Occitanie : sauver le lien social grâce aux bistrots de village ?

Illustration. / © BELPRESS/MAXPPP
Illustration. / © BELPRESS/MAXPPP

Depuis plusieurs années, les bistrots disparaissent des villages. Face à ce constat, le groupe SOS a lancé l’opération 1000 cafés afin de revitaliser les communes rurales. En Occitanie, l’appel au projet a du succès : plus de 60 candidatures ont déjà été enregistrées.

Par Olivia Boisson

La légende ramène l’origine du mot "bistrot" à l’occupation russe après la campagne de France en 1814… Les soldats de l’armée russe avaient - toujours selon la légende - l’habitude de crier "быстро, быстро", prononcé "Bistro, Bistro" dans les bars parisiens. Cela signifiait "vite, vite !". En effet, ils craignaient de se faire surprendre par leur hiérarchie ; ils interpellaient donc les cafetiers afin que ces derniers les servent le plus rapidement possible.

Aujourd’hui, le bistrot est dans les souvenirs de chacun. Chaque village avait son café, lieu de rencontres et de débats. Mais depuis quelques années, ils ferment, disparaissent. Selon l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH), aujourd’hui, près de 26.000 communes n’ont plus de bistrots. Pourtant, 90% des français pensent qu’un café ou un bistrot est nécessaire dans une commune rurale (de moins de 3.500 habitants) pour conserver la vie économique et créer un lien social.*

*Selon une étude de l’UMIH, France Boissons, AMRF, Insee


Faire battre le cœur d’un village


Face à ce constat, le groupe SOS a lancé l’opération 1000 cafés, dont l’objectif est clairement défini : revitaliser les petites communes rurales en ouvrant ou en reprenant 1000 cafés dans 1000 communes de moins de 3.500 habitants. "Le but est de créer un café par village, dans 1.000 villages. Nous ne voulons pas nous implanter dans une commune qui a déjà son bistrot", confie Chloé Brillon, directrice de projets dans le groupe SOS.


Reprise ou création ?


Pour le groupe SOS, le défi est résorber la fracture territoriale en faisant revivre le potentiel de chaque commune. Et ce, grâce à deux possibilités : reprendre des commerces fermés, faute de repreneur, ou bien, se lancer dans l’aventure en ouvrant un café qui n’existait pas auparavant.

Le 12 septembre 2019, un appel à candidatures était lancé. Aujourd’hui, le groupe SOS a reçu plus de 500 réponses au niveau national, et 67 en Occitanie. Parmi les départements concernés, le Lot, l’Aveyron, la Lozère, le Tarn-et-Garonne, le Tarn, l’Hérault, les Hautes-Pyrénées, la Haute-Garonne, l’Ariège, l’Aude et les Pyrénées-Orientales.
 

Nous avons reçu des candidatures dans quasiment tous les départements français. Nos équipes, basées à Paris, se déplacent dans toute la France pour rencontrer les candidats.
 


Qui peut postuler ?


Il n’y a pas de délai pour se déclarer candidat. Les maires des communes de moins de 3.500 habitants peuvent proposer des lieux de création ou de reprise de cafés. Cependant, les particuliers intéressés doivent se rapprocher de leur mairie car cette dernière doit valider le projet.

Plusieurs conditions sont également requises :
 
  • Le café doit se situer dans une commune de moins de 3.500 habitants
 
  • La commune ne doit pas disposer de café ou bien le café doit être menacé de fermeture
 
  • La commune doit disposer ou avoir connaissance d’un local sur son territoire pouvant accueillir l’activité de café et de préférence, permettre le logement de deux salariés.


"Enjeu social important"


Quand nous parlons de ce projet à Pierre Morel-A-l’Huissier, le député lozérien est enthousiaste.
 

C’est une très bonne initiative ! C’est le combat de la ruralité d’avoir des villages avec un peu de vie. Imaginez, 60% des 157 villes lozériennes n’ont aucun commerce. C’est un enjeu social important.
 

Pierre Morel-A-l’Huissier est l’ancien maire de Fournels. En 2013, le dernier café du village fermait. Puis, il y a deux ans, le député lançait le projet d’un café-restaurant.
 

Ce projet a fonctionné car j’avais fixé un loyer relativement bas. Un couple d’une trentaine d’années est venu de Laguiole pour me voir. Le village leur plaisait. Ils voulaient ouvrir un commerce à Fournels. Ils étaient très intéressés et je leur ai imposé de financer les travaux de la cuisine uniquement, afin de sceller un engagement. Aujourd’hui, le café ne désemplit pas, c’est un vrai succès. Tous les corps de métier se rejoignent, les habitants parlent entre eux, et se renseignent.


L'initiative du groupe SOS est soutenue par le gouvernement dans le cadre de l'agenda rural", annoncé suite au grand débat. Jacqueline Gourault, la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales avait annoncé son soutien il y a quelques mois.


Un projet viable


Pour que les candidatures deviennent de vrais succès, le groupe SOS les étudie avec attention ; il a vocation à être le porteur de chaque projet.
"Nous accompagnerons les candidats sélectionnés au quotidien, que ce soit pour faciliter l’accès aux locaux, mutualiser les fournisseurs, en ce qui concerne les relations avec les institutions et autres".

Ces cafés auront des vocations multiples. Par exemple, proposer des services tels que le dépôt de pain, le relais de poste ou de colis, le point presse, l’accès à un espace numérique et même à une programmation culturelle ou l’organisation de débats.


Qui sont les heureux élus ?


Pour le moment, aucun nom n’a été communiqué par le groupe SOS. D’ailleurs, les candidats sélectionnés seront connus dès 2020.

 

Sur le même sujet

Les + Lus