Le doyen de la faculté de médecine de Montpellier échoue à rassurer les étudiants de "première année"

Une centaine d'élèves de "première année" de médecine a manifesté devant la faculté à Montpellier le 1er mars. Entre colère et inquiétude, ils estiment avoir proportionnellement moins de chance de réussite cette année que les précédentes. Le doyen de la faculté de médecine a tenté de les rassurer.

Une centaine d'étudiants en médecine et de parents d'élèves a manifesté devant la faculté de médecine contre les conséquences de la mise en place de la réforme des études de santé, qui diminuerait leur chance de réussir au concours d'accès en deuxième année.
Une centaine d'étudiants en médecine et de parents d'élèves a manifesté devant la faculté de médecine contre les conséquences de la mise en place de la réforme des études de santé, qui diminuerait leur chance de réussir au concours d'accès en deuxième année. © C.Monteil / FTV

Depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, les étudiants de médecine font part de leur inquiétude. Et les témoignages de leurs parents, en colère, se multiplient, notamment en Occitanie. Avec la mise en place pour la première année de la réforme des études de santé (voir encadré), ils ont fait les comptes et estiment avoir proportionnellement moins de chance de réussite que les étudiants des années précédentes. Et des suivantes. D'autant que le redoublement n'est plus autorisé (par la réforme).

"On a 8% de chance de réussir seulement. C'est moins que les autres années. On travaille 15 heures par jour, 7 jours sur 7. Avec mes premiers résultats, en comparant avec ceux de l'an dernier, j'avais toutes mes chances de réussir pour les filières médecine ou sage-femmes, je suis autour des premiers 15%. Mais c'est insuffisant cette année", nous explique un étudiant qui a souhaité rester anonyme.

Une année de transition

En cette année de transition, deux systèmes coexistent : ceux qui ont déjà passé le concours de médecine l'an dernier (avant l'entrée en vigueur de la réforme) et redoublent cette année, et ceux, bacheliers l'an dernier, qui le passent pour la première fois.

En simplifiant, les 1 200 "doublants" ont 60% des places réservées et les 1 800 "primants" ont les 40% restant. Proportionnellement, ils ont moins de chance de réussite.  

Pire, ce même concours sélectif proposera 810 places l'an prochain contre seulement 415 cette année.

Pour un collectif de parents, cette situation est inadmissible : "c'est inégalitaire et injuste. Nos enfants sont pénalisés parce qu'ils passent le concours l'année de transition".

Dans une pétition, signée par plus de 40 000 personnes (au 1er/03/2021), les étudiants expliquent que "l’année 2020-2021 est une année de transition avec deux systèmes d’accès en seconde année de santé qui coexistent, car les étudiants en santé d’avant-réforme (les PACES) ont conservé leur droit au redoublement et bénéficieront de places réservées, déduites du Numerus Apertus pour les primants. (...) Par cette pétition, nous demandons le respect des objectifs de la Loi du 24 juillet 2019, notamment une augmentation exceptionnelle de la capacité d’accueil d’a minima 33 % pour cette année de transition du nombre d’étudiants admis en 2ème année du premier cycle des études de santé pour toutes les facultés qui mettent en place la réforme cette année."

Manifestation des étudiants en médecine, Montpellier, 1er mars 2021.
Manifestation des étudiants en médecine, Montpellier, 1er mars 2021. © C.Monteil / FTV

Génération sacrifiée?

Le professeur Michel Mondain, doyen de la faculté de médecine qui a reçu une délégation de manifestants lundi 1er mars se veut rassurant.

Retrouvez ici l'interview du doyen de la faculté de médecine de Montpellier.

Pour lui, la crainte des étudiants est surtout liée au contexte compliqué par la crise sanitaire et les cours en distanciel. "Travailler 15 heures par jour chez soi, coupé de tout lien social avec les autres étudiants, ne permet pas de comparer, de relâcher la pression. Le concours est difficile mais ils ont une perception amplifiée de ces difficultés à cause de la situation", estime le doyen.

Et il l'assure, "les chiffres de réussite sont faibles mais à peu près identiques à ceux des années précédentes. Sur deux ans, on propose 33% de places en plus pour absorber les différences liées à la réforme des études de santé".

Des propos qui, loin de rassurer, ont atterré les parents et les étudiants que nous avons joints.

"Nous ne sommes pas contre la philosophie de la réforme de santé et le Covid n'a rien à voir là-dedans. Pour rétablir l'équité, il faut permettre un redoublement sous condition de notes et augmenter le nombre de places au concours dès cette année. Là, on va se retrouver avec des "doublants" (ceux qui ont raté le concours l'an dernier) qui réussissent le concours avec 12 de moyenne par exemple, et des "primants" qui échouent avec 15 de moyenne à ces mêmes épreuves, sans possibilité de redoubler."

Pour de nombreux étudiants, la possibilité d'aller en 2ème année de licence s'ils échouent au concours n'est pas satisfaisante. "Je veux être médecin, pas juriste ou informaticien et c'est ce qu'on me propose comme licence, pour retenter ensuite le concours, avec les mêmes notes, sans le repasser, en espérant juste être meilleur que les nouveaux étudiants", explique Antoine Terme, étudiant en première année qui envisage de changer complètement de voie. 

Seulement 4 licences sont proposées cette année aux étudiants qui échouent au concours à Montpellier : Maths fondamentales, Maths et informatique, Maths physique et droit. L'an prochain, une dizaine de possibilités seront offertes, avec de la biologie et de la chimie. 

Une nouvelle preuve d'inégalité qui agace les parents de cette génération sacrifiée. "Quand nos jeunes se sont inscrits en mars 2020, le nombre de places disponibles devait être connu rapidement. On nous a dit "ne vous inquiétez pas, il y aura plus de places au concours 2021". Ce nombre de places n'a été donné qu'il y a quelques semaines! Et le compte n'y est pas! 7 places en dentaire seulement pour eux par exemple! Si on avait su, on ne les aurait pas laisser s'inscrire, c'est clair".

Certains s'interrogent sur la possibilité s'ils échouent cette année d'aller étudier en Espagne ou en Belgique. Un choix qui coûte cher : 75 000 euros pour une formation de 5 ans en dentaire par exemple.

Fin avril, les étudiants de "première année" (PASS, parcours accès santé spécifique) passeront la dernière partie des épreuves écrites. Et sauront quelques semaines plus tard à quoi ressemblera leur avenir. 

 

La réforme des études de santé en quelques mots

La philosophie de la réforme des études de santé est de ne laisser aucun étudiant sans solutions : tous ceux qui ont au moins 10 sur 20 à leurs examens de fin de 1ère année passent en deuxième année. 

Soit en deuxième année de médecine/pharmacie/dentaire/sage-femmes ou kiné

Soit en deuxième année de licence à l'université selon l'option choisie par l'étudiant (la "mineure") : maths, physique, informatique, droit ou économie.

A l'issue de cette deuxième année de licence, les étudiants qui le souhaitent pourront repasser le concours de médecine. S'ils le ratent à nouveau, et s'ils ont la moyenne dans leur licence, ils pourront passer en 3ème année.

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