"Nous sommes hors-la-loi, sans avoir le choix" : coiffeurs et esthéticiennes continuent le travail malgré le confinement

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Depuis le nouveau confinement, les coiffeurs et les esthéticiennes ont interdiction d'exercer dans leur salon ou à domicile. Mais face à des situations de plus en plus précaires, beaucoup d'entre-eux continuent à travailler clandestinement dans la région de Toulouse. Témoignages. 

Thibault (*) tourne la tête à droite puis à gauche. Il jette un dernier coup d’oeil par dessus son épaule afin de s’assurer que personne ne l’aperçoit. Il sort son téléphone portable et compose un numéro. Rapidement, la porte devant lui se déverrouille. Il s’engouffre discrètement à l’intérieur avant que la porte ne se referme sur lui. Dans la pièce, l’électricité est coupée. Les rideaux tirés. On l’installe sur un siège placé en face d’une grande fenêtre afin de profiter de la lumière du jour. Thibault n’est pas dans un tripot clandestin pour jouer au poker. Il est là pour se faire couper les cheveux. 

Depuis le nouveau confinement, il est pourtant interdit aux coiffeurs, comme aux esthéticiennes, d’exercer au sein de leur commerce comme à domicile. "J’assume entièrement", répond Carine (*), qui tient ce salon dans un village aux alentours de Toulouse. "Les clients sont conscients de ce qu’ils font. Ils viennent en connaissance de cause". D’ailleurs, souligne-t-elle, parmi sa clientèle, " il y a des gendarmes... ". 

Gagner sa "pitance"

La commerçante est devenue " clandestin(e) " et " hors-la-loi ", comme elle se désigne elle même,  car elle n’a pas le choix. "Avec ce nouveau confinement, nous n’avons aucune rentrée d’argent. Toutes les économies que nous avions mises de côté au mois de mai servent à mon entreprise et à en payer les charges "

Elle ne démarche pas les clients, " j’accueille ceux qui viennent vers moi ". Soit 3 à 4 personnes par jour qui règlent en liquide. "Ce que je gagne me permet d’obtenir ma pitance. Habituellement, je suis au SMIC. Là, dans les conditions actuelles, cela me permet de sortir 15 euros par jour et de payer la nourriture du quotidien ". Les aides gouvernementales ? Elles n’arriveront qu’en décembre. Bien trop tard. 
 
La décision de continuer à travailler dans son salon s’est imposée d'elle-même : "J’y travaille mieux. Cela craint moins car cela permet de respecter les conditions sanitaires. J’ai de l’espace. On porte le masque et il y a du gel hydroalcoolique à disposition ".

Fermeture illogique

Carine assure " ne pas être contre l’autorité " et ne pas souhaiter " la révolution ". Elle reconnaît même la difficulté pour le gouvernement de gérer cette crise. Mais pour elle, " les gens ne sont pas assez écoutés ". " Le matin, lorsque je prends la route pour faire mes courses et que je vois tous ces gens qui vont travailler et que nous nous sommes fermés, ce n’est pas logique " estime-t-elle. Ce sont ces gens à qui elle permet de s’offrir une nouvelle coupe de cheveux durant cette période difficile. 

" Je fais ce que je pense être le mieux pour eux comme pour moi. Ce qui ne veut pas dire que je sous-estime cette maladie ". Cette solution lui permet de garder la tête haute : " Je ne veux pas aller aux resto du coeur. D’autres personnes en ont plus besoin que moi. Je suis fière d’aller gagner de l’argent et de m’en sortir par moi-même ".   

Selon Carine, beaucoup de professionnels font actuellement comme elle. Certains continuent leur activité dans leur salon. D’autres à domicile. Il suffit de se rendre sur les réseaux sociaux pour trouver leurs propositions de service. Des coupes, des lissages de cheveux, des manucures. 
 

Beaucoup de femmes veulent prendre soin d'elles

Parmi elle, Monica (*), 26 ans. Esthéticienne, elle est dans l’obligation de continuer son activité malgré les restrictions sanitaires. Avec son associée, elle devait ouvrir son propre salon le 5 novembre dernier. "Malheureusement ce n’est pas possible. C’est ma seule rentrée d’argent. Je survis grâce à mon conjoint qui lui est toujours en mesure de travailler mais c’est une situation très compliquée car nous devons continuer de payer les charges liées au local ".
 
Elle se rend 3 à 4 fois par jour chez des particuliers, sur l'ensemble de l'agglomération toulousaine, faisant croire qu'elle fait ses courses, afin de s’occuper de leurs ongles, de leur augmenter leurs lèvres ou pour réaliser du microneedling. " Beaucoup de femmes souhaitent continuer à prendre soin d’elles malgré le confinement " explique la jeune femme. Selon l'esthéticienne, même si certaines ont " peur du Covid ", la clientèle serait de plus en plus importante car certains " prestataires ont arrêté complètement leur activité ". Avant le confinement, elle gagnait près de 2000 euros. Désormais, ses revenus ne dépassent pas les 600 euros. 

Seules, respectant les gestes barrières

Ce risque, Monica le prend car elle ne bénéficie d’aucune aide de l’Etat. " Il y a beaucoup de critères et malheureusement je ne fais partie d’aucun d’entre eux " désespère-t-elle.
 
Mais comme Carine, elle ne comprend pas certaines mesures de l’Etat qui la place dans une situation difficile : " Lors du premier confinement je n’ai pas pratiqué. J’ai respecté les mesures. Cependant, aujourd’hui, le fait d’être confinée de la sorte, je ne trouve pas cela sérieux. Les transports en commun  fonctionnent. Les grandes surfaces sont aussi ouvertes. Cela réunit beaucoup de monde. Pour ma part, je pratique chez des personnes où nous sommes seules tout en respectant les gestes barrières ".

Pas question, pour elle d’arrêter car comme le dit Carine " si on ne fait pas ça on meurt ". 

(*) les prénoms ont été modifiés.