Hérault : le député Christophe Euzet défend les accents régionaux et veut une loi contre la discrimination

Le député de l’Hérault Christophe Euzet part en guerre contre la glottophobie : la discrimination par l’accent. Selon un sondage IFOP, 16% des Français disent en avoir été victimes. Sa proposition de loi sera examinée le 26 novembre 2020 par l’Assemblée Nationale.

Le député de l'Hérault Christophe Euzet à l'Assemblée Nationale
Le député de l'Hérault Christophe Euzet à l'Assemblée Nationale © Thomas Padilla/MAXPPP
Catalan, ch’ti, toulousain, antillais… Votre accent, vous l’aimez bien, c’est comme un petit supplément d’âme. Mais ça vous agace un peu quand on se moque de votre prononciation du mot pneu (comment ça, on ne dit pas PE-NEU ???) ou lorsque votre interlocuteur vous habille des stéréotypes de votre région juste au son de votre voix.

La glottophobie, quésaco ??

Pire encore : l’accent peut parfois devenir un handicap pour l’obtention d’un poste ou d’un appartement. Quand on discrimine quelqu’un sous prétexte de son accent, on appelle cela la glottophobie. Une injustice contre laquelle a décidé de s’élever le député Christophe Euzet, d’origine catalane et élu de la majorité présidentielle dans la 7e circonscription de l’Hérault.
La commission des lois de l'Assemblée Nationale a donné son feu vert ce mercredi matin.
Car le problème est loin d’être anodin selon lui.

L’accent charrie un certain nombre de préjugés qui peuvent être plus ou moins sympathiques.

Christophe Euzet, député de la 7e circonscription de l'Hérault

Selon un sondage réalisé par l’IFOP en janvier 2020, un Français sur 2 déclare parler avec un accent. Et parmi ces 33 millions :

Accent du sud, des îles, de banlieue ? Attention aux préjugés

Selon le député héraultais, "il y a des préjugés plutôt sympathiques avec l’accent du sud parce qu’on a des visions de vacances qui arrivent avec. C’est beaucoup plus négatif parfois avec des accents des îles ou de banlieue. » Comme un nom ou une photo sur un CV, une intonation particulière dans la voix peut devenir une barrière pour obtenir un rendez-vous ou accéder à un poste. Il n'est pas rare que la singularité se transforme en véritable frein.
"Le problème, c’est qu’on n’arrive pas à se défaire des préjugés", explique Christophe Euzet.

Il est très difficile pour quelqu’un du sud qui bénéficie d’un a priori favorable de passer ensuite pour quelqu'un de sérieux à cause de l'accent. 

Christophe Euzet, député de la 7e circonscription de l'Hérault

Pour cet élu de la République en Marche,  "on a l’exemple même avec notre Premier ministre. Malgré son parcours brillant, il est obligé de faire en permanence la double preuve."

Jean Castex, l'homme à la double peine

Dès son arrivée à Matignon, l’ancien maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales, aux origines gersoises, a fait l’objet de nombreuses moqueries à propos de son accent du sud. Et doit, selon certains observateurs, redoubler d'efforts en permanence pour asseoir sa crédibilité dans une époque compliquée.
On se souvient aussi en 2018 de Jean-Luc Mélenchon qui avait raillé l’accent d’une journaliste toulousaine, lançant à la presse qui l’interrogeait : "Quelqu’un a t-il une question en français ?" Il avait ensuite présenté des excuses.   

Une loi contre cette discrimination

Le député Héraultais Christophe Euzet veut donc faire évoluer la loi pour que la glottophobie soit considérée comme une discrimination à part entière dans le Code pénal et dans le Code du travail et punie d’une peine.
Objectif : susciter la prise de conscience et avoir un effet dissuasif. Et protéger aussi d’une certaine manière tous les accents qui font partie de la richesse et de la diversité du pays. Sa proposition de loi sera examinée le 26 novembre prochain. Christophe Euzet la défendra à la tribune... avec l’accent bien sûr !
 
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