Procès en appel d’un féminicide dans l'Aude : la mort en direct de Marine Dupuy

Cour d'Appel de Montpellier / © V.Luxey/FTV
Cour d'Appel de Montpellier / © V.Luxey/FTV

Au 2e jour du procès de Mickaël Valarcher jugé en appel à Montpellier pour avoir tué sa compagne de 18 coups de couteau en août 2014 près de Narbonne, la parole a été donnée aux experts appelés sur la scène du crime et aux témoins directs du drame.

Par Josette Sanna

C’est peut-être le pire moment d’un procès aux assises que celui du rapport du médecin légiste. Ce moment du procès qui fige une salle d’audience. Les proches de la victime surtout. Ce moment où l’on détaille les faits. Froidement, cliniquement comme c’est le rôle d’un médecin légiste.

Ecrans

C’est ainsi que l’on a vu défiler sur les écrans de la salle, les images du corps nu lardé de coups de couteau de la victime, Marine Dupuy.  Tuée  par son compagnon  le 18 août 2014  à Saint-Laurent-de-la-Cabrebrisse , près de Narbonne (Aude). Des plaies multiples qui en ont entraîné sa mort et des détails et des explications qui ont accompagné le visionnage de ces images.
Sur les bancs des parties civiles, les proches de la victime tentent de se soutenir, pleurent en silence.
L’accusé répond par bribes et d’une voix sourde aux questions précises du président et des jurés sur le déroulement de la scène.

Agonie

Armé d’un couteau Laguiole, l’accusé a poursuivi la victime dans la maison, le garage et le jardin. La victime a été atteinte de multiples coups de couteau. Elle a essayé de se défendre. Les conclusions de l’expert en criminalistique chargé d’analyser les traces de sang  retrouvées à plusieurs endroits corroborent celles du médecin légiste. Interrogé par le président, l’accusé ne se souvient « que de trois coups de couteau sur les 18 constatés ».

« La victime s’est défendue, elle a tenté de se protéger. Atteinte au poumon, au thorax,  et au sternum elle a subi des blessures aussi douloureuses qu’une fracture », ajoute l’expert qui conclut que la victime  a pu "vivre un temps d’agonie de 10 à 20 minutes ».

Le président Charles Pinarel interroge longuement l'accusé sur le déroulement des faits et il cherche à savoir si ce dernier a évolué.
"- Vous vous acharnez sur elle alors qu'elle vous supplie d'arrêter. Pourquoi ?
- J'ai vu  la plaie sur sa main et je n'ai plus pu m'arrêter.
- Rien ne vous obligeait à poursuivre.
- Il n'y avait plus de retour possible.
- Dans quelle situation vous pourriez recommencer ?
- Non, Mr le président, une fois c'est déjà trop.

Une fille qui s'épanouissait

Autre moment fort du procès : le témoignage d’un couple d’amis de la victime.
Très émus, ils racontent leur amitié avec Marine Dupuy, une « fille timide et effacée, pas du tout sûre d’elle, très complexée par son poids et passionnée de dressage de chiens".

Une passion qui lui fait rencontrer ce couple avec qui elle devient amie contrairement à son compagnon.

Tandis qu’elle s’épanouit, perd du poids et envisage de reprendre ses études, l’accusé se renferme toujours plus lui interdisant de voir ses amis.

Si tu me quittes, c’est pas que taper que je ferai 

Le couple formé par Marine Dupuy et Mickaël Valarcher bat de l’aile, elle envisage de le quitter « mais veut le lui dire en face ». Les amis de Marine Dupuy craignent pour sa vie  car au cours d’une de leurs disputes il lui aurait dit : « si tu me quittes, c’est pas que taper que je ferai ». Ils l’invitent à s’installer chez eux. Insistent pour qu’elle n’aille pas le chercher seule à la gare le jour du drame, mais elle refuse leur aide.

Crime en direct

Dans l’après-midi, les amis de la victime appelleront une première fois les gendarmes qui repartiront après l’appel.
Quelques heures plus tard alors que l’accusé commence à s’en prendre à sa compagne, devant des voisins impuissants alertés par ses cris, elle réussit à rappeler son ami . Celui-ci l’entendra crier au secours et supplier son agresseur d’arrêter. « Elle appelait « au secours, à l’aide »… A travers le téléphone on a entendu quelqu’un lui demander de lâcher son couteau…. Lui dire arrête, qu’est-ce que tu as fais ? Tu l’as tuée ! Et puis on a plus rien entendu ».

A travers le téléphone on a entendu quelqu’un lui demander de lâcher son couteau…. Lui dire arrête, qu’est-ce que tu as fais ? Tu l’as tuée ! Et puis on a plus rien entendu ».

Le témoin est en larmes. L’accusé demande s’il peut lui poser une question et il lui lance : « Vous m’auriez appelé avant d’appeler les gendarmes, tu ne penses pas que ça aurait changé les choses ? »

A ce moment-là, un sentiment d’indignation parcourt la salle d’audience.

 

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