Grotte sanglante de Sète - Marc Isoird, frère de la victime : "On était toujours ensemble, il était serviable et gentil"

Alors que s'ouvre ce lundi 18 janvier le procès des deux assassins présumés de Patrick Isoird, mort dans la "grotte sanglante" de Sète en juin 2014, son frère aîné Marc dresse le portrait d'un homme "gentil et serviable". Il se souvient de leur enfance et de leurs liens très forts.

Marc Isoird est le frère aîné de Patrick Isoird, assassiné en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète - archives
Marc Isoird est le frère aîné de Patrick Isoird, assassiné en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète - archives © SYLVIE CAMBON/MAXPPP

Le procès de Rémi Chesne et Audrey Louvet, co-accusés de l'assassinat de Patrick Isoird en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète, s'ouvre ce lundi 18 janvier devant la Cour d'Assises de l'Hérault à Montpellier.
Persuadé de leur culpabilité, le frère de la victime, Marc, entend médiatiser jusqu'au bout cette affaire. Il dresse le portrait de son cadet, se souvient de leurs moments ensemble et de l'annonce de sa disparition.

Disparu du jour au lendemain

C'est Marc qui va signaler le premier l'absence prolongée de son frère, le 25 juin 2014. Personne n'a revu Patrick Isoird depuis l'avant-veille. Il ne s'est pas rendu au spectacle de sa jeune fille comme il s'y était engagé, il n'est pas rentré chez sa mère âgée avec laquelle il vit dans le quartier de l'Ile de Thau. Il n'est pas reparu non plus à son travail depuis une pause durant laquelle il avait confié à ses collègues avoir rendez-vous avec une jeune femme.

Lanceur d'alerte

Une disparition qui tranche avec les habitudes de Patrick Isoird, qui est employé comme chauffeur à l'hôpital de Sète. Inquiet, Marc Isoird se rend alors au commissariat de Sète :

Il n'y avait que moi pour signaler sa disparition. Ma mère avait plus de 80 ans, elle avait déjà appelé toutes ses connaissances pour savoir si quelqu'un avait vu mon frère. J'ai compris qu'il y avait quelque chose de grave. J'ai aussi appelé la police après que des collègues de Patrick à l'hôpital ont trouvé son scooter garé devant le cimetière Le Py [non loin de son lieu de travail et de la "grotte sanglante", NDLR]. Dedans, il y avait son téléphone. J'ai composé le dernier numéro qui s'affichait, une femme qui ne s'est pas identifiée m'a répondu et a confirmé qu'elle avait bien rendez-vous avec lui, mais qu'ils s'étaient séparés après être restés sur place un moment ensemble. J'ai appris plus tard qu'il s'agissait d'Audrey Louvet.

 

Marc Isoird, frère de Patrick Isoird et partie civile au procès

Guet-apens dans la grotte

La jeune femme a avoué plus tard avoir servi d'appât pour attirer Patrick Isoird dans cette grotte creusée dans le flanc du Mont Saint-Clair, connue à Sète pour être un lieu de rencontres et de trafics, squattée par des sans-abris.

C'est là que le corps du quadragénaire a finalement été retrouvé en partie calciné, criblé de 2 balles de fusil de chasse, 3 semaines après sa disparition. L'arme du crime n'a jamais été retrouvée. Marc Isoird raconte :

J'étais sur mes tables à coquillages, sur l'étang. Un collègue m'appelle : "tu devrais aller à la grotte, il y a des policiers partout". J'accours et là, les hommes du SRPJ me disent qu'ils ont trouvé un corps, mais qu'ils ne l'ont pas encore identifié. Je m'étais préparé à ça : je savais qu'il lui était arrivé quelque chose de grave, ça faisait 3 semaines qu'il avait disparu. Mais un assassinat... Je suis tombé des nues !

 

Marc Isoird, frère de Patrick Isoird et partie civile au procès

La vengeance comme mobile ?

Les enquêteurs ont conclu que Rémi Chesne l'aurait abattu, avant de procéder à la crémation du corps. Ce coiffeur, aujourd'hui âgé de 51 ans, était désireux selon l'accusation de se venger d'une ancienne liaison qu'aurait entretenue la victime avec sa femme Nadège. Cette dernière était décédée 5 ans auparavant dans un apparent suicide par pendaison aujourd'hui sujet à caution. Des faits que Rémi Chesne nie toujours en bloc.

Souvenirs d'un petit frère très proche

Mais pour Marc Isoird, Audrey Louvet et Rémi Chesne sont bien responsables de la mort de son frère adoré. C'est son intime conviction. 5 ans séparaient Marc et Patrick Isoird, petits derniers d'une famille de 5 enfants. Entre eux sont rapidement nés des liens plus forts qu'avec le reste de la fratrie. Marc s'occupait de Patrick : "je l'amenais à l'école, on était tout le temps ensemble. Et même une fois adultes, on se voyait tous les jours".

Un homme simple et serviable

Devenu ostréiculteur, Marc recevait souvent l'aide de Patrick, employé comme chauffeur par le Centre Hospitalier Intercommunal du Bassin de Thau à Sète : "en fin d'année, il gardait tous ses jours de congés pour venir me donner un coup de main pour les fêtes. On passait des heures à gratter les huîtres et pendant ce temps, on se racontait nos souvenirs d'enfance, nos parties de foot avec les copains. Patrick, c'était Monsieur-Tout-Le-Monde : gentil, serviable, surtout pas coléreux. On s'est toujours bien entendus".

Pas assez cependant pour que son frère lui confie ses affaires de cœur, notamment cette relation avec Nadège Chesne dont Patrick Isoird semblait très épris : "on n'a jamais parlé de Nadège, aujourd'hui je le regrette. Je savais juste qu'ils avaient eu une aventure, que sa mort l'avait marqué".

Pas effrayé par 10 jours d'un procès surmédiatisé

Alors que le procès qui s'ouvre ce 18 janvier va durer 10 jours et que la presse, qui s'est passionnée depuis 6 ans pour cette affaire, sera très présente, Marc Isoird ne redoute pas l'exposition médiatique, au contraire : "j'ai tout fait pour ça, je veux que tout le monde sache. Ce procès, je l'attends tellement !"

Le verdict est attendu le 27 janvier.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société faits divers témoignage assises violence criminalité grandes affaires criminelles