• FAITS DIVERS
  • MÉTÉO
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SOCIÉTÉ
  • SPORT

Non, les exactions des casseurs n'ont pas débuté après 20h30 samedi, comme l'affirme le maire de Toulouse

L'une des agences dévastée à Toulouse / © F. Valéry / France 3
L'une des agences dévastée à Toulouse / © F. Valéry / France 3

FACT-CHECKING - Dans une nouvelle vidéo Jean-Luc Moudenc explique pourquoi samedi, en direct sur BFM à 20h34, il a indiqué que les choses avaient été calmes à Toulouse pendant la manif des gilets jaunes. Selon lui, les casseurs seraient passés à l'acte après 20h30. Nos images prouvent le contraire.

Par Fabrice Valery

A vouloir répondre à, je cite, "une polémique stérile", on risque d'en attiser les braises. Lundi 10 décembre, à 19h12, Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse, a publié sur les réseaux sociaux une vidéo où il explique pourquoi, le samedi 8 décembre, il a affirmé sur BFM TV que la manif des Gilets jaunes s'était déroulée dans le calme à Toulouse, alors que des dégâts considérables avaient déjà eu lieu dans les quartiers Saint-Cyprien, Patte d'Oie et Arènes. 

Selon lui, quand il intervient sur BFM samedi (il est alors 20h34), les casseurs n'ont pas encore agi.

Quelques instants plus tard, à partir de 20h30, les choses ont basculé. C'est là que le quartier Saint-Cyprien, l'avenue Etienne Billières, ont été particulièrement frappés par les dégradations des casseurs (Jean-Luc Moudenc, vidéo du lundi 10 décembre). 

A 20h30... le calme revenait progressivement !

Mais là encore, le maire de Toulouse se trompe sur le timing. Les journalistes présents, dont ceux de France 3, sur les lieux, ont publié des vidéos qui prouvent bien le contraire : vers 20h30, justement, le calme commençait à revenir après plus de deux heures d'affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre dans le quartier, et près d'une quarantaine de boutiques, agences bancaires ou immobilières dégradées.

Tout au long de ce samedi après-midi nous avons diffusé en direct l'évolution des manifestations sur la page Facebook de France 3 Midi-Pyrénées. Dans un long direct (1h28'46''), nous décrivions les barricades enflammées devant le musée des Abattoirs et le pillage d'un chantier de construction d'un immeuble. Un direct démarré à 16h44 et dont les images prouvent que l'on est déjà passé à autre chose qu'une simple manifestation.

A l'issue de cette vidéo live, après la charge des forces de l'ordre devant le Musée, les manifestants se retrouvent place Roguet et commencent à remonter l'avenue Etienne Billières. 
 

Des premiers actes de vandalisme constatés par la presse vers 18 heures

Là, une première agence bancaire est vandalisée, sous nos yeux. Il est alors 18h12. Et c'est le début d'une longue série de dégradations. 

Un nouveau live est débuté par notre journaliste quelques minutes plus tard, à 18h29, au milieu de l'avenue Etienne Billières. Les exactions continuent. 

Pendant près de deux heures, repoussés par petits bonds par les forces de l'ordre, les casseurs vont s'en donner à coeur joie. Au bout de 11 minutes de ce live, le pillage du bureau de tabac de la Patte d'Oie a lieu, donc à 18h40. Et ainsi de suivre pendant les deux heures qui vont suivre.

France 3, au plus près des événements, diffuse alors plusieurs live facebook et aussi des vidéos des exactions, comme celle-ci, mise à ligne à 19h33 : 

Le centre municipal de vidéoprotection attaqué avant 18 heures

Autre élément, qui ne pouvait pas être ignoré par l'entourage du maire de Toulouse : situé dans le quartier Saint-Cyprien, le centre de gestion du parc de vidéoprotection de la ville a été attaqué par les émeutiers avant même 18 heures, alors que du personnel municipal se trouvait à l'intérieur.

Des vitres y ont été brisées, les caméras surveillant l'entrée du centre ont été la cible de projectiles. Comment le maire pouvait-il l'ignorer 2h30 plus tard ?

Dans un courrier adressé à Jean-Luc Moudenc et dont nous avons eu connaissance, une organisation syndicale dénonce les conditions de sécurité du PC de vidéo-surveillance et réclame même son déménagement après les incidents survenus samedi après-midi. 
 

Erreur de timing ou volonté de minimiser ?

Alors simple erreur de timing ou volonté de minimiser les dégâts commis dans ce quartier ? Mauvaise appréciation des choses ou manque d'information ? 

Selon nos informations, le maire de Toulouse disposait d'un proche conseiller au sein de la cellule de crise de la préfecture. Surtout, il s'est rendu lui-même sur place, avant son direct sur BFM, assis à l'arrière du scooter d'un conseiller municipal. Les deux hommes ont été aperçus par un photoreporter, auteur du blog Toulouse Hors-Champ, sans doute vers 18h30. Après le début de la casse, donc.

Mis en cause pour ses propos sur BFM samedi, Jean-Luc Moudenc tente depuis de désamorcer la polémique. Contacté, son cabinet affirme que le préfet a délivré des infos au maire enter 19h30 et 20 heures et que ces infos n'étaient pas alarmistes. 

"Comme il l'explique dans la vidéo, précise le cabinet de Jean-Luc Moudenc, le préfet et le président de la CCI ont fait le point, puis le préfet a délivré ces informations au maire entre 19h30 et 20 heures à la préfecture. Difficile pour lui de douter de leur fiabilité... Il n'était bien-sûr pas lui-même au milieu des casseurs à ce moment-là. Dès que le quartier a retrouvé son calme, le dimanche matin, il est allé sur place"

Il semble que pour la prochaine manifestation à Toulouse, préfecture et Capitole devront régler leurs montres.

 

Sur le même sujet

Une proposition de loi pour améliorer la sécurité aux passages à niveau

Les + Lus

Les + Partagés