La Cagette, la réussite d’un modèle de supermarché coopératif engagé dans une alimentation saine

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Écrit par Delphine Aldebert
La cagette à Montpellier, un supermarché coopératif et participatif à but non lucratif
La cagette à Montpellier, un supermarché coopératif et participatif à but non lucratif © FTV

Il y a 4 ans quelques citoyens faisaient le pari qu’une alternative à la grande distribution traditionnelle était possible. Ils avaient décidé de reprendre leur consommation en main et créaient la Cagette dans le centre-ville de Montpellier. C’est un supermarché coopératif et participatif à but non lucratif.

Au premier abord, un supermarché classique. Des allées, des produits et des clients. Pourtant, le magasin n’est pas encore ouvert. Ceux qui s’activent dans les rayons sont bien des consommateurs mais ils ne font pas leurs courses. Parmi eux, il y a Stéphane. Il s’occupe du réassort des thés et cafés. Quelques minutes plus tôt, il a assisté au briefing quotidien et s’est vu distribuer sa mission par l’une des salariés du magasin. Car ici tout le monde participe.

Le principe est que chaque membre qui est rentré dans ce système de distribution alimentaire a investi une part sociale de 100 euros pour faire partie de la coopérative. Cela lui donne droit de faire ses courses à la Cagette et il doit donner de son temps pour aider au fonctionnement du supermarché. Toutes les 4 semaines, Stéphane est donc présent 3h dans le magasin pour aider. « On est tous polyvalent. On peut aussi bien être à l’accueil, que gérer la caisse ou bien faire de la mise en rayon. Il n’y a pas de pression de rentabilité. Nous sommes dans une coopérative » explique Stéphane Gouze, coopérateur.  

Des produits à l’image des clients

Si Stéphane s’investit, c’est aussi parce qu’il y trouve son compte. Les coopérateurs décident quels produits sont vendus dans le magasin. Sur le site internet de la Cagette, il y a un formulaire et chacun peut demander un nouveau produit. Le salarié regarde ensuite s’il peut s’approvisionner auprès de ses fournisseurs.

On accepte tout. Il n’y a pas de charte ni de censure. La seule règle c’est qu’il se vende. Si ce n’est pas le cas, il est retiré des rayons au bout de 6 mois

Catherine Chevallier

Coopératrice, responsable de la comptabilité

La Cagette propose donc une gamme très large de produits de consommation courante, en priorité de l’alimentation mais aussi de l’hygiène, de la parfumerie, des boissons et des produits ménagers mais pas de textile. Il y a 3 000 références. Le but est de satisfaire les besoins et les envies de tous quelques soit leurs pouvoirs d’achat et leurs convictions.  

La Cagette insiste sur le fait que sa vocation n’est pas d’être un prescripteur alimentaire. On trouve dans les rayons des produits de grande qualité mais aussi des produits premiers prix. De manière générale les coopérateurs privilégient le bio, tous les fruits et légumes le sont par exemple, le vrac et les circuits courts.  

Le rapport qualité/prix surtout sur les fruits et légumes est très intéressant pour du bio et du local. C’est ce qui m’a motivé à devenir coopérateur.

Stéphane Gouze

Coopérateur

Comme Stéphane, ils sont plus de 3 000 sociétaires à avoir fait le choix de faire leurs courses ici. 80% des sociétaires habitent dans un rayon de 2 kms autour du magasin. «  Nous avons des catégories de population au niveau d’études élevées mais dont les salaires ne sont pas très hauts. Les jeunes et les retraités constituent l’essentiel des coopérateurs » détaille Emilie Esselin, Présidente de la Cagette. 

 Une alternative à la grande distribution  

Ce modèle de supermarché rompt avec les méthodes de la grande distribution traditionnelle. Les coopérateurs travaillent avec des grossistes mais surtout avec des producteurs en direct. Ils ont parmi leurs fournisseurs 70 à 90 producteurs locaux. Cela représente 40% des produits vendus à la Cagette. C’est une performance par rapport à la grande surface classique qui met en rayon généralement 15% de produits locaux.

La Cagette instaure un rapport bien différent avec les producteurs indépendants. « Il y a des gens qui n’ont pas accès à une alimentation de qualité et en face les producteurs qui nous nourrissent ne sont pas rémunérés correctement. La grande distribution les lamine. Il y a des suicides de producteurs qui vivent avec moins de 500 euros par mois. C’est intolérable. Nous avons voulu travailler sur la question de la juste rémunération des producteurs et d’une alimentation accessible à tous à des prix corrects mais justes » explique Charles Godron, coopérateur historique en charge de la communication.  

Des prix fixés avec les producteurs  

Il n’y a pas de négociation comme avec une centrale d’achat. Les prix sont faits avec les producteurs. Ce qui est très différent. Emilie est éleveuse de brebis à Avène dans l’Hérault. Elle vend des fromages, des glaces et de la viande bio à la Cagette. Elle fait partie de leurs tous premiers fournisseurs.  

  

« Quand on a connu la Cagette avec mon mari, on était en pleine négociation du lait avec Lactalys. On n’avait aucun pouvoir de négociation. On venait de nous annoncer qu’on allait perdre l’équivalent de notre revenu l’année suivante. On était apathique. Rencontrer tous ces gens qui croyaient dans un nouveau projet nous sortait de l’ambiance agricole fataliste. On n’était pas obligé de faire du volume pour avoir un salaire mais d’avoir des produits transformés qui correspondaient à un besoin des gens et nous permettait de tirer un salaire. La Cagette connaît notre exploitation et nos coûts. Ce sont des gestionnaires éclairés » résume Emilie Dequiedt.

Elle livre donc la coopérative en fonction de sa production et réévalue même les prix en cours d’année par rapport à ses contraintes de production. Elle a pu revoir par exemple ses prix à la hausse quand le coût de l’alimentation pour ses animaux a augmenté.  

Sur sa page Facebook, la Cagette invite parfois des producteurs dans le magasin pour que les coopérateurs découvrent les produits.  

 

Si les producteurs sont mieux payés, les prix ne s’en ressentent pas en magasin. Car l’originalité de ce supermarché coopératif est qu’il est à but non lucratif. Il n’est pas là pour faire de l’argent. Tous les produits ont une marge fixe de 23% et tous les bénéfices réalisés sont réinvestis dans la coopérative.  

La Cagette voit plus grand

Il y a 4 ans, c’était un vrai pari de la part d’une dizaine de citoyens qui faisaient de la distribution de produits dans des halls d’immeuble le week-end. Aujourd’hui ils ont un vrai supermarché. Il ont 3200 coopérateurs et ont créé 7 emplois en CDI.

Même si leur modèle économique reste à consolider et qu’il leur faut encore éponger les dettes accumulées de la première année, cela fonctionne. La Cagette rencontre même un tel succès que les coopérateurs recherchent un local plus grand à Montpellier pour accueillir plus de clients et plus de produits.  

Leur prochain objectif est de tendre vers plus de solidarité car pour le moment les plus précaires n’ont pas encore rejoint ce modèle. Les coopérateurs réfléchissent à une tarification préférentielle ou à mettre en place un système de part sociale suspendue sur le système des repas suspendus. Un coopérateur achèterait deux parts, une pour lui et une autre pour une personne démunie qui en ferait la demande.

Aujourd’hui la Cagette a fait la preuve qu’il est possible de faire ses courses autrement et de mieux manger.      

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