Guerre en Ukraine : commandes en baisse chez les exportateurs de vin, domaine russe en faillite, les sanctions touchent le Languedoc et les Corbières

La société Nicolas International basée à Poussan, près de Sète, est spécialisée dans l'exportation du vin vers la Russie. Malgré le conflit en Ukraine et les sanctions internationales, elle poursuit son activité mais non sans inquiétude pour l'avenir. Situation critique dans l'Aude où un domaine appartenant à un Russe est au bord de la faillite.

Quand on entre dans le bureau de Claude Brunel, à Poussan, une carte de la Russie trône sur le mur et donne le ton.

La Russie, il la connait bien. Notre Héraultais y exporte du vin d'une 20 vingtaine de producteurs français depuis 30 ans. Cela représente un chiffre d'affaires de plus de 10 millions d'euros par an, faisant de sa société, l'un des leaders du marché russe.

Mais depuis quelques semaines, la guerre en Ukraine pèse sur le moral du commercial et des producteurs du Languedoc.

"L'inquiétude n°1, c'est l'embargo. Cela signifierait l'arrêt total des affaires. Second problème, le rouble qui fait du yoyo notamment à la baisse. Enfin, les banques et les assurances deviennent frileuses".

Claude Brunel, négociant en vins à Poussan.

Une inquiétude partagée par toute une filière notamment les producteurs qui regardent passer les jours d'un conflit qui s'enlise.

Encore rien d'alarmant pour l'instant, sauf quelques retards de règlement mettant en cause certaines banques européennes, intermédiaires en Suisse ou au Luxembourg entre la Russie et la France.

Un domaine viticole de l'Aude "otage" du conflit en Ukraine

Au coeur du terroir des Corbières, près de Narbonne dans l'Aude, un domaine viticole risque la faillite. Victime collatérale du conflit en Ukraine, son propriétaire russe ne peut plus alimenter la trésorerie de l'entreprise, au plus bas après une mauvaise récolte en 2021.

"On est un petit domaine dans les Corbières et on est otage d'un conflit géopolitique qui nous dépasse. Et qui dépasse même le propriétaire, qui n'est pas proche du pouvoir".

Jean-Luc Parret, gérant du Château de Saint-Louis à Boutenac.

Interview de l'AFP.

C'est en 2012 que Boris Pakhunov, un viticulteur de la région de Stavropol, dans le sud de la Russie, achète le domaine dans le but d'alimenter la quarantaine de boutiques de vins qu'il possède dans son pays.

Mais les ennuis pour ce domaine audois de quelque 60 hectares de vignes produisant environ 350.000 bouteilles par an commencent peu de temps après, à partir de l'annexion de la Crimée en 2014 et des sanctions visant la Russie.

"Les virements bancaires avec la Russie sont devenus de plus en plus compliqués et les banques françaises ont progressivement fermé les comptes de sociétés à capitaux russes", se souvient Jean-Luc Parret, qui n'a pas pu payer les sept salariés pendant plusieurs mois.

Après avoir réussi à débloquer la situation, le Château de Saint-Louis est victime du gel au printemps de 2021, perdant 70% de sa récolte.

"Ce qui veut dire une baisse d'environ 60% sur les recettes anticipées de 2022".

Jean-Luc Parret.

"Mais comme le propriétaire ne peut plus faire de transferts d'argent sur le compte de la société, on va bientôt se retrouver en redressement judiciaire", explique-t-il. "Et bien évidemment, les banques nous refusent les prêts parce qu'on appartient à un "méchant russe"", ironise le gérant.

La seule solution pour le domaine, qui exportait par ailleurs environ un quart de sa production en Russie et avait même enregistré un léger bénéfice en 2021, est de le vendre avant la liquidation, estime le gérant, espérant pouvoir épargner les salariés aussi longtemps que possible.

Dans le département de l'Aude, le président du syndicat des vignerons, Frédéric Rouanet, est lui aussi inquiet.

"A ce jour, les exportations de vin ne sont pas directement touchées par les sanctions qui pèsent sur la Russie, mais certains producteurs bloquent quand même les camions, de crainte de ne pas être payés", indique-t-il.

"C'est une situation très mouvante et tout le monde agit avec une grande prudence", dit-il, précisant que les exportations directes vers la Russie des vins du pays d'Oc "ne sont pas énormes, environ 4%".
"Par contre, les exportations vers la Russie qui passent d'abord par un autre pays, comme la Suisse, sont plus nombreuses, et plus difficilement chiffrables", ajoute le président du syndicat des vignerons de l'Aude.