INTERVIEW. Grève à Météo France : "nous ne sommes plus à même d'assurer nos missions" alertent les prévisionnistes

Les prévisionnistes de Météo France sont en grève à partir depuis lundi 4 décembre 2023. Ils dénoncent une "baisse de qualité" de l'information donnée aux usagers et des conditions de travail des salariés. Clément Testa, secrétaire CGT Météo Toulouse explique le pourquoi de cette dégradation liée, selon lui, à une automatisation non maîtrisée.

Les prévisionnistes de Météo France sont en grève à partir de ce lundi 4 décembre. Ils dénoncent une "baisse de qualité" de l'information donnée aux usagers et des conditions de travail des salariés. Clément Testa, secrétaire CGT Météo Toulouse explique le pourquoi de cette dégradation liée, selon lui, à une automatisation non maîtrisée.

France 3 : Pourquoi cette grève ?

Clément Testa :  ce préavis de grève qui court sur plusieurs jours est la conséquence d'une réorganisation qui a eu lieu le 13 novembre 2023 à Météo France. Elle porte sur l'organisation de la prévision à la météo. Les prévisionnistes dénoncent une bascule précipitée vers une automatisation qui les a fait passer d'un schéma à un autre, sans concertation et avec des outils qui ne sont pas au point.

Les conséquences, c'est pour les agents de grandes difficultés à faire correctement leur travail, une perte de sens au travail et par voie de conséquence des risques psychosociaux qui s'accentuent très fortement.

La deuxième conséquence c'est un service de Météo France en mode dégradé, avec un service rendu aux personnes de plus mauvaise qualité, notamment sur le site de Météo France et sur son application.

France 3 : Les prévisions sont moins précises, moins fiables d'après vous ?

Clément Testa : Elles peuvent être moins bonnes, moins précises. Il faut comprendre comment cela fonctionnait avant. On avait un supercalculateur qui produisait des prévisions automatiques. Ces prévisions étaient expertisées par la centrale, la prévision générale à Toulouse (Haute-Garonne). Elles étaient ensuite expertisées région par région.

C'est cette dernière étape qui a été automatisée. Ces sorties modèles ne sont plus expertisées par des humains, que ce soit sur l'application ou le site de Météo France. Dans un monde idéal, ça ne perturberait pas la prévision. Mais en réalité, vu que les outils ne sont pas au point, ça crée des gros bugs, des incohérences majeures.

Pour ne citer qu'un exemple : l'intelligence artificielle nous a prévu onze mètres de neige dans les Vosges, là, au mois de novembre.

France 3 : Tous les systèmes de prévision sont concernés ?

Clément Testa : Non et c'est d'autant plus dommageable qu'en fait, la partie vigilance, elle, est toujours expertisée par des humains. Résultat : il peut y avoir des incohérences entre la vigilance et la prévision. Désormais la vigilance est plus au fait de ce qui se passe au niveau de la météo.

Dans le service Vigilance, on a un humain derrière qui peut retravailler la carte de vigilance. Alors que pour retravailler la carte de prévision, ça va être aujourd'hui très compliqué en région. Là où avant, on avait un expert par région, aujourd'hui, on a un expert à Toulouse pour l'ensemble de la France.

En fait, cette réorganisation, c'est la conséquence d'une réduction d'effectifs chronique à Météo France. Depuis 15 ans, on a perdu un tiers des employés, donc 1 300 employés, et les deux tiers des implantations territoriales. Aujourd'hui, on est autour de 2 540 dont un bon millier à Toulouse et des agents qui sont présents sur tout le territoire de la Terre Adélie à Saint-Pierre-et-Miquelon. 

France 3 : Dans le préavis vous mentionnez les problèmes d'effectifs et de formation...

Clément Testa : Oui. Une partie des agents ont mal été formés et ils ont affaire à des outils qui ne sont pas encore assez bien développés. On n'est pas contre le changement à la CGT Météo, on veut juste que ce changement se fasse dans de bonnes conditions pour les agents et pour le service rendu.

Il aurait fallu que ce nouveau système tourne en doublon avec l'ancien pendant au moins une saison hiver. Or ce n'est pas du tout le cas. Donc, il reste des gros bugs, en fait. D'où cette grève qui concerne les prévisionnistes qui sont environ 300 à Météo France. 

France 3 : Pour vous cette question des effectifs est centrale ?

Clément Testa : Oui, les problèmes actuels proviennent clairement du manque d'effectifs. La revendication principale, c'est des effectifs supplémentaires pour Météo France. On a un enjeu climatique très important. On a des nouvelles missions en permanence.

Et à force de réduire, comme peau de chagrin, l'effectif de Météo France, nous ne sommes plus à même aujourd'hui d'assurer nos missions. Les prévisionnistes demandent également des outils performants pour modifier la base, c'est-à-dire la sortie modèle de l'intelligence artificielle. Nous voulons aussi un retour en arrière pour avoir une période d'essai sur cette nouvelle organisation.

C'est très important car il y a eu de nombreux signalements dans le registre santé-sécurité des prévisionnistes. Moi, qui siège dans l'instance en charge de l'hygiène et de la sécurité, je peux vous dire qu'on a des signalements tous les jours, voir plusieurs fois par jour. Des gens qui sont en grande difficulté psychologique. Ils ne voient plus de sens à leur métier, parce qu'ils savent très bien qu'en arrivant le matin, le travail qu'ils vont faire va leur être impossible, qu'ils vont avoir les clients ou les usagers qui vont les appeler parce que le travail n'est pas fait correctement. Nous avons alerté notre ministre lors de sa visite à la Météopole la semaine dernière, sur la question du manque d'effectifs à la météo et sur son inaction climatique. 

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