Toulouse : des élèves brutalement changés de collège pour leur rentrée en sixième

A l'école des Sept-Deniers, à Toulouse, plusieurs élèves de CM2 viennent d'apprendre qu'ils ne pourraient pas être scolarisés dans le collège de leur quartier à la rentrée prochaine, faute de place. Ils devront aller à Blagnac. Une décision soudaine qui suscite incompréhension et colère.

[Mise à jour du 5 juillet 2018 : les recours déposés par leurs parents ont eu une issue favorable. Célia, Julie, Raphaëlle, Abdallah, Gabin et Matthieu vont finalement intégrer leur collège de secteur à la rentrée 2018.]

Ils l'ont appris il y a quelques jours. Plusieurs élèves de CM2 de l'école élémentaire des Sept Deniers à Toulouse vont devoir quitter leurs camarades et leur quartier pour faire leur rentrée en sixième au collège Guillaumet à Blagnac. Leur collège de secteur est trop petit pour accueillir tous les enfants qui devraient théoriquement y rentrer en sixième en septembre. Une décision brutale et inacceptable pour les parents d'élèves et le comité de quartier qui se mobilisent. 
 

La colère des parents d'élèves

"Cette mauvaise nouvelle tombe comme un couperet à seulement 15 jours de la fin de l’année scolaire et met ces élèves et parents concernés dans une situation de totale incompréhension" s'insurgent les parents d'élèves de l'école des Sept Deniers qui dénoncent une "décision intervenue sans concertation". Une décision d'autant plus "inacceptable" selon eux que le nombre d'enfants inscrits en CM2 dans le quartier était connu de longue date. "Il est peu probable que l’état de saturation du collège de secteur n’était pas connu depuis un certain temps par l’Inspection académique" s'indignent-ils, dénonçant le manque d'anticipation et "une décision inique et arbitraire".
 

Le soutien du comité de quartier

Les parents d'élèves ont trouvé un soutien indéfectible auprès du comité de quartier des Sept Deniers. Marcel Martin, son président, n'a pas de mot assez fort pour dire sa colère : "nous sommes vraiment horripilés, révoltés et incroyablement déçus par cette situation" dit-il. "On demande à des élèves dont le collège de rattachement est celui de leur quartier d'aller à Blagnac. On trouve ça inacceptable, tant sur le fond que sur la forme". 
 

Une manifestation vendredi matin

Les parents d'élèves et le comité de quartier ont saisi la directrice académique des services de l'éducation nationale en Haute-Garonne et le président du conseil départemental de Haute-Garonne, pour leur demander que les élèves soient réintégrés dans leur collège de secteur. En attendant, ils ont manifesté ce vendredi matin devant l’école des Sept Deniers. Ils ont également lancé une pétition en ligne.
 

Un manque d'anticipation

Pour Delphine Moutin, présidente (FCPE) de l'association des parents d'élèves du collège des Ponts Jumeaux, cette situation tendue résulte "d'une problématique de capacité qui n'a pas été anticipée depuis plusieurs années". Comment comprendre en effet, au regard de la densification du quartier depuis ces dernières années, que rien n'ait été prévu pour accueillir ces nouveaux élèves ? "On ne comprend pas pourquoi ça n'a pas été étudié en amont" dit-elle" et on se retrouve à gérer une urgence. C'est une situation de crise qu'il faut gérer au mieux pour que les enfants n'en pâtissent pas".
 

Un petit collège de quartier

Le collège des Ponts Jumeaux accueille environ 360 élèves, venus des Sept-Deniers, des Amidonniers. Ce petit collège, contraint dans ses bâtiments, ne compte normalement que trois classes par niveau. Une quatrième sixième y a cependant été ouverte à titre exceptionnel à la rentrée de septembre 2017 pour répondre aux effectifs en croissance constante. Mais il ne sera pas possible d'en ouvrir encore une autre à la rentrée 2018, faute d'espace suffisant.
Plusieurs élèves des Amidonniers qui devaient y être affectés ont également été informés qu'ils devraient aller dans un autre collège à la rentrée. Pour eux, ce sera le collège Fermat. En mars dernier, les parents d'élèves de cette école s'étaient mobilisés pour protester contre une décision du Conseil départemental d'affecter leurs enfants au collège Clémence Isaure. Ils avaient finalement obtenu un report de cette décision.
 

"Une situation difficile pour les familles" reconnaît l'éducation nationale

Elisabeth Laporte, la directrice académique de l'Education nationale, reconnaît uen situation "aigüe" cette année au collège des Ponts Jumeaux. Elle s'explique selon elle par une forte diminution des dérogations cette année: "les opérations de dérogation qui avaient lieu les années passées pour les affectations dans les collèges de secteur ne peuvent plus avoir lieu sur Toulouse du fait de la saturation des autres collèges toulousains". Elle veut toutefois se montrer confiante pour les écoliers des sept-Deniers : "une fois toutes les inscriptions recensées, nous pourrons observer peut-être un écart entre les élèves affectés et les élèves inscrits puisque nous avons toujours des élèves qui rejoignent l'enseignement privé et ces places vacantes pourront bien évidemment être offertes aux élèves des Sept-Deniers qui n'ont pas pu rejoindre les Ponts Jumeaux, donc nous invitons les familles à faire des recours et nous étudierons chaque recours". 
 

Une nouvelle sectorisation à l'étude

De son côté, le conseil départemental indique être "conscient de la pression démographique sur la métropole" et indique travailler depuis plusieurs mois "à une resectorisation du collège en concertation avec les familles, pour qu'à l'avenir tous les élèves habitant le futur secteur et qui souhaitent être scolarisés à Pont-Jumeaux y soient accueillis". La collectivité indique que "des propositions concrètes seront faites dès la semaine prochaine pour travailler sur différentes hypothèses avec les parents. L'objectif est d'aboutir à un projet de resectorisation le plus consensuel possible dès la fin de l'automne 2018 pour une application à la rentrée scolaire 2019".
 

Un projet d'extension ?

Selon le Conseil départemental, un projet d'extension du collège des Ponts Jumeaux est à l'étude. "Le Conseil départemental est en contact avec la Ville de Toulouse pour étudier un projet extension d'ici 2023 du collège qui nécessiterait de disposer d'espace foncier supplémentaire sur le site." indique encore ce vendredi la collectivité. 


Un problème commun à plusieurs collèges du centre ville de Toulouse

Il faudra sans doute prévoir d'autres extensions des collèges du centre ville dans les années à venir. Le collège des Ponts Jumeaux est en effet loin d'être le seul concerné par cette "surpopulation" scolaire. Le collège Claude Nougaro aux Minimes et le collège Michelet connaissent la même tension cette année.
A Michelet, une trentaine de familles connaissent le même problème qu'aux sept-Deniers. "Nous dépendons du collège Michelet" explique ainsi Frédéric Cristini, parent d'élève, "et avons reçu vendredi et samedi dernier des courriers du rectorat nous informant que nos enfants avaient été réaffectés d'office au collège Jean pierre Vernant, hors secteur, alors même que les dossiers d'inscription à Michelet nous avez été distribués deux jours avant". 
 

Une situation connue depuis plusieurs mois

Si elle génère des tensions cette année, cette situation n'est pourtant pas nouvelle pour l'inspection académique. "Nous avons alerté la collectivité il y a plusieurs mois" indique Elisabeth Laporte, "mais la collectivité, à sa décharge, est confrontée à une réelle difficulté en terme d'investissement et en terme de construction pour faire face à cette augmentation géographique". 

"Il va vraiment falloir engager un vrai plan, à moyen terme pour développer de nouveaux collèges au centre ville et répondre aux besoins de la population" insiste de son côté Delphine Moutin. 
En attendant, une réunion sur la sectorisation est organisée par le Conseil départemental lundi 25 juin, au collège des Ponts Jumeaux.

Voir ici le reportage de Christine Ravier et Jack Levé :

 

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