Inondations dans le Gard : des phénomènes de plus en plus intenses et récurrents selon les chercheurs

Ce week-end, le département du Gard a fait face à un important épisode cévenol. En seulement quelques heures, il est tombé à certains endroits 500 mm de d'eau. Selon les chercheurs, ces épisodes de plus en plus récurrents sont en lien direct avec le changement climatique. 

Cévennes - Les crues éclairs ont rendu de nombreuses routes impraticables - 19.09.20
Cévennes - Les crues éclairs ont rendu de nombreuses routes impraticables - 19.09.20 © MaxPPP - M. Anisset
Des routes arrachées, des maisons submergées, des voitures emportées... l'épisode cévenol de samedi dernier a été particulièrement violent dans les Cévennes. Selon les chercheurs, la récurrence de ces phénomènes est évidente ces dernières années.

Un phénomène local

Octobre 1958, octobre 1988, septembre 2002, septembre 2014, juin 2020, septembre 2020, "les Cévennes sont la zone de France où l'on observe les pluies les plus intenses", explique Yves Tramblay, Hydrologue au laboratoire HydroSciences de Montpellier. 

L’épisode de ce week-end c’est un épisode classique. Les crues cévenoles sont des événements fréquents, leur violence est une de leur caractéristique. En revanche c’est quelque chose d’exceptionnel au niveau géographique puisqu’on en trouve que dans cette région.

Vazken Andréassian, directeur de recherche à l'INRAE, spécialiste des crues

Des pluies récurrentes donc mais surtout de plus en plus intenses selon ces spécialistes. "Ce qu’on observe en France, c’est une augmentation de l’intensité des pluies, sur les 40/50 dernières années. Les Cévennes sont la zone de France où l’on relève les pluies les plus intenses", ajoute Yves Tramblay.
A Valleraugue des voitures se sont retrouvées sous les eaux - 19.09.20
A Valleraugue des voitures se sont retrouvées sous les eaux - 19.09.20 © MétéoLanguedoc - David Trial
Ce week-end, à certains endroits, comme à Valleraugue notamment, il y a eu plus de 500 mm d'eau tombée en seulement quelques heures. 
 
Ces phénomènes se produisent en général à la même période, juste après l'été, au debut de l'automne et peuvent se poursuivre jusqu'en novembre. En cause, les fortes températures. " Le mécanisme est assez connu, maintenant : plus un air est chaud, plus il peut contenir d'humidité. Donc s'il y a plus d'eau dans l'atmosphère, quand il pleut, mécaniquement, les intensités peuvent être plus fortes", précise Yves Tramblay.

Des phénomènes 20% de fois plus intenses

Sur son compte Twitter, Robert Vautard, chercheur au Laboratoire des Sciences du climat et de l'environnement explique que "plusieurs études montrent que les pluies extrêmes dans les Cévennes ont connu une augmentation d'intensité de 20% environ en 60 ans, et que cela est directement attribuable au changement climatique".
Les Cévennes figurent en effet parmi les "hot-spots" mondiaux du changement climatique, selon les climatologues. 
 
"C’est inquiétant parce qu’en fait avec le climat actuel il y a des régions qui sont très exposées aux crues. Les gens sont moins informés sur les risques. On accepte moins les contraintes de nos jours, si on leur dit que leur terrain est inondable ils vont quand même faire construire. Ce qui est inquiétant c’est que la fréquence de ces événements va augmenter", s'inquiète Vazken Andréassian.
 

Des évènements récurrents dans l'avenir

Saint-Julien-de-la-Nef - La maison d'une sinistrée qui a quasiment vu sa maison submergée par les eaux - 20.02.20
Saint-Julien-de-la-Nef - La maison d'une sinistrée qui a quasiment vu sa maison submergée par les eaux - 20.02.20 © FTV - I. Bris
En revanche, les spécialistes n'établient pas de lien direct entre la sécheresse et les inondations. "Dans la mesure où beaucoup de ces pluies ont lieu début d’automne, ça se produit sur des sols très secs, on a l’impression que le ruissellement est lié à l’hydrophobie, c’est-à-dire un sol qui refuse d’absorber l’eau. Mais c’est faux, puisque la vitesse d’infiltration de l’eau est plus rapide dans un sol sec qu’un sol humide. C’est l’intensité du phénomène qui conduit à des saturations des sols".  

Mieux anticiper ces phénomènes

Alors, que faire face à ces épisodes de plus en plus fréquents ? "La seule chose que l’on peut faire, c’est d’améliorer la prévision de ces phénomènes, afin d’être capable de dire sur quelle zone ça va arriver et développer des méthodes d’alerte plus ciblées. On pourrait envisager des alertes ciblées sur les bassins où on a des risques forts", exprime Yves Tramblay. Des prévisions plus précises géographiquement mais aussi quantitativement selon ces chercheurs afin d'anticiper les alertes. Météo France a annoncé qu'elle allait se doter un nouveau calculateur de données 5 fois plus puissant permettant des prévisions météorologiques plus précises géographiquement et dans le temps. Un investissement de 140 millions d'euros qui devrait être livré d'ici la fin de l'année. 

"Ces calculateurs de plus en plus gros vont permettre à Météo France de faire des progrès. Mais étant donné la complexité de ces phénomènes, je suis dubitatif. Il restera des incertitudes dans ces régions", conclut Vazken Andréassian, directeur de recherche à l'INRAE, spécialiste des crues.
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