Déconfinement : les salariés de Tarbes Industry, ex-Vallourec et ex-Altifort de nouveau inquiets pour leur avenir

Dé-confinement contrarié pour les 25 salariés de l'usine d'armement de Tarbes. L'activité reprend doucement avec l'homologation d'une nouvelle production sur le site. Les syndicats sont inquiets et craignent un nouveau dépot de bilan. Ils alertent les pouvoirs publics sur leur sort.  

Les représentants du personnel réunis ce mardi 2 juin sur le site de Tarbes Industry pour alerter sur la situation de leur entreprise
Les représentants du personnel réunis ce mardi 2 juin sur le site de Tarbes Industry pour alerter sur la situation de leur entreprise © Yannick Hornière
Drôle de situation pour les salariés de Tarbes Industry. Derrière ce nom, un site et des ouvriers qui ont fait les riches heures de l’industrie de l’armement à Tarbes : d’abord au sein d’ATS (Ateliers de Tarbes), puis de Giat industries, avant d’être racheté successivement par Vallourec et Altifort. La dernière cession de l’entreprise remonte au 10 janvier 2020 : le tribunal de commerce de Paris a approuvé le projet porté par l’homme d’affaires Franck Supplisson, avec la sauvegarde de 28 emplois, pour pouvoir continuer à fabriquer des pièces d'armement sur l'ancien site de l’arsenal, en plein cœur de la ville.

"On tire la sonnette d’alarme"

Aujourd’hui, ils sont 25 salariés à continuer à résister, et à s’inquiéter pour l’avenir de leur savoir-faire, de leur usine et leurs emplois. "Il n’y a aucune stratégie d’entreprise" explique le représentant CGT des salariés Benjamin Duez, joint ce mardi matin par téléphone. Alors que partout en France l’activité reprend, eux craignent un nouveau dépôt de bilan. Et les salariés sont toujours en chômage partiel. Franck Supplisson répond "la crise sanitaire a créé des délais suplémentaires, et nous avons pris du retard, mais le carnet de commandes est plein, et pour 3 ans. Dans la sidérurgie, nous sommes les seuls en France"

Les salariés ont adressé un courrier à la ministre des armées, Florence Parly, et un rendez-vous est prévu ce mardi après-midi avec le député LREM Jean-Bernard Sempastous. 

On tire la sonnette d’alarme, et on veut alerter les pouvoirs publics. Les salaires ont été payés encore le mois dernier, mais il n’y a eu aucune rentrée d’argent depuis le mois de janvier, nous craignons la cessation de paiement.


Le sort de Tarbes Industry est important pour les élus locaux et notamment pour le député LREM des Hautes-Pyrénées qui s’est battu pour avoir des garanties pour la survie du site, unique en France grâce à son savoir-faire : "l’outil de travail, la forge et ses salariés sont une richesse pour la ville et pour l’armée française, sans l’usine de Tarbes, une partie de l’armement français serait fabriquée en Espagne ou en Italie". Mais il faut désormais assurer son avenir.
 

Une situation préoccupante

L’usine compte dans un premier temps sur des promesses de commandes de la part de leur client unique, Nexter (anciennement Giat Industries), négociées par l’homme d’affaire Franck Supplisson lors de la reprise, et approuvées par la DGA (Direction Générale des Armées). 

Joint par télephone, le PDG de l'entreprise Franck Supplisson rappelle qu'il était le seul repreneur du site de Tarbes et qu'il y a une certaine fierté à pouvoir travailler pour l'armée : 

Nous allons fabriquer les obus du Char Leclerc, c'est un nouveau produit et il est développé sur le site de Tarbes Industry 



Nexter s’est engagé sur la commande de plusieurs milliers de pièces d’obus par an. Un accord qui a permis d’asseoir l’offre de reprise et qui peut assurer à moyen terme l’activité de l’entreprise.

Franck Supplisson expliquait le 11 mai dernier à Médiapart que "L’objectif du projet est précisément de diversifier l’usine de Tarbes afin qu’elle puisse adresser d’autres marchés dans deux ans. Ce travail est d’ores et déjà en cours ".


Selon Benjamin Duez un acompte de 50% de la commande devait être versé au cours du 1er trimestre : "il aurait permis de commander l’acier et de reprendre l’activité dans les semaines à venir". Mais la crise sanitaire a semble-t-il perturbé les plans du repreneur : "nous avons appris que de nouvelles négociations avait ramené l’acompte à 22%, mais l’argent n’a toujours pas été versé" déplore le représentant du personnel.
Pour l'industriel "Nexter ne pouvait pas verser 50% d'une commande globale, le montant (plus de 4 millions d'euros) aurait été trop élevé". 
Quant à diversification, Franck Supplisson ajoute "outre les obus du char Leclerc, l'usine devrait produire les munitions de la Marine Nationale, et nous nous tournons également vers d'autres secteurs. La priorité pour l'instant c'est l'homologation et la qualification de l'usine pour la production des obus du char Leclerc"  

Les Mac Gyver de l’armement

Impossible également selon les syndicats de rendre l’activité pérenne sans diversification. Mais avec la situation actuelle de la trésorerie de l’entreprise, cela devient urgent. "Il faudrait décrocher d’autres marchés que celui de l’armement ", même si aujourd’hui, l’usine développe le projet novateur sur les obus qui arment les chars de combat Leclerc, "ce n’est pas suffisant, ce projet s’appuie sur les reliquats d’Altifort, Vallourec et Giat, nous faisons avec des bouts de ficelles, nous sommes les "Mac Gyver" de l’armement".
Les grandes dates du site industriel d’Arsenal à Tarbes
1870 : Naissance du site Arsenal avec l’entreprise ATS (Ateliers de Tarbes) qui avait pour activité la fabrication des canons à balles.

1971 : ATS est repris par le groupe publique GIAT (Groupement industriel des armements terrestre).
Le site Tarbais se compose alors d’une usine d’armement avec des forges.

1er janvier 1990 : GIAT devient une entreprise nationale et change de nom pour « GIAT industrie ». Mais ce changement de statut accumulé à des pertes économiques entrainent une série de plans sociaux.

2003 : le 6e plan social « Giat 2006 » sera fatal au site Tarbais. Le site passe progressivement de 850 emplois (en 2002) à 162 (en 2006)

Entre 2005 et 2006 : Fermeture définitive de Giat Industrie à Tarbes. Mais certains parties du site sont sauvées. C’est le cas de l’usine et des Forges reprisent par Vallourec (fabrication de tube en acier). Cette dernière compte alors une cinquantaine de salariés en 2007.

Juin 2018 : Reprise de Vallourec par le groupe Altifort. A Tarbes, Les 53 salariés du site sont conservés dans un premier temps.

Juillet 2019 : Altifort annonce vouloir vendre son site de Tarbes et cherche un repreneur.

10 Janvier 2020 : cession du site industriel de Tarbes pour un prix de 1 000 € au profit de Franck Supplisson porteur du projet Tarbes Industry , un projet qui doit assurer le maintien dans l’emploi de 28 salariés.
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