernières années. « Sur le Larzac, s’inventent depuis des millénaires des politiques de vivre ensemble » conclut Philippe Artières.

« Le peuple du Larzac » de Philippe Artières, La Découverte.

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