Un avocat de Toulouse plaide pour le retour en France des enfants de Djihadistes restés en Syrie

Dix enfants de djihadistes français, retenus dans des camps de réfugiés en Syrie, ont été rapatriés en France dans la nuit de dimanche à lundi. Parmi eux, trois sont originaires de Toulouse. Ludovic Rivière, avocat, suit leur dossier. Il signe une tribune pour que tous les mineurs puissent rentrer. 
Enfants orphelins dans le camp kurde d'Al-Hol en Syrie
Enfants orphelins dans le camp kurde d'Al-Hol en Syrie © Delil Souleiman/AFP

Ludovic Rivière est avocat au barreau de Toulouse. Il défend depuis mars 2019 les droits d’une famille dont les petits-enfants sont restés en Syrie avec leur mère. Il a suivi le dossier des 3 enfants rapatriés du camp D’Al-Hol dans la nuit de dimanche à lundi. 3 enfants de la même fratrie que Taymia, cette jeune française rapatriée en plein confinement pour urgence médicale. Il signe avec 6 autres avocats une tribune pour le rapatriement en France de tous les enfants détenus en Syrie. Ils seraient 300 à vivre dans des conditions particulièrement difficiles dans les camps Kurdes d’Al-Hol et de Roj.

Qui sont les 3 enfants rentrés hier soir et comment vont-ils ?

Il y a une fille de 7 ans qui est la sœur jumelle de Taymia et 2 jeunes garçons, un âgé de 6 ans et un de 2 ans, ses frères. Ils sont originaires de la région toulousaine, comme leur mère, restée en Syrie et ils étaient détenus jusqu’à une date récente dans le camp d’Al-Hol, avec elle, depuis février 2019. Ils vont bien, ils sont arrivés dans la nuit de dimanche à lundi à 4 heures du matin. 

L’opération a été pilotée par la cellule de crise du quai d’Orsay. Ils ont été préparés à leur départ. Ils étaient en grand danger et il fallait les rapatrier. Leur mère voulait aussi rentrer, mais on ne lui a pas laissé le choix. Elle a accepté de se séparer d’eux, les conditions de vie sur place étant très dures. Ces camps sont des "Guantanamo pour enfants". La séparation a été très difficile. La famille est très liée et ils ont toujours vécu ensemble. Après un examen médical ils seront pris en charge par le juge des enfants.

Ces camps sont des "Guantanamo pour enfants

 

Avez-vous des nouvelles de Taymia ?

Leur sœur Taymia va très bien, son état de santé en Syrie nécessitait qu’elle soit prise en charge : elle était en train de mourir. Il s’agissait d’une extrême urgence sanitaire. Après une double opération cardiaque dans un hôpital parisien elle est sortie d’affaire.

Pourquoi est-ce compliqué de faire rentrer ces enfants ?

C’est un problème de doctrine de l’Etat français : "faire du cas par cas". Une doctrine contre laquelle les avocats et les familles sont en totale contradiction. On s’occupe en urgence de la situation d’enfants malades ou orphelins, mais à ce prix-là on accepte de laisser vivre tous les autres enfants, il y a 300 Français - et des très, très jeunes - dans des conditions abominables, moyenâgeuses. C’est inadmissible ! 
Certains sont nés dans le camp, il y a des nourrissons. Ils ne sont pas responsables des choix de leurs parents et ils sont dans une situation très délicate. Depuis la création de ces camps en février 2019, 300 enfants, toutes nationalités confondues sont décédés.

Le camp d’Al-Hol compte 75 000 réfugiés. Les occidentales sont mises à part, dans ce que l’on nomme l’annexe, pour les protéger. Car il y a aussi le cas des mères. Les gens qui s’intéressent à cette question se prononcent pour le rapatriement. Les juges anti-terroristes du tribunal judiciaire de Paris réclament le retour des femmes et des enfants. Pour notre sécurité, c’est plus important qu’ils soient tous en France plutôt qu’en Syrie.

Pour en rapatrier 10, on accepte d’en laisser 300 sur place, c’est inadmissible. Il faut arrêter de laisser la situation  pourrir.

 

 

Vous avez des recours ?

Ce n’est plus le moment des recours juridiques. Ils ont été faits. C’est une question de volonté politique. Mais là, l’Etat français ne prend pas les mesures.
Taymia a été rapatriée et transférée en plein confinement. Elle a été confiée sur place à une équipe médicale française et on l' fait rentrer en France. Quand on veut on peut ! La preuve : on y est allé pour une seule enfant !

Aujourd’hui, les enfants évacués en priorité sont ceux en urgence médicale, les orphelins, les cas humanitaires. Oui, on sauve des enfants mais on en laisse souffrir beaucoup et on sépare les enfants de leurs mères. Là aussi, il ne faut pas que cela dure, il va falloir un jour renouer le lien et la séparation doit la plus courte possible. C’est dans l’intérêt des enfants.

Pourquoi avoir publié cette tribune ?

L’objet de la tribune, signée par avec 6 de mes consoeurs et confrères, c’est l’incompréhension du maintien de la politique "du cas par cas". La situation est dramatique sur place. Je ne reconnais pas mon pays dans ses valeurs quand il fait çà et je ne suis pas le seul !

Je ne reconnais pas mon pays dans ses valeurs

Je sais que l’opinion publique n’est pas toujours très favorable au retour de ces enfants. Mais il faut prendre des décisions politiques courageuses.

Cette tribune c'est pour sauver des enfants, il n’y a pas de message politique. Nous sommes des juristes, nous faisons du droit, et la loi internationale impose de tout faire pour sauver des enfants innocents. Le seul élément qui prévaut c’est l’intérêt supérieur des enfants. Leurs mères s’expliqueront sur leur départ et leurs choix. Eux n’ont pas choisi et n’y sont pour rien.

Il faut prendre des décisions politiques courageuses

La politique de la France est devenue illisible. Quand vous avez le conseil européen, les comités Onusiens, le secrétaire général de l’ONU, l’Unicef, le défenseur des droits, la commission nationale consultative des droits de l’homme qui appellent au rapatriement de ces enfants et de leurs mères, on ne comprend pas pourquoi la France ne le fait pas.

Les dix enfants de djihadistes ont été rapatriés des camps de Al-Hol et de Roj au nord de la Syrie dans la nuit de dimanche à lundi. L' annonce a été faite lundi 22 juin par le ministère français des Affaires étrangères"La France a procédé ce jour au retour de dix jeunes enfants français mineurs, orphelins ou cas humanitaires, qui se trouvaient dans des camps du nord-est de la Syrie", peut-on lire dans un communiqué. 
Au total, 28 enfants français ont été rapatriés de Syrie depuis l'effondrement du groupe État islamique en mars 2019
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
djihad faits divers terrorisme toulousains en syrie humanitaire international monde