Dry January : une opportunité pour les ventes de vin sans alcool alors que l'on boit de moins en moins en France

En France, si la bière sans alcool représente désormais 10% du marché, le vin sans alcool, lui, en est encore à ses balbutiements : il représenterait moins de 1% de la production viticole dans l'hexagone. Pourtant, certains vignerons héraultais n'ont pas hésité à miser dessus. Et la mode du Dry January, de plus en plus en vogue, semble leur donner raison.

Né en Grande-Bretagne il y a dix ans, le "Dry January", mois de janvier sans alcool, commence à faire des émules en France. Depuis 2020, le principe -ne plus boire une goutte d'alcool du 1er janvier jusqu’à la fin du mois- se popularise.

Selon les organisateurs de ce mois sans alcool, 17 000 personnes se sont inscrites au défi de janvier, soit 15 % de plus que l’an dernier à la même date. 

Dans l'Hérault, deuxième département viticole français, si plusieurs négociants ont investi sur le vin désalcoolisé, un seul domaine le fabrique de A à Z : celui de la Colombette, situé dans le Biterrois, pionnier en France de la désalcoolisation par osmose inverse depuis 2003.

Un domaine familial où les ventes de vins désalcoolisés sont en hausse constante depuis peu : de 10% des ventes en 2022, on est passé à 20% l'an dernier, voire 50% fin 2023 ! 

Vincent Pugibet, issu de trois générations de vignerons n'en revient pas : "les mentalités sont en train de changer ! Aujourd'hui, dire qu'on ne boit pas d'alccol, cela passe de mieux en mieux."

Ce sont les cavistes eux-même qui viennent nous démarcher depuis deux à trois ans mais ces deux derniers mois, là, les ventes se sont envolées !

Vincent Pugibet, vigneron à Béziers

La clientèle ? Des jeunes, des femmes, des hommes et des personnes âgées. De tout, en fait !

"Maintenant, la clientèle du vin sans alcool, est une clientèle extrêmement flexible et très variée qui achète ce vin pour faire un break, pour déguster un apéritif après le sport, pour mieux gérer sa consommation d’alcool", explique ce viticulteur qui travaille sur un domaine de 60 hectares.

L'histoire a commencé en 2003, quand Vincent Pugibet a acheté une machine à désalcooliser le vin en Italie.

"Si j’avais pensé un jour que je ferais du vin sans alcool, à l’époque, je ne l’aurais pas cru du tout ! " raconte-t-il en riant.  Son but, c'était de revenir à des vins moins forts, d'élaborer des blancs à 11° et des rouges à 12°. 

L'idée, c'était de faire un vin plus léger qui permette une ivresse modérée, de rester dans l’euphorie, sans être assommé. A l’époque, pour moi, le vin sans alcool, c’était pour des clients chiants ou malades ! 

Vincent Pugibet, vigneron

Un vin pour les eunuques 

Dix ans plus tard, il tentera l'expérience du vin desalcoolisé, avec moins de 0.5% d'alcool, mais à reculons. "Nous n’avions pas envie d’une clientèle morose, pronant l’abstinence."

Des a priori qui, selon lui, n'ont plus de raison d'être aujourd'hui. Mais le chemin fut long et parfois douloureux.

Et de citer un article qui lui est resté en travers de la gorge : en 2008, Jacques Berthomeau, consultant en vin chargé par le ministère de l'Agriculture de préparer une stratégie gagnante pour la viticulteurs des années 2010 écrivait : 

"Désalcooliser totalement un vin pour moi c’est le castrer, le châtrer, l’émasculer. La castration est une privation.( ....) Je ne vois pas l’intérêt qu’il y a à cultiver de la vigne, à vendanger, à vinifier pour aboutir à un tel résultat. C’est un gâchis économique et écologique. Désolé d’être aussi dur mais je ne comprends pas qu’on puisse mettre sur le marché un tel produit qui est vide de tout ce qui fait le bonheur du vin. Mieux vaut boire de l’eau."

Une consommation de vin en baisse

En Occitanie, qui reste la 3e région pour la consommation d'alcool après la Bretagne et les Hauts de France, ont boit de moins en moins de vin, comme ailleurs dans l'hexagone.

En 2022, les consommateurs réguliers, qui boivent du vin tous les jours, ne représentaient que 11% de la population, selon une enquête réalisée par Ipsos Observer pour FranceAgriMer et le Cniv (Comité national des interprofessions des vins à appellation d'origine et à indication géographique). En 1980, ils représentaient la moitié de la population nationale.

La consommation de vin s'effectue dorénavant de manière occasionnelle, principalement chez les Français de 18 ans et plus. Une forte tendance à la baisse qui inquiète au plus haut point Jean-phillipe Granier, gérant de la maison des Vins du Languedoc depuis 30 ans. Pour ce spécialiste reconnu dans le milieu viticole, "les vignerons ont du soucis à se faire" . Et lui ne croit pas en ce vin sans alcool pour relancer la consommation.

Cela n'existe pas, le vin sans alcool. Le vin est issu des processus de fermentation, sinon c'est du jus de raisin ! Voila près de 8000 ans qu'on en boit, on ne va pas nous enlever çà ! 

Jean-Phillippe Granier, directeur de l'AOC Languedoc

Un vin sans alcool ? Pas tout à fait

Depuis quelques mois, l'Europe a donné un cadre juridique plus précis à ces boissons, dont le taux d’alcool tourne généralement autour de 0,3 %. Les « vins désalcoolisés » et les « vins partiellement désalcoolisés » sont désormais reconnus légalement et autorisés mais ne peuvent afficher que les mentions « vins de table » et « vins de pays ».

Les vins de France désignés « sans alcool » comptent officiellement moins de 0,5 % d’alcool, mais le zéro pour cent n'existe pas. 

Comment désalcooliser le vin ?

Pour obtenir un vin désalcoolisé, il existe deux techniques : la première est appelée l’osmose inverse, un principe utilisé au départ pour désaliniser l’eau et qui permet de séparer l’alcool du reste du vin en le passant à travers des micro-membranes très fines. L’autre est issue du principe de distillation à basse température. 

De manière générale, le taux d'alcool dans le vin n'a cessé d'augmenter depuis les années 60, à cause, en partie, du réchauffement climatique : plus le soleil est intense, plus le vin est fort, car la température favorise la maturation du raisin et, donc, l’augmentation du taux de sucre.