Beau-Livre : mode d’emploi du manga avec une artiste et professeure toulousaine

La France est le deuxième pays plus gros lecteur de mangas après…le Japon. Et Toulouse avec une école spécialisée et des artistes reconnus l’une des places fortes nationales de cette « BD japonaise ». Manon Bordes alias Kuru, artiste et professeure de manga installée à Plaisance-du-Touch nous initie.

Shonens (action et aventure), shojos (romance) ou seinens (polars ou histoire d’horreur), il y en a pour tous les goûts et tous les âges dans les mangas. A condition de s’imposer une certaine rigueur (toute japonaise) comme, par exemple, un temps minimum de dessin par jour.

L’entrainement peut démarrer par les « traits de construction » et, n’en déplaise à certains, si possible sans gomme. Pour ce qui est du matériel et de la technique utilisée (aquarelle, crayon, marqueurs de couleurs…), un seul mot d’ordre : tester, que ce soit pour les crayons, stylos ou pinceaux ou pour le papier.

S'inspirer de la réalité pour démarrer

 Trente pages plus tard, place à la pratique. Mais attention, vos premiers dessins s’inspireront plus de la réalité que du style « manga ». Formes géométriques et rapidité seront aussi surveillées de près pour cette étape de base. Et entraînez-vous rigoureusement car le chapitre ne concerne rien de moins que le visage « qui n’est pourtant pas l’élément le plus simple ». Mais c’est par lui que l’on commence pour apprendre à dessiner un personnage.

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 Après le visage, et assez logiquement : « les émotions ». Il est vrai qu’en manga, elles sont particulièrement démonstratives. Trois éléments rentrent en jeu : sourcils, yeux et bouche. De la joie à la sérénité en passant par la gêne, Kuru nous livre un joli panel de tempéraments. Des symboles appelés « manpus » peuvent également être rajoutés. Autre secret de fabrication : ne pas hésiter à incarner soi-même son personnage et ses expressions.

Inventer des histoires

Puis place au corps et donc forcément au mouvement avec à la clé une belle leçon d’anatomie. Pour info, les abdos ou « tablettes de chocolats » sont au nombre de six.  Ce sera ensuite aux « Chibis » d’entrer en jeu pour cette initiation. Ces « petits personnages déformés super mignon » commenceront à vous faire toucher de la plume l’art manga.

 Mais ce « cours complet » ne s’arrête pas au dessin. Il aidera aussi son lecteur à « inventer des histoires ». Personnages, dialogue, style et ton, storyboard, rien n’est oublié pour construire une intrigue qui tiendra celui qui la lira de la dernière à la première page évidemment.

 Dernière étape enfin et pas des moindres : « dessiner les planches ». Les lignes de vitesse, effets psychologiques et autres trames qui font le succès des mangas n’auront plus aucun secret pour vous. Maintenant, il n’y a plus qu’à…

Comment expliquez-vous le succès des mangas en France ?

Manon Bordes alias Kuru : Pas facile de répondre à ça... C'est un format de BD qui s'adapte à tous les styles et tous les âges. Contrairement à Astérix dont vous allez vivre les mésaventures, avec un personnage de manga vous allez vivre ses péripéties mais le voir ressentir des émotions.

Tout le monde peut vraiment s'y mettre, y compris celui qui n'est pas un grand dessinateur ?

M.B : Bien sûr. mon ouvrage a été conçu pour les débutants. Moi, j'ai des élèves qui viennent pour apprendre du début.

Vous recommandez aussi de mimer soi-même les expressions de son personnage. Pourquoi ?

M.B : En manga, on accentue beaucoup sur le personnage en lui-même. Pour le comprendre, on peut l'interpréter soi-même. Je dis souvent à mes élèves de mimer les attitudes sur leur propre visage. ça les débloque.

D'où est partie l'idée d'un tel manuel ?

M.B : J'ai toujours eu envie de faire ce type d'ouvrage. C'est d'ailleurs avec eux que j'ai appris. Mais en fait, mon projet part d'une commande des Editions Fleurus. Avec les contraintes de format et de pagination, c'était un challenge. J'ai essayé de couvrir toutes les notions en procédant chronologiquement.

Qu'est-ce qui fait la réussite d'un manga ?

M.B : De très très bons mangas n'ont pas trouvé leur public. Le but c'est de transmettre les émotions. Il est plus important d'avoir un bonne histoire qu'un bon dessin. de plus en plus d'auteurs veulent se lancer mais comme en BD traditionnelle, il y a des séries phares.

Alors, justement pour terminer, que diriez-vous à quelqu'un qui voudrait en faire son métier ? Il y a des débouchés encore ?

MB : Des jeunes auteurs lancent actuellement leur série. Les éditeurs sont ouverts à ça. C'est maintenant qu'il faut y aller. 

« Cours complet de dessin manga » par Kuru, Fleurus Editions