Montpellier : le cri d'alarme de William, interne en neurochirurgie "On cumule tous les travers de l'hôpital"

L'INSI organise un hommage, ce samedi 17 avril à Paris, aux internes qui se sont suicidés depuis le début de l'année. L'occasion également de dénoncer leurs conditions de travail au sein de l'hôpital public.

Un précédent rassemblement d'internes en médecine devant le ministère de la Santé et des Solidarités, en décembre 2020 à Paris.
Un précédent rassemblement d'internes en médecine devant le ministère de la Santé et des Solidarités, en décembre 2020 à Paris. © Luc Nobout / IP3

Des idées suicidaires déjà expérimentées par 23% des internes en médecine, cinq d'entre eux qui se sont donné la mort depuis janvier : les chiffres avancés par l'ISNI entendent alerter sur la situation de ces praticiens en formation. L'intersyndicale organise ce samedi 17 avril un hommage aux "victimes d'un système hospitalier violent" devant le ministère de la Santé et des Solidarités à Paris. L'événement rassemble famille et internes, dont William Haynes, interne en neurochirugie et président de syndicat pour le Languedoc-Roussillon.

Selon vous, être interne est-il devenu un facteur de risque de suicide ? 

Oui. On se suicide trois fois plus que les gens du même âge, donc c'est un facteur de risque. Évidemment, tout le monde a une situation personnelle. Ça arrive toujours sur un contexte autre, c'est évident. Mais le problème, c'est que quand il y a un suicide, on va dire : "Il était fragile, il avait des problèmes à la maison, ça n'a rien à voir avec l'hôpital." Sauf que quand vous avez des problèmes à la maison et qu'en plus vous passez 100h à vous faire taper sur la tronche à l'hôpital, ça pousse à passer à l'acte. 

Suite au décès de Tristan à Reims [qui s'est donné la mort le 19 février, NDLR], on a reçu une avalanche de témoignages. De gens qui disent par exemple : "Un jour, je me suis retrouvé sur le quai à attendre mon métro et je me suis dit : "Si je me prenais le métro, ce serait quand même beaucoup plus simple"" ou : "En allant à l'hôpital le matin, je me posais la question de mettre un coup de volant pour finir dans le mur."

Qu'est-ce qui est en cause, d'après vous ? 

D’une part, le temps de travail qui est excessif. Nos statistiques, c'est qu'on est à 58h en moyenne par semaine, 70 en chirurgie, jusqu'à des pics à 100, 120h par semaine. La fatigue physique que ça engendre a des conséquences psychologiques de surmenage, etc.  Les gens ont beaucoup moins de marge pour résister à un problème d'environnement de travail néfaste en termes de relations interpersonnelles, avec un très grand nombre de situations de harcèlement, essentiellement moral. C'est un système qui fonctionne beaucoup à l'humiliation publique et répétée : chantage, insultes, brimades voire agressions physiques. Moi, je me souviens très bien d'avoir été à la fac de médecine et d'avoir vu un des internes se prendre le foie d'un patient dans la tronche par sa cheffe. C’est très trash, mais ça existe. 


L'hommage qui a lieu ce samedi est dédié aux "internes tués par l'hôpital public"... Pourquoi cette formulation ? 

Le problème est connu. Il est connu depuis des années. Il est remonté. Rien ne change et les directions, les responsables autant administratifs que médicaux, couvrent les agissements de certains, les situations de harcèlement. Ils n'ont peut-être pas l'impression de couvrir en faisant leur enquête interne et en disant au bonhomme : "Ce n'est pas bien, il faut que tu arrêtes." Mais en pratique, ils couvrent. [...] Nous, on ne connaît aucune traduction judiciaire de ces enquêtes. Il y a aussi la propension des médecins à vouloir laver leur linge sale en famille, ce qui est vrai de toutes les corporations. Les rares fois où il y a des plaintes, ce sont des plaintes au conseil de l'ordre pour non-déontologie. 


Est-ce que ce malaise des internes découle aussi du malaise plus global au sein de l'hôpital public ? 

Nécessairement, ça a une influence. Après, demandez à l'hôpital : la personne que personne ne veut être, c'est l'interne. On cumule tous les travers de l'hôpital en termes de conditions matérielles de travail, en termes d'ambiance de travail aussi. Les ambiances de travail impactent tout le monde. Mais c'est vrai que quand vous êtes infirmier aux 35h, ou à peu près, par semaine, il est plus facile d'avoir son sas pour se retrouver soi-même à la maison que quand vous êtes tout le temps à l'hôpital. 


Quelles mesures réclamez-vous aujourd'hui ? 

L'application de la loi. L'application de la durée maximale du travail. D'un point de vue pratique, on demande la mise en place du décompte horaire. Tant qu'on ne comptera pas nos heures, ça va être difficile de vérifier que le temps maximal de 48h est appliqué. Et l'application de la loi au sens où toutes les situations susceptibles de relever d'une qualification de harcèlement, notamment, soient systématiquement envoyées aux autorités judiciaires. Ça, ce sont nos deux axes principaux. 

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