Coronavirus : en Occitanie, le bâtiment fait front

En Occitanie le secteur de la construction et du bâtiment a été l'un des premiers à prendre des mesures pour que les chantiers ne soient pas à l'arrêt, l'adaption au covid est loin dêtre simple. La coordination entre les différents corps de métiers est un casse tête. 

Le covid n'épargne pas les artisans et les professionnels du bâtiment qui ont du s'adapter
Le covid n'épargne pas les artisans et les professionnels du bâtiment qui ont du s'adapter © Laura Laure Gally France 3
Dans les Pyrénées-Orientales, le secteur du Bâtiment et des travaux publics (BTP) emploie environ 8800 personnes. Si aucune faillite n'a été enregistrée, ni aucun licenciement d'après nos sources, l'intérim a joué un rôle majeur.
Dès le mois d'avril, les chantiers ont pu reprendre sous certaines conditions comme le prévoit le guide de la préconisation publié par l'OPPBTP, l'Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics. Il a fallu pour cela adapter les plannings, ce qui n'est pas une mince afffaire sur un chantier où le temps est compté et où les corps de métiers se succèdent rapidement. 

Aujourd'hui, beaucoup de nos entreprises tournent tout de même au ralenti en raison de la mise en place des mesures sanitaires comme la distanciation, pour éviter la coactivité et les risques inhérents.

Emilie Dumas chef d'entreprise 66

La coactivité est une des spécificités des chantiers. Parfois plusieurs entreprises interviennent en même temps. Les corps de métiers se succèdent dans un tempo millimétré. Avec la crise sanitaire, certains artisans ont anticipé en organisant leur activité différement.

En ce qui me concerne, je continue de travailler dans mon domaine, mais j'ai décidé d'élargir mon champ d'action en répondant à des appels d'offre sur d'autres métiers comme la peinture que je ne faisais pas. Je sous-traite l'activité pour le moment et ça permet de limiter les contacts sur les chantier et donc la coactivité,

Alain Torrès plâtrerie isolation


L'administration présente aux côtés des entreprises

Les entreprises de construction ont également pu compter sur la générosité de l'état qui a consenti dans ce département pas moins de 46 millions d'euros de PGE, prêt garanti par l'Etat. 
Dans le département de l'Hérault, la situation est sensiblement la même. Les chantiers ont repris en s'adaptant tant bien que mal et les entreprises font le maximmun pour rattraper le retard pris. 

Il faut rattraper le temps perdu pendant le confinement. Le volume de travail est deux fois plus important. Ce qui n'a pas été fait, il faut le faire. Mais Il faut reconnaître que les  services de l'état ont été très présent pendant cette période difficile pour nous, tout comme la banque de France avec le prêt garanti par l'Etat.

Jean Pierre Garcia Président de la CAPEB 34

De leur côté, les entreprises ont du mettre en place des protocoles sanitaires ; port du masque, distanciation sur les chantiers. Des fiches ont été distribuées aux entreprises pour leur indiquer les démarches à suivre. Mais le port du masque est compliqué à mettre en oeuvre dans les métiers du bâtiment en raison des conditions de travail, de la poussière ou encore de la chaleur. Pas sûr que tout le monde soit en mesure d'appliquer ces mesures au quotidien.

Tout le monde a joué le jeu, excepté quelques services comme les permis de construire ou certaines collectivités locales qui ont ordonné la fermeture des déchetteries. Aujourd'hui ce que craignent les entreprises du BTP, c'est l'après crise. Si les chantiers tournent à plein régime en ce moment pas sûr qu'il en soit de même d'ici la fin de l'année ou pour le premier semestre 2021. 

Les services des permis de construire ont pris beaucoup de retard. L'adminstration est encore en télétravail et les dossiers mettent plus de temps à être validés, d'après les responsables du secteur.
Rien que sur le premier semestre 2020, il y a eu 28% de permis de construire en moins dans le département des Pyrénées Orientales.

La covid aura tout de même un coût

Si la profession doit encore faire face à des difficultés d'approvisionnement en matériaux, la construction privée a plutôt bien réagi à la crise. Les chantiers de rénovation sont ceux qui se portent le mieux,  ce qui permet aux artisans de maintenir un volume d'affaire.

C'est vrai, il y a plus de rénovation dans l'ensemble en ce moment même si en ce qui me concerne ce n'est pas tout à fait vrai. Cela s'explique par le fait que les gens ont investi, pendant cette période d'incertitude, dans la pierre. Et puis il ne faut pas oublier, qu'il n'y a pas besoin de permis de construire pour rénover

Alain Torrès artisan platrerie isolation

Ce chantier à Collioure aurait du être livré avant l'été.
Ce chantier à Collioure aurait du être livré avant l'été. © France 3 Laura Laure Gally
  
Mais si la rénovation porte le secteur, il n'en est pas de même en ce qui concerne la commande publique qui tarde à repartir. 
L'autre aspect sur lequel le président de la CAPEB Hérault souhaite attirer notre attention, concerne l'apprentissage. Il manque selon lui d'apprentis. Les 5 CFA dont il a la responsabilité en Occtianie forme 3300 jeunes et emploie 250 professionnels. Mais il y aurait la place pour 1000 apprentis de plus.

Nous avons 600 offres d'emplois qui ne sont pas pourvus en ce moment. Il y a du travail dans notre profession mais les jeunes ont toujours du mal avec les métiers du bâtiment. C'est dommage car pendant leur formation, on leur paye le permis de conduire et un mineur est rémunéré à 50% du SMIC, 80% pour un majeur plus les paniers repas. 75% des diplômés trouvent un CDI après leur CAP et leur Brevet professionnel avec un salaire net de 1800 euros pour débuter

Jean Pierre Garcia Président BTP Occitanie qui gère 5 CFA


Enfin ce qui est quasiment certain, c'est que cette crise sanitaire aura un surcoût pour la profession et in fine pour le consommateur. Les mesures liées Covid sont estimées entre 5 à 10% selon les chantiers. Sachant que la marge dans le BTP est de l'ordre de 2% en 2019, il faudra puiser dans les réserves, c'est en tout cas ce que craignent les professionnels du bâtiment. 
 
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