Assassinat de la grotte sanglante à Sète : deux accusés aux personnalités et aux parcours opposés

La Cour d'Assises de l'Hérault juge du 18 au 27 janvier Rémi Chesne et Audrey Louvet pour la séquestration et l'assassinat de Patrick Isoird en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète. Ce lundi, les experts ont décrit 2 co-accusés aux parcours et aux personnalités opposés.

Le dossier de l'assassinat de la grotte sanglante de Sète jugé du 18 au 27 janvier 2021 devant la Cour d'Assises de l'Hérault
Le dossier de l'assassinat de la grotte sanglante de Sète jugé du 18 au 27 janvier 2021 devant la Cour d'Assises de l'Hérault © Dorothée Berhault, France 3 Occitanie

Qu'est-ce qui a pu conduire Rémi Chesne et Audrey Louvet à enlever, séquestrer et assassiner (selon la thèse de l'accusation) Patrick Isoird en juin 2014 dans la fameuse "grotte sanglante" de Sète ? Appelés à la barre lors de la première journée du procès des deux co-accusés devant la Cour d'Assises de l'Hérault à Montpellier, les enquêteurs de personnalité ont tenté d'éclairer les jurés. Ils ont brossé le portrait de deux personnes aux parcours et aux ressorts psychologiques opposés.

Une pression médiatique très mal vécue

Soigneux, maniaque, strict en matière de discipline, fragile, affable et déterminé à mettre en avant ses qualités : tel est le Rémi Chesne décrit par Pauline Chevaillier, enquêtrice de personnalité. Lorsqu'elle se présente au parloir de la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) en 2016, le suspect vit mal sa détention provisoire et la pression médiatique qui entoure l'affaire. Il refuse d'abord de lui parler, échaudé par la médiatisation de l'affaire. Puis il se ravise, convaincu par ses proches, très présents dans la vie de l'accusé.

Centré sur sa famille, avec peu d'amis

Pour preuve, Rémi Chesne n'a jamais vu de psychologue, même après le décès de sa femme (Nadège Chesne, retrouvée pendue dans le garage de leur maison de Sète en 2009 et dont le suicide est sujet à caution, NDLR) : ce n'est "pas dans les habitudes de la famille", où l'on préfère s'appuyer sur les liens intra-familiaux pour surmonter les épreuves.
L'enquêtrice note qu'il apparaît davantage centré sur cette famille que sur son entourage amical, qui semble peu développé.

Alors que le rapport évoque une grande importance accordée aux apparences, aux symboles de réussite de celui qui fut un enfant dyslexique et dyscalculique, Luc Abratkiewicz, avocat de la défense, entreprend alors de battre en brèche les rumeurs de mésentente du ménage Chesne en rappelant que son client et son épouse étaient décrits par leur entourage comme un "couple exemplaire" selon les termes mêmes de l'enquêtrice de personnalité.

Des parents et des époux unis et soudés, voilà qui tranche avec le parcours familial chaotique d'Audrey Louvet.

Audrey Louvet, enfant maltraitée et mère de famille influençable

Un refus net et définitif d'évoquer Audrey Louvet : dans son enquête de personnalité, Leslie Roncaglia s'est heurtée au silence et à l'hostilité des proches de l'accusée. Cette dernière décrit d'ailleurs des rapports conflictuels de longue date, notamment avec sa mère et son beau-père. Il faut dire qu'enfant, seule fille d'une fratrie nombreuse et recomposée, elle est victime de maltraitance et doit s'occuper de ses jeunes demi-frères.
Elle se réfugie dans une idéalisation de la figure du père, divorcé de sa mère alors qu'Audrey avait 6 ans : "C'était le seul qui m'aimait, ma mère m'a privée de vie". La réalité décrite par ses frères aînés est plus sombre : ce père alcoolique, très violent (il a tenté de défenestrer leur mère et lui a cassé les dents), fait en vérité l'objet d'une mesure d'éloignement. Il rompt tout lien avec sa fille lorsque celle-ci a 19 ans et attend son premier enfant.

Sans diplôme, devenue mère très jeune de deux garçons, Audrey Louvet vit d'allocations familiales, avec une tendance appuyée à "refuser le travail" selon les associations qui tentent de la réinsérer. L'enquêtrice note des "difficultés psychologiques" et un "état dépressif" qui font très tôt l'objet d'un suivi, un "parcours marginal" avec peu d'ouverture au monde.

Naïve, dépressive mais déterminée

Paradoxalement, Audrey Louvet, en quête d'affection, est "capable d'ouvrir sa porte à n'importe qui" et accorde une confiance totale aux hommes dont elle tombe amoureuse. Elle va même jusqu'à se convertir à l'Islam après une rencontre sur Internet.

Naïve, influençable, l'accusée est néanmoins décrite comme très déterminée à ce que ses enfants ne manquent de rien et très investie dans leur éducation, même si les loisirs sont rares. Une mère parfois douce et affective, mais souvent rattrapée par des crises d'hystérie.

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