Meurtre de Jérémy Roze à Toulouse : une peine de prison à perpétuité requise contre Hicham Ouakki

Une peine de prison à perpétuité a été demandée contre Hicham Ouakki accusé du meurtre de Jérémy Roze devant la cour d’assises de Haute-Garonne. Il a toujours nié avoir porté le coup de couteau mortel sur cet étudiant en pharmacie en février 2011 à Toulouse.

Hicham Ouakki devant la cour d'assises de Haute-Garonne
Hicham Ouakki devant la cour d'assises de Haute-Garonne © V.Desplanche

Au troisième jour du procès d’Hicham Ouakki devant la cour d’assises de Haute-Garonne, l’avocat général a requis contre lui la réclusion criminelle à perpétuité.

Il est accusé du meurtre de Jérémy Roze en février 2011. Un étudiant en pharmacie agressé dans la rue dans le quartier Saint-Michel à Toulouse. Hicham Ouakki affirme que c’est son ami Driss Arab qui a porté le coup de couteau mortel. Mais dix ans après les faits (il avait 18 ans) il veut reconnaître son erreur et sa participation.

"J'ai ma responsabilité"

"J’ai participé, j’ai choisi la victime, j’ai ma responsabilité" a répété l’accusé devant la cour ce jeudi reconnaissant l'agression mais pas le coup de couteau. "J’étais une merde, j’ai commencé à me remettre en question en prison après la peine de perpétuité".

Hicham Ouakki a déjà été condamné à la perpétuité en 2014 et en 2017 mais la condamnation prononcée par la cour d'appel de Montauban a été cassée par un vice de procédure"J’étais jeune, aujourd’hui je regrette tout ce que j’ai fait. J’ai pensé au mal fait à la victime, il n’y a pas d’excuses. J’ai réfléchi, je me suis demandé pourquoi j’ai pris le mauvais chemin. Tout ça j’en veux plus, je veux recommencer une vie comme tout être humain normal". Hicham Ouakki et Driss Arab avaient commis ensemble une série de vol sur le même mode opératoire en février 2011. Ils s'attaquaient le soir à des jeunes hommes qui rentraient de soirée après avoir bu. Des victimes faciles, menacées avec un coup de poing américain ou un couteau pour obtenir un téléphone portable et un peu d'argent.

La cour d'assises de Haute-Garonne
La cour d'assises de Haute-Garonne © V.Desplanche

 

Quand le président de la cour d'assises évoque le casier d'Hicham Ouakki, élevé dans une famille d'origine marocaine vivant dans le quartier de la Reynerie, on a du mal à s'y retrouver dans toutes les admonestations, avertissements et condamnations prononcées par la justice depuis qu'il a l'âge de treize ans. Des vols avec effraction, des vols avec violences, des délits qui se sont aggravés au fil des ans, notamment après la mort de son père quand il a quatorze ans. Un parcours tellement éloigné de celui de sa victime, Jérémy Roze. Un brillant étudiant en pharmacie décrit comme un camarade attachant né dans une famille unie avec le sens de l'honnêteté.

La douleur d'une famille

Devant la cour, son père Christian Roze, tient à rappeler : "Jérémy avait le respect plutôt que la destruction, l'amour plutôt que la haine, la compréhension plutôt que l'exclusion." Il veut aussi parler de la maman de Jérémy incapable de venir assister à ce procès comme pour les deux précédents car elle ne pourrait pas "entendre la voix, voir le visage ou croiser le regard de l'agresseur de son fils mort." Il évoque une femme dans le déni "qui parle d'un absent, feuillette un album. Une mère qui se protège de l'effondrement en transformant la réalité inenvisageable et reste focalisée sur la réalité d'avant."

Christian Roze entend aussi s'adresser directement à l'accusé : "ce crime suscite l'effroi. La violence qui vous anime n'est pas une option, c'est votre moyen d'exister. Cette violence n'a rien à voir avec votre quartier, votre âge, votre famille. Ils ne sont en rien responsables. Vous ne supportez pas l'autorité". Pas question pour Christian Roze d'accepter les excuses de l'accusé qui, selon lui, en dix ans n'a pas évolué. "Vous avez toujours la stratégie de l'évitement avec vos mensonges et vos dissimulations. Je ne suis pas dupe. A l'issue de ce procès, je m'empresserai avec tous ceux qui m'entoure de vous oublier".

L'avocat général Pierre Bernard et les avocats de la partie civile maître De Caunes et maître Forget, de dos le père de Jérémy Roze, Christian Roze.
L'avocat général Pierre Bernard et les avocats de la partie civile maître De Caunes et maître Forget, de dos le père de Jérémy Roze, Christian Roze. © V.Desplanche

"Il vous ment effrontément pour mieux s'en tirer"

Dans son réquisitoire, l'avocat général Pierre Bernard avertit les jurés de la cour d'assises. "Hicham Ouakki a changé d'avocat pour ce troisième procès mais pas son système de défense. Il admet qu'il a participé à l'agression de Jérémy Roze mais il dit que ce n'est pas lui qui est l'auteur du coup de couteau en plein coeur. Il vous ment effrontément pour mieux s'en tirer et obtenir une peine moins lourde." 

"La peine encourue c'est la réclusion criminelle a perpétuité," dit l'avocat général. "Quand une cour d'assises prononce la peine maximale ça a un sens. chacun a le droit d'avoir sa conviction et vous avez le devoir d'en avoir une. Prononcer une peine juste et raisonnable, voila ce que l'on exige de vous et ce n'est pas facile. Celui qui prenait l'initiative, qui choisissait les victimes, c'est Hicham Ouakki. L'agression de Jérémy Roze s'inscrit dans le droit fil de plusieurs autres. Il voit le couteau pénétrer dans la chair de la victime, les gyrophares. Il ne peut qu'être bouleversé par ce qui vient de se passer. Mais il continue, quelques heures plus tard, à commettre des agressions. C'est consternant, c'est effrayant. Vous ne pouvez qu'en tenir compte. Vous tiendrez compte aussi de son passé. Il avait juste 18 ans au moment des faits. Mais dès l'âge de 11 ans il a commencé les actes de délinquance. On a vainement multiplié les mesures de placement. Il est évident que l'auteur du coup de couteau c'est lui. Il ne me paraitrait pas anormal que vous prononciez contre Hicham Ouakki la réclusion criminelle à perpétuité.

Le verdict est attendu vendredi.

 

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