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Assises de l'Hérault : meurtre à la maison de retraite de prêtres à Montferrier-sur-Lez cambriolage ou tuerie de masse ?

Le dispositif de sécurité près de la maison de retraite - novembre 2016. / © PASCAL GUYOT / AFP
Le dispositif de sécurité près de la maison de retraite - novembre 2016. / © PASCAL GUYOT / AFP

Eric Boucher comparaît jusqu'au 17 septembre pour le meurtre d'une employée d'une maison de retraite pour prêtres de Montferrier-sur-Lez (Hérault), près de Montpellier, en 2016. Cambriolage ayant mal tourné, vengeance ou tuerie de masse ? L'accusé plaide la première thèse au 2ème jour d'audience.

Par Valérie Luxey

Au deuxième jour de son procès pour le meurtre d'une lingère de la maison de retraite Les Chênes Verts de Montferrier-sur-Lez (Hérault), près de Montpellier, Eric Boucher est longuement revenu sur la nuit des faits et sur ses motivations. L'accusé plaide toujours et encore le cambriolage qui a mal tourné. Il a d'abord évoqué la première agression, celle de Maryvonne Autissier, employée de l'établissement :
 

Je suis entré par l'entrée principale en direction de la bibliothèque où j'ai attendu 2 heures. J'ai mangé, j'ai réfléchi, je me suis dit que ce n'était pas une bonne solution. J'ai entendu du bruit : c'était madame Autissier, que je connaissais. Je l'ai mise en joue, je l'ai fait mettre à genoux, je lui ai demandé le digicode, je l'ai traitée de "sale pute de travailler pour ces gens-là", je lui ai mis du scotch sur la bouche. Je l'ai giflée et elle est tombée. Je lui a pris ses lunettes, son portable et ses clés.


"Je l'entendais toujours respirer, alors je lui ai mis encore 3 coups de couteau"


Eric Boucher ne s'arrête pas là, ce fameux soir de novembre 2016, dans cet établissement pour prêtres qu'il connaît bien pour y avoir travaillé. Sa route croise alors celle de la lingère Catherine Segaud.
 

J'ai vu que la lingère était dans la buanderie. Je l'ai mise en joue, elle m'a demandé pourquoi je faisais ça, j'ai pas répondu. Je l'ai bâillonnée en me baissant, alors elle m'a attrapé au cou et bousculé. Dans le choc, ma cagoule s'est enlevée. Alors j'ai sorti mon couteau et je l'ai poignardée. Je l'entendais toujours respirer, alors je lui a mis encore 3 coups de couteau pendant qu'elle était toujours au sol. Elle respirait encore. Je l'ai laissée et je suis sorti par une sortie de secours.


Un cambrioleur surarmé


Face à l'accusé qui se défend de toute intention de tuer, le président Régis Cayrol, lui, ne désarme pas, demandant aux jurés d'examiner les pièces à conviction. Défilent alors le couteau ayant servi au crime, un masque noir rigide effrayant moulé à la manière d'un crâne de squelette, un sabre "katana" et des répliques factices plus vraies que nature d'un AK47 (ou Kalachnikov), d'un fusil mitrailleur et d'un pistolet Taurus. 
 
  • Le président : "vous aviez commis un premier cambriolage dans cet établissement. Vous aviez quelle tenue alors ?"
  • L'accusé : "j'avais pas de tenue particulière"
  • Le président : "donc la deuxième fois, c'est une action qui n'était pas de même nature ? Vous avez alors tenté de recruter                           deux complices qui ont refusé de vous aider : on est dans une différence d'échelle !"


Animé de rancoeur ?


Mais Eric Boucher maintient qu'il n'avait pas de stratégie pré-déterminée et que le but était seulement de "récupérer des objets".
Face à lui, les avocats des parties civiles ont fait bloc pour tenté de démontrer qu'au contraire, l'accusé était animé par une rancoeur envers son ancien employeur et ses ex-collègues.
 

Maître Sophie Guilbert, avocate de la famille de Catherine Segaud :
 

Vous passez d'un acte commis sous l'emballement à la reconnaissance de 6 coups de couteau, on progresse !
 

  • Maître Sophie Guilbert : "aviez-vous conscience qu'elle était en train de mourir ?"
  • L'accusé : "non".
  • Maître Sophie Guilbert : "aviez-vous l'intention d'agresser ?"
  • L'accusé : "non, seulement les mettre en joue"
  • Maître Sophie Guilbert : "ce n'est pas la version que vous avez donnée en garde à vue. La plupart du temps, les                                                           cambrioleurs évitent les occupants du lieu, vous vous allez à leur rencontre. Pourquoi ?"
  • L'accusé : "je ne sais pas".


L'hypothèse de la tuerie de masse


Voilà une heure trente à présent que les deux parties s'affrontent autour de ces deux thèses lorsque l'avocat général se lève et en soulève une troisième, en lien avec le contexte de l'époque.

En novembre 2016, un an après les attentats de Paris, quelques mois après celui de Nice et de l'assassinat d'un religieux à Saint-Etienne-du-Rouvray en Normandie, la France est en pleine psychose terroriste. Les événements de Montferrier-sur-Lez, survenus dans une maison de retraite pour anciens missionnaires, jette le trouble. L'avocat général :
 

Etiez-vous venu pour tuer les prêtres ? S'agissait-il d'une tuerie de masse ? 


Un armement massif qui interroge


Eric Boucher nie catégoriquement. Pourtant, Maryvonne Autissier, de manière constante, a affirmé qu'il le lui aurait dit. Une affirmation confirmée par le père dans la chambre duquel elle s'était réfugiée après que l'accusé l'ait abandonnée à terre avant de se diriger vers la buanderie. Et l'avocat général de s'interroger sur la masse d'armes (factices ou non) et de fils à lier emportée avec lui par le cambrioleur :
 

Vous vous êtes préparé comme un commando. Tout ça pour un cambriolage ?


La défense ironise et démonte la thèse du "commando"


Une thèse raillée par Maître David Mendel, avocat de la défense :
 

Vous êtes venus avec votre véhicule personnel et vos papiers dedans, donc parfaitement identfiable. C'est ça un commando ? 


Pour la défense, cette théorie relève de la fantaisie.


Aucune chance laissée à la victime


Reste un fait qui interpelle et sur lequel n'ont pas manqué d'insister les avocats de la partie civile : voyant que la victime Catherine Segaud, poignardée, respire encore, Eric Boucher lui retire son téléphone portable, ne lui laissant aucune chance d'appeler au secours. La suite, c'est lui qui la raconte :
 

Je suis sorti par derrière pour rejoindre mon véhicule. J'ai vu l'ambulance arriver, repartir, je ne savais pas quoi faire, j'ai pas eu le courage, j'ai fait demi-tour. Je me suis déséquipé, j'ai jeté mes affaires, j'ai allumé une cigarette, j'ai traversé les bois en marchant via une piste coupe-feu et je me suis perdu. Je suis arrivé le lendemain au petit jour à Saint-Mathieu-de-Tréviers, chez moi. Devant et partout autour, il y avait des policiers, la télé... Je me suis présenté et on m'a mis en joue et interpellé.


Fuite en avant


Une absence d'aide apportée à sa victime (d'autant que le nombre et la nature des coups portés, notamment des ecchimoses au visage, montrent qu'elle s'est défendue) et une nuit de fuite qui pourraient peser lourd dans ce dossier. Car le médecin légiste insiste bien sur le fait que compte tenu de ses blessures, il n'y avait pour Catherine Segaud "aucune possibilité thérapeutique". En clair : elle n'avait aucune chance.
 

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