Projet d'excellence : les universités de Toulouse dans l'impasse

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A Toulouse, l'imbroglio continue autour du rapprochement des établissements de l'enseignement supérieur. Derniers épisodes en date : l'université toulouse 1 Capitole a rejeté l'idée d'une Toulouse Tech University et les négociations entre porteurs des différents projets ont échouées.

Le vote du conseil d'administration de l'université Toulouse 1, mardi 18 janvier 2022, est sans appel : 26 voix contre, 2 voix pour et 4 refus de vote. Les membres de l'université Capitole se sont clairement exprimés contre la participation de Toulouse School of Economics (TSE) au projet Toulouse Tech University (TTU).

Cette proposition portée par la direction de l'école créée par le prix Nobel d'économie, Jean Tirole, provoque d'importants remous au sein de la communauté universitaire toulousaine. Depuis plusieurs mois un groupe de travail, missionné par la Région Occitanie et Toulouse Métropole, planche à un rapprochement des universités et écoles de Toulouse (Haute-Garonne) afin d'apparaître sur la scène internationale de la recherche, à travers notamment le fameux classement de Shangaï.

Mais le projet de "Communauté d’université et d’établissements" (Comue) fédérale et expérimentale n'est pas assez ambitieux pour la TSE, l'université Toulouse 3 Paul Sabatier et l'ISAE-SupAéro. Les trois établissements ont donc proposé de se regrouper au sein de la Toulouse Tech University afin de créer une université de plus haut niveau.

"L'unité de l'université Toulouse 1 réaffirmée"

L'université Toulouse 1 Capitole s'est exprimée sur cette initiative mardi 18 janvier à travers un vote rejetant très majoritairement le projet TTU. Dans un tweet, Hugues Kenfack, président de l'université Toulouse 1 Capitole, ne cache pas sa satisfaction sur ce positionnement. "Le CA d'UT1 Capitole réaffirme l'unité de cette université en décidant à une très large majorité contre la participation de sa composante EET et l'UMR TSE Research au projet TTU."

"Unité" car au contraire de beaucoup de croyances, Toulouse School of Economics, principal promoteur de TTU, n'est pas un établissement indépendant mais bien une composante de Toulouse Capitole. Ce vote est aussi une fin de recevoir au souhait d'émancipation de l'école d'économie créée par Jean Tirole.

Cette décision était "attendue" et "logique" pour le directeur général de Toulouse School of Economics, Christian Gollier. "UT1 n'est pas intéressée de voir partir les joyaux de la couronne, sans négociations" estime l'économiste qui évoque les questions des personnels et d'immobilier à résoudre.

Pour autant, l'universitaire estime que si la Toulouse Tech University n'est pas soutenue par Toulouse 1 Capitole, le projet de "Communauté d’université et d’établissements(Comue) expérimentale ne le sera pas plus.

Des négociations dans l'impasse 

Malgré les apparences, l'ensemble des acteurs de ce dossier échangent depuis le 14 janvier afin de trouver une solution. À moins de deux semaines de l’échéance de l’appel à projets Excellences du Programme d’investissements d’avenir (PIA4), des discussions ont été entamées afin d'identifier des convergences et présenter un seul projet pour le site toulousain.

Un terrain d'entente a été trouvé sur certains aspects, comme le révèle un communiqué de l'université fédérale, mercredi 19 janvier. La question institutionnelle est restée un point de blocage. Les porteurs de TTU rejetant l'idée d'abandonner le projet et de refaire le point dans trois ans. 

"Ces propositions n’ont pas suffi à convaincre les porteurs du projet TTU, lesquels ont persisté dans leur volonté et ont proposé de créer un établissement public expérimental au sein de la future Comue expérimentale. Cette option demeure très fragile juridiquement, puisqu’elle repose sur une sortie de TSE de l’université Toulouse Capitole", rapporte l'université fédérale.

Une sortie refusée le matin même en conseil d'administration.

Au tour de l'université Toulouse 3 de se positionner

La pression est désormais sur les épaules du président de l’Université Paul Sabatier. Invité à ne pas valider le projet Toulouse Tech University, le conseil d'administration d'UT3 doit se positionner : "nous offrons un véritable choix à cet établissement assure le patron de TSE. Il y a un véritable intérêt pour notre projet. Le débat va être beau", espère Christian Gollier.

Pour Clément Varenne, responsable de l’administration et du pilotage de l’école des docteurs de l’Université de Toulouse, l'avis du syndicat UNSA ITRFBIO, présent au sein des conseils d'administration d'UT1 et UT3, n'a pas changé d'un iota : TTU, c'est non ! "Nous sommes de toute manière opposés à ce projet qui porte des valeurs dangereuses et nous continuerons à aller contre."

Une présentation des deux dossiers (TTU et Comue expérimentale) pour l'appel à projets Excellences du Programme d’investissements d’avenir (PIA4) du gouvernement doit être effectuée jeudi 20 janvier à Paul Sabatier. TTU ou Comue ? Le CA d'UT3 votera le 27 janvier prochain sur ces deux projets.

L'UNSA ITRFBIO soutiendra celui de la Comue même si le syndicat espère encore des précisions.

L'attention de Paris et des ministères

L'horizon de la Toulouse Tech University paraît bien bouché. TTU, est-elle déjà enterrée ? "Absolument pas, assure Christian Gollier. Dans le cadre du PIA4 porté par le gouvernement, la question qui se pose à Paris : proposez-vous des choses ambitieuses. J'ai pris mes responsabilités en présentant le projet de TTU et je sais qu'il attire l'attention des ministères."

L'économiste ne veut pas s'exprimer sur d'éventuelles garanties politiques apportées au plus haut niveau de l'Etat, comme l'ont évoqué des élus locaux auprès de France 3 Occitanie : "Il est vrai qu'il y a un intérêt de beaucoup de gens à Paris. Le pouvoir politique attend de voir comment chacun se positionne avant d'intervenir."

Une posture un peu "farfelue" pour Clément Varenne qui ne voit pas comment le pouvoir politique peut imposer un projet contre l'avis des conseils d'administration des universités concernées.