Témoignage d'un doctorant en droit à Toulouse : "la réforme de la recherche ne la valorise pas, elle la précarise"

Ce mardi 24 novembre, une centaine d'universitaires s'est rassemblée à Toulouse pour dénoncer l’adoption de la loi de programmation de la recherche. Si elle accorde de nouveaux moyens elle est pourtant accusée d'accroître la précarité des chercheurs. Nicolas, doctorant en droit témoigne. 
Droit, Physique, Chimie, Sociologie, Histoire, Littérature. Tous les domaines de recherche en France sont concernés par le projet de loi de programmation de la recherche.
Droit, Physique, Chimie, Sociologie, Histoire, Littérature. Tous les domaines de recherche en France sont concernés par le projet de loi de programmation de la recherche. © Andreas SOLARO / AFP
La loi de programmation de la recherche adoptée par le Sénat le 20 novembre dernier ne fait pas l'unanimité. Ce mardi, ils étaient une centaine d'opposants à s'être réunis à Toulouse pour dénoncer une loi qui, selon eux, ne fait qu'aggraver la précarité des chercheurs.
 
C'est le cas de Nicolas *. Si sa situation lui semble déjà "scandaleuse", cette loi n'arrange rien : "elle ne valorise pas la recherche, elle la précarise". 

Doctorant en droit depuis six ans, il occupe aujourd'hui un poste d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche grâce auquel il gagne 1.232€ par mois, mais cela n’a pas toujours été facile.

Les quatre premières années j’ai vécu sous le seuil de pauvreté. Les meilleurs mois j’avais 900€ pour vivre en travaillant à temps plein 

Nicolas, Doctorant en droit à Toulouse

Comme les deux tiers des doctorants en droit de son université sa thèse n’a pas été financée. La rémunération des travaux dirigés dont ils ont la charge ne suffisent pas. "Certains de mes amis travaillent comme assistants d’éducation dans des lycées en plus de leurs travaux dirigés et de leurs thèses".

Une titularisation difficile 

Quand il aura soutenu sa thèse, Nicolas a pour objectif d’obtenir un poste de maître de conférence. Mais pour lui la loi ne facilitera en rien son insertion dans le milieu universitaire. 

Désormais, les universités n’auront plus besoin de l’aval du Conseil National des Universités (CNU) pour recruter leurs professeurs. Nicolas craint que cette situation lui soit préjudiciable  "je suis élu dans plusieurs conseils. A l’université, je suis connu comme quelqu’un qui n’est pas soumis ce qui crée parfois des inimitiés et pourrait me desservir. Alors qu’avec la sélection du CNU seule la qualité de mon travail est prise en compte".
 
Le texte prévoit également la création de postes de « professeurs juniors » qui pourront au bout de trois à six ans devenir maître de conférence. Censés rendre la recherche attractive, le doctorant n'y voit qu'une étape de plus avant sa titularisation "les universités vont préférer embaucher des professeurs juniors moins bien payés que les postes statutaires qui vont se raréfier".  

Un appauvrissement de la recherche 

Il s’inquiète de voir les universités françaises s’orienter vers une logique sélective et compétitive, où les projets de recherche seraient alors davantage jugés sur leur rentabilité que sur leur qualité.

Je travaille dans un domaine où le bénéfice direct de mes recherches n’est pas tout de suite évident. Je ne suis donc pas sûr que l’Université y verra un intérêt et que je pourrai les poursuivre.

Nicolas, Doctorant en droit à Toulouse


Un avenir incertain qui le pousse parfois à vouloir abandonner une carrière de chercheur "je n’ai pas choisi la voie universitaire pour m’enrichir mais aujourd’hui j’en ai marre. J’ai au moins une dizaine de plans B"

En attendant, Nicolas poursuit l'écriture de sa thèse et compte bien se mobiliser contre cette nouvelle loi. 

* Le prénom a été modifié par souci d'anonymat 
 
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