Morts à l'Ehpad de Lherm : "4 ans après, le corps de Mamie est toujours entre les mains de la justice" se désespère sa petite-fille

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Écrit par Sylvain Duchampt .

Les "dysfonctionnements" au sein des Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) français occupent toujours le devant de la scène. A Toulouse, Alexandra Bernard, petite-fille d'une des victimes de l'Ehpad de Lherm, attend des avancées dans cette affaire ayant fait 5 morts.

Près de Toulouse, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2019, 5 pensionnaires de l’Ehpad de la Chêneraie à Lherm (Haute-Garonne), décèdent d’une intoxication. Parmi les victimes, la grand-mère d'Alexandra Bernard.

Très rapidement l’enquête judiciaire ouverte par le parquet de Toulouse pour "homicides involontaires aggravés, blessures involontaires aggravées, mise en danger de la vie d’autrui" met en avant des manquements d'hygiène mais révèle également d'autres dysfonctionnements au sein de cet établissement du groupe Korian. Alexandra Bernard attend désormais que des responsables soient mis en examen dans une enquête bien trop longue.

La sortie en version poche de l'ouvrage "Les Fossoyeurs", sur la gestion des Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du groupe Orpéa, est l'occasion de faire le point sur l'affaire de l'Ehpad de Lherm.

France 3 Occitanie : que vous a appris "Les Fossoyeurs" ?

Alexandra Bernard : le livre « les Fossoyeurs » est un déclencheur. On constate que le système est à bout de souffle. Il faut tout revoir. Mamie en a d'ailleurs payé le prix fort. Elle ne reviendra pas. Il faut que l’on se batte pour d’autres personnes. C’est une mise en lumière qui n’est pas reluisante. Les grands groupes ont le droit d’exister mais pas avec ces pratiques-là. Mamie avait 96 ans. Donc forcément, elle n’allait pas continuer à vivre durant 20 années de plus. Mais Mamie devait s’éteindre normalement comme une personne en fin de vie mais peut-être dans deux, trois ans. Pas en quatre heures, un dimanche soir, après avoir mangé. Cela a été brutal. Ce sont les gendarmes qui m’ont appelée à une heure du matin pour me dire « Madame Bernard, votre grand-mère est morte », sans prendre de gants.

France 3 Occitanie : où en est l’enquête sur l’Ehpad du Lherm ?

Alexandra Bernard : il n’y a rien qui bouge. L’instruction est toujours au point mort. Nos avocats, que ce soit Me Le Bonjour ou Me Delpech, attendent que l’instruction veuille bien avancer. Cela nous donne véritablement l’impression que la justice ne s’intéresse pas à l’affaire de l’Ehpad de Lherm.

France 3 Occitanie : comment réagissez-vous à cette situation ?

Alexandra Bernard : cela va faire quatre ans, le 31 mars prochain que Mamie est décédée. Pour notre famille c’est un peu compliqué parce que Mamie voulait être incinérée et le corps est toujours entre les mains de la justice. Je peux vous dire que le processus de deuil ne se fait pas. Les autres familles ont pu faire une cérémonie et enterrer leurs proches. Mais nous, la famille Bernard, nous restons toujours en suspens, faute d’un dossier qui n’avance toujours pas.

France 3 Occitanie : Comment expliquez-vous que cette instruction soit si longue ?

Alexandra Bernard : je sais que la justice a beaucoup de choses à faire. Je crois en elle, en plus. Donc pour le coup, il n’y a pas de sujet. Il y a quelque chose qui coince mais quoi ? Je ne sais pas. C’est la nébuleuse. J'ai pu rencontrer le garde des Sceaux, Monsieur Dupond-Moretti, durant les législatives et il n’en savait pas plus. Vous vous rendez compte ? Même le ministre de la Justice n’est pas au courant des dossiers.

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