Réforme des retraites : "ça inquiète sur la liberté de manifester" selon Claire Dujardin du Syndicat des avocats de France

Depuis les derniers mouvements spontanés à Toulouse, le nombre d'interpellations augmente, comme partout sur le territoire national. Des procédures qui inquiètent les avocats comme Maître Claire Dujardin, avocate au barreau de Toulouse (Haute-Garonne) et présidente du syndicat des avocats de France.

"Il ne faudrait pas qu'il y ait un fichage systématique et massif" des personnes interpellées. Depuis l'utilisation du 49,3 pour la loi sur la réforme des retraites, les interpellations et les gardes à vue se sont multipliées avec les manifestations spontanées et non déclarées, notamment à Toulouse (Haute-Garonne).

Des rassemblements ont eu lieu devant les commissariats cette semaine pour demander la libération de trois personnes interpellées après un blocage filtrant à Blagnac. Le syndicat des avocats de France (SAF) s'est dit inquiet du climat et de ces arrestations dans un communiqué, dont Maître Claire Dujardin, avocate du barreau de Toulouse et présidente du SAF.

France 3 Occitanie : Depuis l'utilisation du 49.3, de plus en plus d'interpellations ont eu lieu lors de nombreux rassemblements spontanés. Quelle est votre réaction ? Comment se déroule ces procédures ?

Claire Dujardin, présidente du SAF : on s'inquiète, car ce sont des gardes à vue qui ne sont pas justifiées, et dans ce cadre, on prend les identités et photos des mis en cause. C'est quasiment systématique dans la procédure, on prend l'identité, et même en dehors d'une vérification d'identité, on prend les empreintes. Les policiers se disent qu'il y a toujours une raison pour que ces personnes soient en garde à vue. Or pas forcément, on a interpellé le parquet car il ne faudrait pas qu'il y ait un fichage systématique et massif. Toutes ces personnes arrêtées sont relâchées, mais elles ont été fichées. 

France 3 Occitanie : Est-ce que ce phénomène est inédit ?

Claire Dujardin, présidente du SAF :  ça inquiète sur la liberté de manifester. Ce n’est pas nouveau, puisque c'était déjà le cas pendant les mouvements sociaux de la loi travail en 2016 et des gilets jaunes. On aurait pu le prédire avant même que ces gardes à vue n'aient lieu. On savait que les autorités allaient agir en utilisant la répression policière avec la technique de la nasse, interpellations, tous les outils judiciaires, le fichage en garde à vue et des poursuites pénales. Ça nous inquiète, car on marche sur un fil. On craint des dérives avec l'augmentation des arrestations arbitraires. 

France 3 Occitanie : Quels sont les profils des personnes interpellées ?

Claire Dujardin, présidente du SAF :  il y a beaucoup de très jeunes qui finissent en garde à vue. Ils ne vont pas forcément demander à des avocats de les protéger, comme c'était le cas au début du mouvement des gilets jaunes où les personnes faisaient confiance à la police et la justice en se disant qu'il n'avait rien fait. Ces jeunes ne connaissent pas forcément leur droit. On a aussi constaté que parfois le policier peut leur dire de ne pas prendre un avocat pour ne pas allonger la garde à vue.