Salon du Bourget : l'avion vert, une utopie à 8 milliards d'euros pour réduire les émissions de dioxyde de carbone ?

Emmanuel Macron a annoncé, à quelques jours de l'ouverture du salon international de l'aéronautique du Bourget, une enveloppe de plus de 8 milliards d'euros pour soutenir la décarbonation de l'aviation de demain. Une manne pour la filière, mais avec une issue technologique incertaine. De son côté, l'ADEME estime que la solution la plus efficace serait de diminuer le trafic aérien.

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Faut-il investir d'énormes sommes d'argent pour développer l'avion vert ou vaut-il mieux réduire la circulation des avions ?  La question revient au centre des débats après l'annonce par le président de la république d'une enveloppe de plus de 8 milliards d'Euros pour la filière.

8 milliards pour quoi faire ?

Cette somme doit servir à :

  • Améliorer la performance aérodynamique des avions 
  • Concevoir des moteurs moins consommateurs
  • Concevoir des moteurs capable de fonctionner avec des carburants d'aviation durable (CAD)
  • Concevoir des moteurs électriques ou à hydrogène pour l'aviation
  • Construire une raffinerie de carburants d'aviation durable à Lacq (64)

Un investissement hasardeux ?

En novembre dernier, l'ADEME, l'agence de la transition écologique a sorti une étude sur le sujet en se basant sur 3 scénarios possibles d'ici à 2050.

Le A, celui de la rupture technologique : Des investissements importants sont réalisés dans l’aéronautique, dans la production de Carburants d’Aviation Durables (CAD) et d’hydrogène afin de conserver un niveau de trafic élevé et de permettre au secteur de poursuivre sa croissance économique impliquant uniquement un développement technologique des avions, de leurs carburants et de leurs motorisations.

Le B, celui de la modération du trafic : Des mesures de modération du trafic sont mobilisées. Elles précèdent puis accompagnent les progrès dans l’efficacité énergétique des avions et l’utilisation de carburants d’aviation durables.

Le C, celui du tous leviers : Un recours mesuré aux différents leviers disponibles permet de réduire la dépendance à des technologies de rupture potentiellement très coûteuses, et de faciliter l’acceptabilité des mesures de modération du trafic.

Enfin, le 0, on ne change rien : Dans celui-ci, le secteur aérien se développe selon les tendances actuelles, sans changement spécifique. 

Et bien selon l'ADEME, le scénario B serait le plus efficace et le moins onéreux en termes de réduction des émissions de CO2.

Pour l'ADEME, la réduction du trafic est le seul levier disponible à court terme : il peut être appliqué rapidement, à grande échelle et produire des résultats immédiats.

L'ADEME estime en revanche qu'une complémentarité des leviers est nécessaire : sur le long terme, l’amélioration de l’efficacité énergétique des avions et la diminution de l’intensité carbone de l’énergie utilisée par les avions constituent bien des leviers de décarbonation majeurs.

L'ADEME conclut cette étude avec ce commentaire :

« Même si les résultats en termes d’émissions de CO₂ montrent que le scénario B est le plus efficace, le choix de l'un des trois scénarios ou d'une variante relève d'un arbitrage stratégique et politique en fonction des contraintes, avantages, inconvénients et limites de chacun des scénarios."

En clair, l'ADEME laisse donc le choix aux politiques qui, face aux mesures environnementales, doivent prendre en compte le facteur économique et social.

L'aéronautique, joyau commercial de la France

Et, dans ce domaine, la France est un poids lourd avec plus d'1 million d'emplois dans le secteur aéronautique et un solde commercial (différence entre importations et exportations) positif de plus de 30 milliards d'Euro en 2019. L'aéronautique est le premier contributeur à la balance commerciale française !

Les annonces d'Emmanuel Macron enfin de semaine dernière et sa présence ce lundi pour l'ouverture du salon du Bourget confirme, si besoin en était, que la France a bien misé sur le scénario A. L'avenir de notre filière et d'une partie du changement climatique dépendra donc de l'efficacité des ingénieurs en recherche et développement de nos entreprises aéronautiques, notamment Airbus et Safran en premières lignes dans ce dossier.