Richard Perez, le "roi des poubelles", dans le Gard mis en examen et placé en détention provisoire

Publié le
Écrit par Alexandre Grellier avec Olivier Brachard

Richard Perez, surnommé le "Roi des poubelles" dans le Gard, a été arrêté et placé en détention provisoire sur instruction d'un magistrat de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille (Bouches-du-Rhône) ce mardi 11 mai 2022. Au total, cinq personnes sont mises en examen pour des atteintes à l'environnement.

Une opération de gendarmerie menée dans trois départements (Bouches-du-Rhône, Gard et Vaucluse) ce lundi 9 mai a permis l'arrestation de neuf personnes a-t-on appris auprès du parquet de Marseille. 60 gendarmes étaient mobilisés, ils ont conduit onze perquisitions : neuf domiciles et deux sièges sociaux ont été fouillés par les enquêteurs.

Les neuf interpellés ont été entendus en garde à vue. Ils sont soupçonné de "gestion irrégulière de déchets en bande organisée, transfert irrégulier de déchets en bande organisée, exportation illicite en bande organisée, abandon illégal de déchets en bande organisée, escroquerie en bande organisée, exploitation irrégulière d'installation classée et destruction par incendie." A l'issue des gardes à vue, cinq personnes ont été placées mises en examen et deux placées en détention provisoire, dont l'entrepreneur nîmois Richard Perez et trois sous contrôle judiciaire. Six personnes morales sont par ailleurs mises en examen.

Richard Perez est un habitué des cours de justice. Il a été inquiété à neuf reprises par la justice au début des années 2000. L'homme d'affaires est aussi en attente d'une date pour un procès en tant qu'accusé dans le cadre d'une tentative d'assassinat.

L'affaire commence à la mi-août 2020, suite à un incendie qui s'est déclaré dans un hangar exploité par la société "Bennes 30" sur la commune de Milhaud (Gard). Un site servant de plate-forme de transit, de tri, de regroupement et de préparation de déchets non-dangereux. Lors des investigations "concernant l'origine de l'incendie mais également les conditions de stockage et de traitement des déchets au regard de la réglementation relative aux Installations Classées Protection de l'Environnement 'ICPE)", les enquêteurs ont mis en évidence plusieurs irrégularités, notamment au niveau des volumes stockés, nous apprend un communiqué du Parquet de Marseille.

Exportation non déclarées de déchets

En dépit d'une mise en demeure faisant suite à l'incendie, la société n'a pas réduit le volume de ses déchets mais a, au contraire, poursuivi son activité en accueillant de nouvelles ordures. Et l'entreprise aurait même exporté 26.000 tonnes de déchets vers l'Espagne "dans des conditions non conformes à la législation", d'après le parquet de Marseille, entre octobre 2020 et février 2021.

Les investigations ont aussi permis aux enquêteurs de découvrir plusieurs site de stockage, des hangars remplis de déchets, dans le Gard, les Bouches-du-Rhône, la Drôme et le Vaucluse. Des stockages qui ne respectaient pas les normes et règlements en vigueur, d'après le parquet. Qui estime aussi que "certains déchets auraient pu faire l'objet d'enfouissements sauvages." De quoi motiver le déclenchement d'une enquête de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et la santé publique (OCLASEP).

Pour son avocat, Richard Perez est "victime d'un escroc"

Des accusations vigoureusement contestées par Jean-Marc Darrigade, l'avocat de Richard Perez, qu'une de nos équipes a rencontré ce matin. Le conseil de l'entrepreneur gardois distingue deux volets dans cette affaire. Son client conteste ainsi "la plupart des infractions au code de l'environnement. C'est tellement complexe que l'analyse juridique de ce maquis de textes supposera que soient tranchées certaines questions". Avant de concéder : "Il y avait toute une série de choses qui étaient à corriger ou en cours de correction mais qui ne justifiaient pas la fermeture de l'entreprise et qui ne justifiaient pas qu'elle soit coulée." La société Bennes 30 a en effet été placé sous scellé judiciaire et ses 21 salariés se retrouvent donc de fait au chômage.

Sur le volet "escroquerie en bande organisée", Jean-Marc Darrigade assure que ce qu'on reproche à Richard Perez, c'est "d’être associé à un escroc dont il est en réalité la victime. Puisqu’il s’est porté caution de certaines activités de cet homme-là, qui a planté tout le monde, qui a escroqué tout le monde et qui fait que les sociétés de Richard Perez sont actionnées au niveau juridique pour payer les dettes de cet homme-là."

Richard Perez a été incarcéré à la prison des Baumettes à Marseille. Son avocat  a indiqué à France 3 Occitanie qu'il allait faire appel de son placement en détention provisoire.