Montpellier : 5 ans de prison dont 1 avec sursis probatoire pour la conductrice meurtrière. Le Parquet fait appel.

La condamnation était attendue comme un exemple par les associations de lutte contre la violence routière, mais aussi par la famille de la jeune fille tuée par une chauffarde et son avocate. Celle-ci voulait même la requalification des faits en homicide volontaire. Déception et colère au délibéré. 
Pour Laëtitia Leroy-Zwed, l'avocate de la famille de Laurena, ce jugement de justice est l'objet d'un appel.
Pour Laëtitia Leroy-Zwed, l'avocate de la famille de Laurena, ce jugement de justice est l'objet d'un appel. © S. MERCIER/ FTV France 3 Occitanie
La chauffarde de 28 ans qui conduisait sous l'emprise d'un mélange d'alcool et de drogues, et en excès de vitesse en février 2019 au moment du choc mortel, écope donc d'une condamnation de 5 ans de prison avec un sursis probatoire d'un an. Elle devra verser 20 000 euros pour le préjudice d'affectation à la famille de la victime. Et le placement sous mandat de dépôt, c'est-à-dire l'emprisonnement direct a été rejeté. Ainsi que la demande de requalification de son acte et des faits en homicide volonataire. A la grande colère de l'avocate de la famille de Laurena : 

Je n'ai pas le sentiment que la justice soit passée. Je suis très inquiète du message que cela peut véhiculer dans la société. Et que l'on n'est pas à l'échelle de ce qu'il s'est passé, ni du comportement de la prévenue, complètement hermétique à la culpabilité.

Laëtitia Leroy-Szwed, avocate de la famille de Laurena Bazizi

Laëtitia Leroy-Zwed, l'avocate de la famille de Laurena Bazizi, a le sentiment qu'"on n'est à l'échelle de ce qu'il s'est passé ni du comportement de la prévenue".
Laëtitia Leroy-Zwed, l'avocate de la famille de Laurena Bazizi, a le sentiment qu'"on n'est à l'échelle de ce qu'il s'est passé ni du comportement de la prévenue". © I. BRIS/FTV France 3 Occitanie

Une prévenue qui se voit interdire de conduire pendant 3 ans : 

C'est quelqu'un d'immature qui reprendra le volant ! Et je suis inquiète des gens qui pourraient la recroiser à l'avenir sur la route.

Laëtitia Leroy-Szwed, avocate de la famille de Laurena Bazizi

Incompréhension et indignation de la mère de Laurena

Du côté de la mère, du père, du frère et de la grand-mère de Laurena Bazizi, la victime tuée, c'est l'incompréhension, l'indignation : 

On avait confiance...et nous sommes abasourdis. On ne comprend pas. Justice laxiste ? A deux vitesse ? C'est impossible qu'on puisse juger un tel cas avec une condamnation si petite. Je ne peux pas y croire. Nous sommes révoltés, déçus. Pour moi, c'est donner autorisation aux gens de prendre le volant, boire de la'alcool, de la cocaïne...

Marie Bazizi, mère de Laurena

Avant de s'interrompre, en larmes.
La famille compte en tout cas faire appel par le biais de son avocate. Pour la mémoire de Laurena mais aussi pour toutes les victimes des chauffards qui tuent.
 

Effondrée, la mère de Laurena Bazizi compte faire appel avec son mari et toute la famille. Ils ne comprennent pas une condamnation "si petite" pour la mort de leur fille.
Effondrée, la mère de Laurena Bazizi compte faire appel avec son mari et toute la famille. Ils ne comprennent pas une condamnation "si petite" pour la mort de leur fille. © I. BRIS/FTV France 3 Occitanie

8 ans de prison avec mandat de dépôt requis

Le 26 octobre dernier, au procès au Tribunal correctionnel de Montpellier, le Procureur avait requis une peine d'emprisonnement de 8 ans avec placement sous mandat de dépôt de la chauffarde. Pour cela, il s'était basé sur la conduite irresponsable de la conductrice dans ce qu'il considérait comme une "affaire grave".

Le 20 février 2019, vers 23 heures sur la route départementale 58, sur la commune de Lattes, près de Montpellier dans l'Hérault, Laurena Bazizi, 22 ans, perdait la vie au volant. Son véhicule était heurté de plein fouet par celui d'une serveuse qui conduisait avec 1,93 gramme d’alcool dans le sang à une vitesse de 105 km/h sur une route limitée à 50. De plus, elle filmait son compteur de vitesse avec son portable. Plus tard, des analyses toxicologiques révèleront que la conductrice était aussi droguée au moment de l’accident : elle avait consommé du cannabis et de la cocaïne.
 

Un sursis probatoire qui passe mal

La loi du 23 mars 2019 a créé le « sursis probatoire » en lieu et place des sursis avec mise à l’épreuve, avec obligation d’accomplir un travail d’intérêt général et de la contrainte pénale. C'est une mesure qui peut au final permettre au condamné de ne pas exécuter la peine, s'il respecte certaines conditions. D'où la crainte pour les parties civiles dans ce procès de la chauffarde, comme dans d'autres condamnations, de voir la personne pourtant reconnue coupable ne pas purger au final de peine de prison. 

La conductrice condamnée a déjà fait douze mois de détention provisoire en attente de son procès, mais avec les aménagements de peine et ce sursis probatoire, il ne lui reste que quelques mois à purger normalement.

Le Parquet a fait appel de ce jugement, répondant ainsi à la demande de l'avocate de la famille Bazizi, ainsi qu'au collectif "Justice pour les victimes de la route" qui était venu en soutien le 26 octobre dernier devant le Palais de justice de Montpellier.
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