Désobéissance civile : actions chocs d'Extinction Rebellion, "le but est de créer l'évènement médiatique"

Samedi 5 novembre 2022, le mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion prévoit une action secrète et non-violente contre les riches à Toulouse. Une nouvelle initiative "pour éveiller la population". La forme de ces mobilisations se veut de plus en plus étonnante, mais a t-elle du sens ?

Le mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion est de retour à Toulouse : le groupe annonce une action secrète et non-violente baptisée "Rino-Féroce" qui se déroulera le 5 novembre 2022 à Toulouse. Le message se veut incisif et contestataire envers les riches : "ne les laissons pas détruire le monde, réinventons notre société" . Le mouvement militant n'annonce aucune information concernant l'endroit, ni le déroulement de l'action. Mais elle risque de perturber l'ordre publique, à l'image des différentes actions du groupe.

"Éveiller la population"

Camille (prénom d'emprunt) est membre du mouvement à Toulouse. Elle l'affirme : "la désobéissance civile est LA dernière solution qui reste pour se faire entendre". Cette étudiante d'une vingtaine d'années a déjà signé des pétitions, ou participé à des manifestations. "Mais cela n'a rien changé. La situation est même en train de s'empirer" pense-t-elle. "On se dit : que faire quand on assiste à la destruction du vivant ? On veut éveiller la population". 

La surconsommation visée

Graeme Hayes est sociologue, spécialiste des mouvements environnementaux à l’université Aston de Birmingham. Il a analysé les toutes premières actions d'Extinction Rebellion en 2018 à Londres. Pour lui, le mouvement est dépolitisé. "Leur but est de trouver des solutions par des assemblées citoyennes, et mettre l'action écologique à portée de tous". Le discours est également davantage ciblé sur la consommation. "Selon les militants, la crise climatique est une affaire de surconsommation, et donc des riches…"

Des actions qui se multiplient 

L'action qui se profile à Toulouse est loin d'être isolée. Le 21 octobre 2022, des membres d'Extinction Rebellion se sont notamment collés à des voitures de sport au salon de l'automobile à Paris, pour dénoncer "le modèle de la voiture individuelle" . D'autres militants, d'un autre mouvement, ont aussi jeté de la purée sur une peinture de Claude Monet en Allemagne. Ces actions de contestation, de plus en plus atypiques, ont-elles toujours un sens ?

"Créer l'évènement médiatique"

Pour le sociologue britannique, ce type d'action a un objectif bien précis. "Extinction Rebellion veut créer l'évènement médiatique en attirant l'attention" analyse-t-il. "Ce sont aussi des actions non-conflictuelles, et plus simples à effectuer car cela nécessite peu de personnes." Mais le message n'est-il pas brouillé en perturbant la vie quotidienne de la sorte ? "C'est plus difficile à dire" répond-il . L'interrogation est de savoir si le mouvement est capable de susciter un rapport de force qui peut changer le système.

Souvent, les forces de l'ordre empêchent mieux les contestations qu'avant. Et il y a également une forme d'essoufflement, à l'image d'autres mouvements dans l'histoire. Extinction Rebellion a sûrement trop misé sur des actions, sans développer des réseaux à l'échelle locale.

Graeme Hayes

Sociologue spécialiste des mouvements écologiques

Extinction Rebellion semble aussi s'essouffler, d'après le chercheur : "ces actions chocs prouvent qu'ils n'ont pas vraiment de base collective" affirme-t-il. "Les forces de l'ordre empêchent mieux leurs actions, et le mouvement n'a pas assez développé des réseaux localement." À Toulouse, samedi, ils devraient être néanmoins nombreux car tous les groupes d'Extinction Rebellion d'Occitanie sont attendus sur place

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