Lutte contre la pollution de l'air : les métropoles de Toulouse et Montpellier à nouveau mauvaises élèves

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Écrit par Philippe Sans
L'impact du trafic routier sur les périphériques toulousains et montpelliérains
L'impact du trafic routier sur les périphériques toulousains et montpelliérains © maxppp - NATHALIE SAINT-AFFRE

Dans leur nouveau rapport annuel, Réseau action climat France, Greenpeace France et UNICEF France classent les douze plus grandes agglomérations françaises sur leurs efforts pour lutter contre la pollution de l’air liée au trafic routier. Et Toulouse et Montpellier sont à nouveau mal classées.

Après avoir alerté les pouvoirs publics sur l’urgence de réduire la pollution de l’air et d’accompagner le report de la voiture individuelle vers les mobilités durables, les trois organisations font le bilan des solutions existantes et de l’action engagée au niveau local ces cinq dernières années en la matière. Elles rappellent également leurs recommandations pour des villes respirables en vue des élections municipales.

Le classement passe au crible des enjeux clés : mise en place de zones à faibles émissions (ZFE) et sortie du diesel et de l’essence, politique pour réduire la place de la voiture, aides financières pour changer de mode de transport ou de déplacement, développement du vélo et des transports en commun, et enfin mesures spécifiques pour un public plus vulnérable, les enfants.

Avec une conclusion sans équivoque pour les auteurs de ce rapport : les élus locaux doivent aller plus loin, plus vite.

Et aucune des grandes agglomérations françaises n'irait aujourd’hui assez loin pour protéger efficacement ses habitants de la pollution de l’air.

Pour Lorelei Limousin, responsable des politiques Climat - Transports pour le Réseau Action Climat France :
Bien qu’il n’y ait aucun doute sur le rôle majeur des transports dans le réchauffement climatique et la pollution de l’air, la très grande majorité des villes et métropoles françaises tardent à s’engager vers la fin de la voiture individuelle essence ou diesel et la sortie du tout-voiture. 

Selon cette étude, les villes et métropoles ont presque toutes mises en œuvre certaines bonnes pratiques, mais qu’aucune n’a investi suffisamment sur l’ensemble des solutions de la mobilité durable.  

Quant aux enfants, ils ne font que trop rarement l’objet de mesures spécifiques alors même qu’ils sont les plus vulnérables à la pollution de l’air, et que les habitudes de mobilité se prennent dès l’enfance,
déclare Jodie Soret, chargée de la campagne Pollution de l’air pour UNICEF France.

Un enjeu des prochaines municipales

Alors que Paris, Grenoble et Strasbourg semblent les plus engagées dans une démarche environnementale, un grand nombre d’agglomérations apparaissent en retrait sur leurs volontés et leurs programmes : c’est le cas de Lille, Bordeaux, Rennes ou Toulouse (9ème) . Montpellier (10ème) et Nice sont même très en retard, ce qui les rapproche de Marseille lanterne rouge du classement.

Une épine dans le pied du maire montpelliérain sortant aux prochaines municipales, Philippe Saurel, malgré sa grosse campagne de communication et d'actions écologiques de ces derniers mois...face à une candidature Verte qui surfe dans les sondages.

Pour Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports à Greenpeace France,
la lutte contre la pollution de l’air, dont le trafic routier est largement responsable en ville, et le développement des mobilités durables seront des sujets incontournables de la prochaine échéance électorale : les nouveaux élus devront prendre des mesures à la hauteur de l’urgence sanitaire et climatique.
 

Toulouse et Montpellier à la traîne


Toulouse vire au rouge en ce qui concerne la sortie des véhicules polluants (conséquence du fameux périphérique surchargé aux heures de pointe) et pour son retard dans une réduction de la place de la voiture dans son organisation urbaine (tout comme Montpellier). 

Si Toulouse doit mettre en place d'ici fin 2020 une Zone à Faibles Emissions intégrant les voitures, pour ce rapport, les scénarios à l’étude se limitent à des restrictions pour les véhicules les plus anciens et n’incluent pas d’objectif de sortie progressive du diesel et de l’essence.

Bon point vélo par contre pour la ville rose qui dispose d’un budget vélo/habitant/an en augmentation, mais avec un retard sur l’offre de stationnements et le développement du réseau cyclable métropolitain.

De plus l'agglomération toulousaine verse une aide pour l'acquisition d'un VAE (Vélo à Assistance Electrique)...alors que Montpellier fait partie des trois métropoles ne proposant à ce jour aucune aide financière afin d’inciter les professionnels et/ou les particuliers à changer de moyen de transport  avec Strasbourg et Rennes.​​​​​​​

Changement de braquet tardif à Montpellier



Montpellier est jugée aussi en retard pour ses aides financières à la transition écologique et pour sa dynamique en matière de vélo, malgré un budget vélo/habitant/an faible mais en progrès : "C‘est seulement en fin de mandat que la ville-centre et la métropole de Montpellier ont changé de braquet en termes de
politique cyclable, après une forte mobilisation citoyenne et militante. La métropole a enfin adopté, en réaction, un schéma directeur des mobilités actives, doté de 80 millions d’euros sur dix ans consacrés à la réalisation d’aménagements cyclables. Même si le budget s’annonce en augmentation par rapport à la période étudiée, un véritable système vélo doit encore être mis en place."


Un petit clou dans la chambre à air du maire sortant Philippe Saurel dans le duel qu'il livre depuis plusieurs mois sur ce terrain cyclable face aux Verts locaux. 

La Métropole de Montpellier avance aussi sur la mise en place d’une Zone à Faibles Emissions sur le territoire de la ville-centre, qui pourrait à terme concerner tous les types de véhicules et la possibilité d’une sortie complète du diesel et/ou de l’essence semble être prise en compte.

Mais Montpellier a pris du retard sur la réduction de la place de la voiture (aucune évolution notable vers
le 30 km/h), ou sur la mise en place d’aides financières pour changer de mode de transport ou de véhicule.

Les deux métropoles ont certes piétonnisé quelques rues et développés des zones de circulation apaisée, mais "sans toutefois mener de politique globale de réduction de la place de la voiture."

Elles sont aussi jugées "encore timides" dans leurs dynamiques en matière de transports en commun. 
Il est reproché à l'agglomération toulousaine d'avoir mis  la priorité politique et financière sur le métro (augmentation du nombre de rames et création d’une troisième ligne) au détriment des autres projets. Le rapport préconise ainsi d'améliorer le maillage entre la ville-centre et la périphérie notamment au travers d’un réseau de lignes de bus renforcé.

À Montpellier, c'est la suspension de la réalisation de la ligne 5 de tramway, dont les travaux ont finalement démarré… en 2019, qui est le point négatif.

"Timides" aussi comme dans le secteur de la mobilité et de la santé des enfants. Toutes deux cependant soutiennent techniquement ou financièrement des actions de parents d’élèves visant au développement de vélobus et/ou pédibus. Ainsi, des lignes de “Carapattes” et de “Caracycles” existent dans toutes les communes de la métropole de Montpellier et un Plan climat est en cours d’élaboration par des enfants.

Comme en 2018, nos deux grandes métropoles de la région Toulouse et Montpellier se font donc quelque peu égratigner par ce rapport. De quoi donner du grain à moudre dans le débat municipal à venir...

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