Hommage : Peut-on apposer le nom d’Arnaud Beltrame sur tous les bâtiments publics ?

Ce vendredi 4 septembre, à Castelnau-le-Lez dans l'Hérault, le bâtiment de la gendarmerie sera baptisé "Caserne Arnaud Beltrame", du nom du colonel assassiné par un terroriste à Trèbes. Cet hommage à un militaire mort en opération semble naturel. Pourtant, il fait quelquefois naître des polémiques.
Le 23 mars 2018, Arnaud Beltrame est tué par un terroriste dans l'hypermarché super U de Trèbes (Aude). Le lieutenant-colonel de la gendarmerie de Carcassonne a pris la place d’une otage. Sacrifice ou acte héroïque ?
Depuis ce tragique événement, son nom est devenu synonyme de courage et d’abnégation. Des valeurs, un acte et un homme dont beaucoup de militaires et d'hommes politiques veulent se souvenir. Mais, depuis deux ans, ces hommages ont aussi donné lieu à des polémiques pour des motifs très divers.

Une fresque à Montpellier, une rue à Limoges, un jardin à Paris ou encore un pont à Perpignan… Les plaques en hommage à Arnaud Beltrame fleurissent dans toute la France mais ne font pas toujours l’unanimité. La polémique la plus récente se déroule en Nouvelle-Aquitaine.

Un gymnase en Dordogne

A Mussidan (Dordogne), le maire souhaite qu'un bâtiment scolaire implanté sur sa commune devienne le "Collège Arnaud Beltrame". La décision est adoptée en conseil municipal en 2018. 

En tant que maire et ancien médecin-colonel des pompiers, il me paraissait important de saluer ce geste héroïque. Nous avons un devoir de mémoire. Je constate qu’aujourd’hui on voit de moins en moins d’enfants devant les monuments aux morts. Nommer ce collège Arnaud Beltrame était pour moi un devoir de mémoire.

Stéphane Triquart, maire Divers Droite de Mussidan (Dordogne).

Le problème est que le choix du nom des collèges est une prérogative du conseil départemental qui finance leur construction. Germinal Peiro, président socialiste du département de la Dordogne refuse donc et propose à son assemblée le nom d'un enfant du pays, l’occitaniste Bernard Lesfargues, décédé lui aussi en 2018 mais dans des circonstances moins tumultueuses.

Stéphane Triquart déplore une décision politicienne (lui appartient à la droite macroniste, Germinal Peiro est socialiste) et contre-attaque : le gymnase situé devant le collège, qui appartient lui à la mairie, portera donc le nom d’Arnaud Beltrame.

J’ai reçu de nombreux appels, des gens de l’Aude et de partout soutenant mon projet. Christophe Carichon, le biographe d’Arnaud Beltrame lui-même m’a appelé pour me soutenir. Arnaud Beltrame était quelqu’un de très sportif, et il se serait retrouvé dans ces valeurs de dépassement de soi, de cohésion”. 

Stéphane Triquart, maire Divers Droite de Mussidan (Dordogne).

Le conseil municipal devrait se prononcer d’ici une quinzaine de jours. Si la proposition est adoptée, le gymnase Arnaud Beltrame pourra être inauguré d’ici la fin de l’année. 

Une plaque dans la Vienne

En décembre dernier, c'est un habitant de Fontaine-le-Comte (Vienne) qui conteste l’hommage à Arnaud Beltrame sur une plaque commémorative. Cette plaque a été posée sur le monument aux morts de la commune. Le Fontainois ne conteste pas l’acte héroïque du colonel Beltrame mais - pour lui - il ne serait pas "mort pour la France", mais...  "pour l’intérêt de la patrie !"

Un avis contesté par le maire socialiste de la commune Philippe Brottier :

Ça aurait pu se passer chez nous, cet attentat. Comment faire vivre un monument aux morts ? En honorant la mémoire de ceux qui donnent leur vie pour nous, c’est le cas d’Arnaud Beltrame. Il n’était pas sportif, il n’y a pas de sens à donner son nom à un gymnase, sa place est bien sur le monument aux morts. Les attentats auxquels nous faisons face constituent une troisième guerre mondiale.

Philippe Brottier, maire PS de Fontaine-le-Comte (Vienne)

La requête a finalement été rejetée par le tribunal administratif de Poitiers. La plaque commémorative est toujours en place. 

Un parvis à Montfermeil

En juin 2018, c’est à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) que l’hommage à Arnaud Beltrame fait débat. Ou plutôt, c’est le choix des mots pour lui rendre hommage qui est ici contesté.

En mai 2018, le conseil municipal vote l’installation d’une plaque sur le parvis de la mairie avec ces inscriptions : "Parvis Colonel-Arnaud-Beltrame, officier de gendarmerie, 1973-2018, mort en héros, victime du terrorisme islamiste." Ces termes ne passent pas auprès des élus Front de gauche qui dénoncent un risque de stigmatisation des musulmans. La référence à une plaque similaire installée à Béziers par Robert Ménard, maire proche de l’extrême-droite, est aussi dénoncée. 

Un collège à Pégomas

A Pégomas, près de Cannes, ce sont des parents inquiets pour la sécurité qui ont remis en question la décision du conseil départemental des Alpes-Maritimes de nommer l'établissement scolaire de leurs enfants "Collège Arnaud Beltrame." Dans un communiqué, soixante-dix parents d’élèves évoquent leurs inquiétude de "voir leurs enfants pris pour cible" par une attaque terroriste.

La polémique s'est finalement apaisée au collège de Pégomas qui porte bien le nom... du héros de Trèbes.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
terrorisme faits divers hommage société polémique attentat police sécurité