Coronavirus : l'inquiétude des chocolatiers à l'approche de Pâques

Depuis le mois de février, les chocolatiers préparent leurs chocolats de Pâques - 22.03.20 / © MAXPPP - G. Yetchmeniza
Depuis le mois de février, les chocolatiers préparent leurs chocolats de Pâques - 22.03.20 / © MAXPPP - G. Yetchmeniza

À moins d’un mois des fêtes de Pâques, les chocolatiers tirent la sonnette d’alarme. Ils craignent une perte importante de leur chiffre d’affaires pendant cette période cruciale pour eux.

Par Camille Nowak

Pâques représente pour les chocolatiers en moyenne, un quart de leur chiffre d’affaires. Une part importante de leur travail est donc concentrée sur cette courte période durant laquelle le chocolat est à la fête.

Mais cette année, la chasse aux oeufs dans les jardins pourrait bien être perturbée par le coronavirus. En effet, pour l’heure, on ne sait pas encore jusqu’à quand réellement les mesures de confinement seront effectives, mais il se pourrait bien que d’ici le 12 avril prochain, elles soient toujours en vigueur.
 

"Les clients nous boudent"


Pour de nombreux chocolatiers qui avaient déjà commencé à couler leurs figurines, c’est un véritable désastre. "Dès qu’on a commencé le confinement, on a créé un groupe pour discuter entre nous et échanger autour de nos difficultés. Notre crainte principale c’est une perte trop importante de notre chiffre d’affaires", confie Cécile Ferrandi, gérante d’une boutique de chocolaterie-pâtisserie, à Aniane, dans l’Hérault. Un moyen de garder le lien et de se soutenir dans cette période, ajoute William Courtin, chocolatier à Sommières, "on avait besoin de sentir qu’on était pas tout seul, chacun qui donne son avis, son opinion ou même des choses auxquelles on n’a pas pensé". 

Depuis le début des mesures de confinement, les files d’attente interminables devant les supermarchés ont fait le tour des médias. Mais du côté des petits commerçants, c’est plus difficile selon Cécile Ferrandi : "les petits artisans ont aussi le droit d’ouvrir pendant cette période puisqu’on vend également de l’alimentaire mais les clients nous boudent pour se ruer vers les supermarchés. Ce n’est pas un besoin de première nécessité d’acheter du chocolat, alors les gens ne viennent plus".  
 

Incertitude


Ouvrir ou fermer leur boutique ? C'est bien souvent cette question ces professionnels du chocolat se sont posé. "On apporte malgré tout une dose de bonheur aux gens, quand j'ai eu des appels de clients pour savoir si j'étais ouvert, je me suis dit qu'il fallait absolument que je continue à travailler. Mais il est vrai que certains ont beaucoup douté", précise William Courtin

Cécile Ferrandi avait en effet décidé de fermer ses portes, finalement elle a prévu de rouvrir sa boutique dès ce mercredi. 
 


Pourtant, c’est bien dans ces petites boutiques que les règles sanitaires imposées sont le plus respectées selon cette chocolatière. "On fait rentrer les clients un par un, on les sert, on leur demande de payer uniquement par carte bleue. On désinfecte même le terminal de paiement après chaque passage", explique Cécile.
 

Préparations anticipées


Créations, emballage, montage... Depuis le mois de février, ces chocolatiers se préparent pour cette fête :
 

On commence à préparer notre petite friture, nos moulages. Je confectionne environ 1000 pièces pour Pâques. C’est une échéance très importante.
William Courtin, chocolatier.


En effet, les chocolats peuvent se conserver pendant plusieurs mois, c'est pourquoi les chocolatiers qui produisent une quantité importante pendant cette période, confectionnent toute leur production en amont. Ainsi, tout est déjà prêt dans leurs boutiques alors que la clientèle a déserté leurs magasins, "les gens n'ont pas la tête à fêter Pâques malheureusement", se désole William. 
 

"Il va falloir tenir jusqu'à Noël"


Il poursuit, "là ou ça va nous faire mal, c’est que l’été on ne vend pas de chocolat, on est au ralenti. Ce qui nous permet de tenir c'est en grande partie la trésorerie de Pâques. On doit tenir jusqu’à Noël, d’où notre inquiétude". William estime que cette année, seulement 20% de sa production sera vendue.

Face à cette perte financière, William a du mettre au chômage partiel ses employés. Mais une question demeure pour tous ces professionnels, pourront-ils bénéficier d'aides ? "Des promesses politiques c’est bien mais pour l’instant on n’a rien. Nous comme on fait partie des métiers autorisés à ouvrir on ne sait pas trop comment notre situation va être étudiée", s'inquiète le chocolatier. 

Pour l'heure, le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé que 250 millions d'euros d'aides seront débloqués pour les artisans, commerçants et professions libérales, mais la répartition de ces aides demeure encore inconnue. 
 

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