Justice : le maire du Barcarès mis en examen pour extorsion en bande organisée et placé sous contrôle judiciaire

Le maire du Barcarès a été présentés à un juge, jeudi 6 mai. Alain Ferrand est mis en examen pour extorsion en bande organisée concussion et complicité de destruction de preuves. Placé sous contrôle judiciaire, il a interdiction de se rendre dans les Pyrénées-Orientales

Alain Ferrand, le maire de la commune du Barcarès est mis en examen pour extorsion en bande organisée le 6 mai 2021. Photo d'archive prise lors des élections municipales de 2020.
Alain Ferrand, le maire de la commune du Barcarès est mis en examen pour extorsion en bande organisée le 6 mai 2021. Photo d'archive prise lors des élections municipales de 2020. © Olivier Got/MaxPPP

Le maire de la commune du Barcarès et son premier adjoint en charge de l'urbanisme ont été présentés jeudi 6 mai devant le magistrat instructeur de la JIRS de Marseille et mis en examen, nous apprend un communiqué du parquet de Marseille.

Alain Ferrand est mis en examen pour extorsion en bande organisée, concussion et complicité de destruction de preuves. Le second, pour extorsion en bande organisée et concussion. Les autres placés en garde à vue ont été libérés. 

Les faits, commis sur la période 2015-2020  ont consisté à faire usage de la contrainte pour, d'une part, recouvrer auprès d'exploitants de campings des droits et taxes indus pour financer des travaux de voirie et d'autre part, imposer à des commerçants la location de parasols auprès de la mairie. Par ailleurs, certains éléments recueillis par les enquêteurs de la DTPJ de Montpellier font apparaître que certaines pièces utiles à la manifestation de la vérité ont été soustraites à la vue des enquêteurs lors d'une précédente perquisition intervenue dans le cadre de cette même procédure le 19 janvier 2021.

le parquet de Marseille

 

Au terme de ces mises en examen, le premier adjoint au maire a été placé sous contrôle judiciaire et conformément aux réquisitions du ministère public. Dans la soirée, le parquet de Marseille indique que "Le maire du Barcarès a été placé sous contrôle judiciaire assorti du paiement d’une caution et notamment de l’interdiction de se rendre dans le département des Pyrénées-Orientales."  

Un maire déjà condamné 

Dans cette commune de moins de 10 000 habitants, mais qui en haute saison peut franchir la barre des 100 000 personnes, l'annonce de de la mise en examen d'Alain Ferrand devrait faire parler et jeter un peu plus le discrédit, sur un édile qui n'en est pas à son premier contact avec la justice.  

Elu depuis 1995, il avait dû démissionner lors de son premier mandat suite à une condamnation pour abus de biens sociaux et prise illégale d'intérêt. Il écope alors d'une peine d'inéligibilité de 3 ans puis 5ans. 

En 2001, il retrouve les juges pour cette fois-ci, une affaire de fraude fiscale. Il est condamné à 300 000 euros d'amende. 

Mais ces différentes affaires ne font pas reculer l'élu dans sa soif de pouvoir. Réélu en 2014 Alain Ferrand avait l'habitude de faire route avec sa femme.  Mais lors des dernières élections municipales ils se chamaillent et ce sera du chacun pour soi. C'est le divorce pas forcément à l'amiable. Une élection familiale à couteau tiré qui tourne à l'avantage de monsieur.  Malgré ses multiples déboires judiciaires, ses passages par la case prison, Alain Ferrand est réélu maire du Barcarès devant son ex-femme avec plus de 60% des voix sur une liste qui s'appelait, ça ne s'invente pas "Continuons ensemble."

Une véritable "pompe à fric"

La dernière affaire qui a conduit le JIRS de Marseille à s'intéresser à la commune du Barcarès et son maire, concerne la gestion de la commune et une fiscalité pour le moins originale. Une méthode qui pourrait bien sonner le glas de ce spécialiste du clientélisme à la mode catalane pour ne pas dire "balkaniesque". 

D'après nos sources, le maire aurait mis en place pour financer les différentes animations de la ville, une convention qui obligeait les commerçants et des établissements touristiques à verser une somme d'argent. Une convention tout ce qu'il y a d'illégal d'après l'avocat des plaignants.

Ces demandes de financement n'ont aucune justification légale, les communes ont un budget qui relève de la comptabilité publique. Et il n'est pas question de solliciter une entreprise privée pour abonder au budget d'une commune

Me Sylvain Donnève Avocat de plusieurs commerçants

 

Ce mardi matin, des enquêteurs du SRPJ de Montpellier ont perquisitionné la mairie de la station balnéaire du Barcarès, près de Perpignan. 
Ce mardi matin, des enquêteurs du SRPJ de Montpellier ont perquisitionné la mairie de la station balnéaire du Barcarès, près de Perpignan.  © M. Tamon / FTVI

Mais si l'on en croit toujours l'avocat, il s'agissait d'une taxe qu'il valait mieux payer si l'on ne voulait pas subir des pressions de différentes natures.  

"Les intimidations allaient de travaux en plein coeur de l'été à proximité des commerces qui ne payaient pas, à des refus d'accorder des permis de construire pour un établissement sans raison particulière. Sans parler des patrouilles de police municipales pour intimider, en fait de réelles entraves à la liberté de travailler" dixit l'avocat.

Les sommes réclamées étaient importantes. Elles pouvaient aller jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros voire dépasser les 100 000 euros par an pour certains établissements de type camping. Ils étaient considérés comme des pompes à fric. 

Me Sylvain Donnève avocat de plusieurs commerçants 

 

La peur de parler

Nous avons contacté l'opposition. Elle nous a fait savoir qu'elle ne souhaitait pas s'exprimer. Mais dans l'après-midi, une conseillère municipale d'opposition également commerçante nous faisait part "des pressions et marchandages subis

Ma réaction est malheureusement sans surprise étant moi-même commerçante, je vous passe les détails, pressions et marchandages que l'on peut subir tous... Je félicite qu'enfin, certains et certaines des commerçants du Barcarès aient osés dévoiler ce que nous vivons tous. Comme si l'illégalité était un cadre devenu légal et commun, en terre Barcaresienne. 

Au nom de l'opposition Virginie Brodin, Conseillère municipale d'opposition et commerçante

Cette commerçante élue d'opposition sera la seule qui nous parlera par communiqué. Les autres victimes préfèrent ne pas parler. Peur de représailles, peur de pression. Au Barcarès, apparemment les langues ont du mal à se délier. L'absence de sérénité et de loyauté dans le débat publique est une des raisons invoquées par l'opposition pour expliquer ce silence. 

Ce soir, les résultats de la garde à vue d'Alain Ferrand sont donc tombés.  Une mise en examen qui pourrait compromettre la décision de l'élu des Républicains (LR) de se présenter aux prochaines départementales. 

En effet, Alain Ferrand maire du Barcarès et 1er vice-président de la communauté Urbaine Perpignan-Méditerranée Métropole (PMM), avait l'intention de se présenter dans le canton La Côte Salanquaise pour les prochaines élections cantonales du 20 et 27 juin 2021.

"Aléa jacta est"

 

Pour l'association Anticor 66 c'est un système qui a été mis en place et qui perdure

Le représentant de l'association Anticor 66, Didier Melmoux s'est longuement exprimé au micro de notre confrère Marc Tamon, de France 3 Occitanie. Pour Didier Melmoux "c'est un mauvaix polar".

"J'avais l'impression de me retrouver dans un mauvais polar, une caméra cachée dans un film. On le sait, sur la commune de Barcarès c'est arrivé plusieurs fois. Et il y a encore des dossiers en cours, mais là franchement, j'avais l'impression d'avoir la pègre, comme dans un film américain, c'est incroyable !

C'est très dommageable pour la commune. C'est une institution, un système qui a été mis en place et qui perdure. Là, ce sont les campings, les commerçants, mais il y a aussi les pressions sur les employés municipaux, c'est vraiment une forme de mainmise sur tout ce qui se passe.

Il faut vraiment y être pour se rendre compte, c'est le système Ferrand, c'est une institution où tout fonctionne comme ça. Tout est contrôlé par le maire. Et si vous n'obtempérez pas vous en subissez les conséquences. 

C'est pas toujours légal, ça l'est parfois, mais aussi comme le dit le procureur de Marseille "on est dans l'illégalité totale. "

Extorsion en bande organisée ce n'est pas rien ! C'est criminel, c'est la cours d'assise. Le juge pourra eventuellement correctionaliser mais dans l'état actuel des choses, c'est direction la cours d'assise. C'est un jury populaire et puni par plusieurs années de réclusion. 

Il y a tout de même un soulagement. Car en dépis de tous les dossiers que la commune a fait et vu le nombre de relax, tout laissait à penser que la justice n'était pas trop au fait de ce qui se déroulait au Barcarès ou n'avait pas trop envie d'aller vite dans la procédure.

Là c'est le JIRS (juridictions Interrégionales spécialisées) ce sont des gens qui ne s'occupent que de gros dossiers. C'est décentralisé à Marseille, et ces gens là n'ont pas de calendrier politique. Ils le font, sans faire semblant.

C'est peut être le début de la fin. Mais vous savez, malgré les condamnations quand il se présente aux urnes, il est élu haut la main. Donc il n'y a pas que Ferrand qui est coupable dans ce système. Il y a aussi les électeurs qui le soutiennent et qui le maintiennent en place. 

Mais c'est vrai que ça fait trop longtemps que ça dure et il est temps que ça s'arrête. 

Mais ce n'est pas moi qui vais l'arrêter. C'est le juge ou l'électeur.

Même si il y a présomption d'innocence la démocratie ne peut se contenter d'avoir des élus comme cela."

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