Toulouse : un collectif se mobilise contre la destruction des immeubles de l'architecte Candilis dans le quartier du Mirail

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Écrit par Karine Pellat

Conserver les immeubles d'habitations de l'architecte Candilis dans le quartier du Mirail, à Toulouse, et les rénover, alors qu'ils sont voués à la destruction. C'est la demande de plusieurs associations et d'habitants de la Reynerie et de Bellefontaine.

Un collectif composé d'associations et d'habitants du quartier du Mirail, à Toulouse, s'est réuni le vendredi 14 janvier 2022, et demande l'annulation des démolitions de certains logements HLM du quartier. Les bâtiments concernés ont été conçus par l'architecte Georges Candilis.

Des bâtiments de qualité

Les immeubles concernés sont situés à la Reynerie et à Bellefontaine dans le quartier du Mirail. Des bâtiments sains et de bonne qualité, dotés de grands appartements, sans vis-à-vis. Des appartements, qui au moment de leur construction, dans les années 60, faisaient la fierté des habitants.

Jacques Rovaris occupe un logement conçu par Candilis dans l'immeuble du "Grand d'Indy", un bâtiment de 11 étages construit en 1964. Interviewé par France 3 0ccitanie, ce mardi 25 janvier, il ne comprend pas :

Pour démolir, ça va coûter des millions d'euros, c'est de l'argent foutu en l'air ! Il vaudrait mieux mettre cet argent dans l'amélioration des logements, comme des stores aux fenêtres des cuisines par exemple...

Un habitant du Mirail, qui occupe un logement conçu par l'architecte Candilis

Pour le collectif qui se mobilise contre leur destruction, ils ont de plus, fait la preuve de leur solidité lors de l’explosion de l’usine AZF en 2001, où ils étaient pourtant en première ligne.

Un architecte de renom

Ces appartements sont surtout uniques en leur genre ! Car ils ont été conçus par l'équipe d'architectes et d'urbanistes de Georges Candilis. Cet architecte, né en Grèce en 1913, a été le collaborateur de Le Corbusier durant plusieurs années. Spécialiste de l'habitat "du plus grand nombre", il cherche à produire des logements d'un genre nouveau, adaptés aux conditions économiques et sociales des habitants les plus démunis. L’humain est au centre des préoccupations de son cabinet d'architecture. Aujourd'hui, certains de ces bâtiments se visitent.

En Occitanie, il a également réalisé la première "ville nouvelle" de France à Bagnols-sur-Cèze, et un ensemble d'habitations à Nîmes, dans le Gard, les stations balnéaires de Port-leucate, dans l'Aude, et Port-Barcarès, dans les Pyrénées-orientales et l'école d'architecture de Toulouse.

"Un gâchis financier et culturel"

Dans un communiqué, le collectif s'étonne qu’aucun projet alternatif à la destruction systématique n’ait été engagé par la Mairie, la Métropole, le Conseil Départemental et le Conseil Régional, maîtres d’oeuvre de ce projet.

Nous demandons donc, dans l’urgence, à être reçus par M. le Maire de Toulouse, Président de Métropole, M. Moudenc, pour porter notre demande commune de moratoire ainsi que la proposition de l’ouverture d’un concours pour un projet de rénovation.

Collectif contre la destruction des immeubles Candilis du Mirail

Le collectif précise :

  • Détruire est un gâchis humain considérable : cela détruit une vie sociale très forte, des liens de solidarité et d’entraide tissés tout au long de dizaines d’années.
  • Détruire systématiquement relève d’un gâchis financier : cela coûte beaucoup plus cher à la collectivité de détruire et reconstruire que de rénover et améliorer.
  • Détruire représente un gâchis écologique, car l'empreinte carbone de la destruction/reconstruction est beaucoup plus élevée que celle d'une rénovation.
  • Détruire ces immeubles représente un gâchis architectural considérable : les immeubles Candilis sont des références dans le monde entier.  

Le collectif demande l'instauration d'un moratoire sur les destructions de ces immeubles, le temps de lancer et réaliser un Appel à Concours Architectural et Urbanistique envisageant la rénovation des immeubles concernés. 

Les association mobilisées dans cette démarche sont : l'assemblée d’habitants de la Reynerie, le collectif d’architectes contre la démolition et pour la rénovation, le collectif d’habitants de Bellefontaine, la confédération nationale du logement 31 (CNL31), l'association droit au logement 31 (DAL 31) et Toulouse ouverture 7 (TO7).

Déjà, une mobilisation en 2015

L'architecte Candilis privilégiait la circulation et le lien social. C'était particulièrement vrai dans les coursives et les patios de l'Université Jean Jaurès qu'il avait également conçue. La destruction annoncée de ces bâtiments avait entraîné en 2015 de vives protestations. Un bâtiment et des coursives avaient finalement été conservés.