Grippe aviaire : les conséquences pour la filière et les consommateurs après le passage en risque "élevé" et le confinement des volailles

Le niveau de risque lié à la grippe aviaire sur le territoire métropolitain français a été relevé mardi 28 novembre de "modéré" à "élevé" après la détection de plusieurs foyers, malgré le coup d'envoi de la vaccination. Cette mesure prévoit un confinement des volailles. Il pourrait être effectif dès les prochaines heures.

Les élevages de poulet et de canards vont être soumis à un nouveau confinement. Le niveau de risque lié à la grippe aviaire en France est passé mardi 28 novembre de "modéré" à "élevé". Décryptage avec le professeur Jean-Luc Guerin, chercheur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse et spécialiste de la grippe aviaire.

 

Confinement inévitable

France 3 Occitanie : Jean-Luc Guérin va-t-on vers un nouveau confinement des volailles ?

Jean-Luc Guérin : "Ce que l'on voit, c'est qu'on est dans un contexte où le risque d'introduction de grippe aviaire par la faune sauvage augmente. Il arrive à son maximum au niveau européen. On a quelques cas d'introduction en France, mais la situation est bien pire dans d'autres pays européens. Elle est désastreuse en Hongrie, en Bulgarie, là où il y a des productions de canards. Elle est difficile aussi en Allemagne, en Grande-Bretagne. Donc, on va vers une augmentation du niveau de risque. Ce qui veut dire une mise à l'abri des animaux globalement. Sachant que la grande majorité des volailles ne sont pas vaccinées."

France 3 Occitanie : Ce confinement pourrait démarrer quand ? Demain ?

J.L.G : "Il peut démarrer demain ou après-demain. C'est une affaire de jour. Très vite. Très très vite. On a une situation qui est très évolutive. On est monté à risque "élevé" la semaine dernière."

La vaccination, outil complémentaire

France 3 Occitanie : C'est un confinement malgré la vaccination ?

J.L.G : Il y a le confinement général. Ensuite, il y a des situations spécifiques en matière de vaccination. La vaccination, c'est un outil qui apporte un progrès considérable dans la protection des élevages de canards. Mais c'est un outil complémentaire. La vaccination a démarré début octobre. Elle est obligatoire pour les éleveurs en production, pour le foie gras par exemple, mais elle est facultative à l'échelle des reproducteurs. Elle est globalement bien acceptée, au sens où elle a été demandée depuis des années par les producteurs. Elle est accompagnée par les pouvoirs publics, par les vétérinaires.
Donc, je pense que ça se passe plutôt bien. Même peut-être mieux que ce qu'on aurait pu craindre, compte tenu du calendrier très serré qui a été appliqué."

Risque de nouveaux abattages ? 

France 3 Occitanie : Les éleveurs avaient cet espoir qu'avec la vaccination, ils ne connaîtraient plus ce qu'ils ont vécu depuis plusieurs années : confiner leur élevage. Et ce ne sera pas le cas. Va-t-il falloir vivre avec les deux : la vaccination et le confinement ?

J.L.G : "Je pense que ce que redoutent le plus les éleveurs, ce sont les abattages massifs. Et notamment liés au risque de diffusion. Donc ce qu'on veut absolument éviter, c'est ce risque de diffusion. On ne va sûrement pas pouvoir empêcher des introductions ponctuelles, des foyers ponctuels, y compris dans des élevages vaccinés. Ça, c'est possible. Par contre, ce qu'on ne devrait plus observer, ce sont des abattages préventifs, des abattages massifs. Je pense que la principale crainte des producteurs, c'est celle-là. Et ce qu'on fait tous en ce moment, c'est d'éviter qu'on arrive à cette situation-là."

Quels risques pour l'homme ?

France 3 Occitanie : Où en est-on par rapport à l'homme ? Est-ce que la grippe aviaire est dangereuse ou est-ce qu'elle reste cantonnée aux volailles, aux animaux ?

J.L.G : "Aujourd'hui, les virus dont on parle, ce sont des virus qui touchent des oiseaux. Il y a quelques cas très rares, en fait, de franchissement de la barrière d'espèce vers les mammifères, vers les carnivores notamment. Le risque vis-à-vis de l'homme reste pris très au sérieux. Il est surveillé, mais il n'y a pas d'évolution récente. On n'a pas affaire à des mutations avec un risque qui aurait subitement augmenté."

Le coût de la grippe aviaire


France 3 Occitanie : Le gouvernement estime à 1 milliard le chiffre d'indemnisation pour les éleveurs liés à la grippe aviaire. Combien coûte selon vous cette grippe ?

J.L.G : "On est effectivement sur les coûts que vous évoquez pour les indemnisations. Quant au coût du plan de vaccination, il est de l'ordre de 100 millions à peu près. Je pense que cet investissement, il est légitime compte tenu des risques et de ce qu'on veut justement éviter. Le coût d'un milliard que vous évoquiez, c'était l'an dernier, en tout cas ces derniers mois. Il pourrait donc augmenter aujourd'hui."

Selon le dernier bulletin hebdomadaire de la plateforme française de surveillance en santé animale, 77 foyers de grippe aviaire chez des volailles ont été détectés en Europe : " 27 pays ont détecté sur leur territoire l'influenza aviaire", confirme la plateforme qui indique que "les voies de migrations descendantes actives des oiseaux sauvages en Europe sont fortement contaminées" et que ces détections se situent en "amont direct des voies de migrations concernant la France".

(Avec Amélie Poisson)