Les traces des premiers habitants chrétiens du Comminges retrouvés dans une nécropole du IVe siècle près de Toulouse

Depuis plusieurs semaines, une équipe d'archéologues fouille une nécropole antique riche en Histoire qui a en partie servi à construire la basilique romane Saint-Just de Valcabrère près de Toulouse. Les chercheurs ont mis en lumière un tombeau très imposant et retrouvé les traces des premiers habitants chrétiens du Comminges.

Une nécropole installée vers l’an 300 a été fouillé à Valcabrère près de Toulouse. Un mausolée immense sur une crypte de 100 m2 et plusieurs sépultures ont ainsi été analysés. Il s’agit là de la première communauté chrétienne de Saint Bertrand de Comminges.

Une nécropole préservée sous un champ

Depuis début juin, l’archéologue William Van Andringa et son équipe remuent la terre près de la basilique romane Saint-Just de Valcabrère (Haute-Garonne).

Ici précisément, se trouve un terrain agricole. Il est vrai que l'étymologie du nom du village signifie "vallée des chèvres" (val cabrèra en occitan). Certes de temps en temps, des blocs de marbre de Saint-Béat, des sarcophages, remontaient à la surface suscitant plus d'embarras que d'émerveillement chez les agriculteurs.

La nécropole qui jouxte la basilique est connue mais cette fois, elle est auscultée de près par une vingtaine de professionnels. "J'ai démarré ce projet scientifique sur Saint-Bertrand-de-Comminges en 2016, déclare William Van Andringa, spécialiste des pratiques religieuses et funéraires. J'ai commencé par travailler sur cet immense tombeau qui a été dynamité au XIXe siècle et qui se trouve sur une crypte de 8 mètres sur 15 mètres de l'époque romaine. En 2017, les images radar ont montré des structures enfouies qui ressemblaient à des mausolées de l'Antiquité tardive. Des sondages d’évaluation l'ont confirmé. Nous avons à faire à une nécropole du 4e siècle après JC."

Ce tombeau et les autres sépultures plus modestes alentour sont la preuve qu'une communauté s'était installée près de Saint-Bertrand dans le Comminges dès 300 ap JC. La nécropole a déjà été fouillée tant sa préservation en fait un objet d'études assez unique : dans les villes, ces vestiges ont été recouverts de béton, ici, ils sont encore observables car ils se trouvent sous un terrain agricole accessible.

Une fouille réalisée par une trentaine de chercheurs

Sur cette surface de plus d'un hectare (100m X 100m), une trentaine de personnes œuvre depuis le 28 mai 2023. Une vingtaine de professionnels avec des étudiants en formation de l'Ecole pratique des hautes études dont William Van Andringa est directeur de recherche, mais aussi de la Sorbonne, de Bordeaux et de Toulouse, ainsi qu'une étudiante américaine et un Espagnol.

Une tractopelle a permis de dévoiler la fameuse crypte avec le tombeau imposant, mais il faut savoir être minutieux. Dans des cavités, une étudiante est allongée et tente de révéler des ossements avec minutie.

Plus loin, un aspirateur est en marche pour extraire la terre.

Il a fallu creuser à plus de 3 m de profondeur pour analyser la globalité du tombeau du chef de la communauté. "Nous avons fouillé 6-7 mausolées, dont un beaucoup plus grand. Ils sont construits sur une grande crypte de plus de 100m2. C'est un très grand mausolée qui appartient certainement à un dignitaire qui a dû former la métropole. Le tombeau était en activité jusqu’à l’an 1 000. On a pu voir clairement le pillage pour récupérer des matériaux de construction, des blocs de marbre en grand appareil qui ont servi à construire la première église vers 1050."

Sur l'actuelle basilique Saint-Just de Valcabrère, on peut retrouver certains de ces vestiges (colonnes, pierres chapiteaux) aux inscriptions romaines. Ils étaient recouverts d'enduits avant d'être mis à jour.

Première communauté chrétienne en Comminges ?

Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle (tout comme la cathédrale Sainte-Marie de Saint-Bertrand), la basilique Saint-Just a été construite à proximité de ce vaste enclos funéraire, dans un quartier situé à la périphérie de la cité de l'empire romain qui portait le nom de Lugdunum Convenae. "Saint-Bertrand-de-Comminges est une ville de 50 hectares qui est retournée à la campagne. Ça nous permet de travailler, de reconnaître les vestiges enfouis de la ville. On travaille sur des dynamiques territoriales : comment une ville s’étend, se développe, retourne à la campagne."

Les fouilles sont réalisées à 500 mètres de la ville. Dans la période du haut empire (27 av JC - 476 ap JC) les nécropoles se développent le long des routes d’accès à la ville romaine. Ici il s'agit d'une parcelle loin des axes de communication, sur une propriété privée investie par une communauté. Avec ces fouilles, William Van Andringa et son équipe mènent l'enquête : "on trouve ici une classe d’âge qu’on n’avait pas habituellement : celle des enfants morts à la naissance. Avant, ceux que l'on appelle les périnataux étaient enterrés à l’extérieur ou en marge. Ils sont désormais intégrés dans la mémoire familiale. Devant le grand mausolée que nous avons découvert, on trouve des sépultures organisées en rangées. Ceci se développera au IVe Ve siècle, donnant naissance aux sépultures chrétiennes."

Au cours de leur exploration, ils ont retrouvé des fragments de sarcophages, avec différentes qui retracent l'Histoire comme la traversée de la Mer Rouge. Plusieurs squelettes ont été mis là, parfois réenterrés. Le monument funéraire a servi de caveau entre le IVe et le Xe siècles. La crypte était voûtée, plusieurs matériaux de construction, de la céramique ou encore des ossements d’animaux consommés par la communauté et retrouvés dans les comblements seront étudiés. En revanche, ils n'ont pas extrait de mobilier funéraire. Très peu également d'objets perso, de temps en temps des flacons à parfum en verre, de la monnaie.

Ces fouilles au budget modeste (50 000 €) financées par le Ministère de la culture, la région Occitanie et le département de la Haute-Garonne se terminent. Tout sera recouvert avant leur départ à la fin du mois. L'activité agricole reprendra ses droits en attendant d'autres recherches.

Tout ce travail autour de Lugdunum Convenae (nom de la ville au IVe siècle) a déjà révélé un théâtre, un temple consacré au culte impérial, un marché, des thermes, une basilique chrétienne et un camp militaire et demain certainement encore des pans d'histoire à découvrir.

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