Cabestany: les gens du voyage occupent de force une aire d'accueil désaffectée

Situation tendue depuis le jeudi 3 décembre à Cabestany dans les Pyrénées-orientales. Près de 30 caravanes se sont installées sans autorisation sur une aire d'accueil désaffectée. Sans électricité ni eau, la centaine d'occupants vivent dans les pires conditions. 

Trente caravanes avec plus de vingt familles se sont installées dans l'aire d'accueil désaffectée de Cabestany 66.
Trente caravanes avec plus de vingt familles se sont installées dans l'aire d'accueil désaffectée de Cabestany 66. © Philippe Galano

" Nous sommes traités comme des chiens" lance le père Juan. Cet évangéliste à la tête d'une communauté des gens du voyage n'en peut plus.

Depuis deux jours, nous n'avons ni électricité, ni eau

Père Juan Couteau

Ce lundi 7 décembre, une vingtaine de gendarmes est venue avec un technicien pour désinstaller un branchement illicite mais surtout dangereux sur la ligne électrique aérienne d'ENEDIS. Une plainte pour effraction de cette aire d'accueil désaffectée avait été déposée dès vendredi dernier par la communauté urbaine de Perpignan.
 

Les gendarmes en pourparler avec le père Juan lundi après-midi
Les gendarmes en pourparler avec le père Juan lundi après-midi © Philippe Galano

Vols et dégradations l'année dernière

Depuis la loi Besson, les collectivités territoriales de plus de 5000 habitants doivent aménager et gérer des aires d'accueil et de passages pour les gens du voyage. Celle de Cabestany, construite en 2005, a subi des vols et des dégradations l'été dernier.
"Ce sont eux qui déjà étaient là en juillet. Ils ont tout saccagé et sont partis sans payer. Moralité. 280 000 euros sont prévus pour tout remettre en état. Et ils sont de retour maintenant. Malgré les rochers qui barrent les entrées, ils ont profité d'un petit chemin qu'ils ont rendu praticable pour s'introduire avec leur caravanes" se plaint Jean Vila, le maire communiste de Cabestany. Et d'ajouter

Ce sont toujours les mêmes. Ils vivent dans le département depuis toujours. Ce sont des délinquants qui portent atteinte à la communauté des gens du voyage. Ils se sentent intouchables

Jean Vila, maire de Cabestany 66


Avant d'arriver à Cabestany, ce groupe de semi-sédentaires avait séjourné pendant trois mois sur l'aire de grand passage située au sud de Perpignan entre le cimetière et l'autoroute. Un lieu isolé et désert avec un seul transformateur pour se brancher à l'électricité. " Il faut les comprendre. Le shéma départemental pour les gens du voyage n'est pas respecté. Il manque au moins dix autres aires d'accueil dans les Pyrénées-orientales." remarque Philippe Galano militant du PCF et membre de l'ORDL (l'observatoire du Respect de Droits et Libertés).

Beaucoup d'aires sont reléguées soit près de décharges ou comme au Barcarès près de la station d'épuration. Ici à Cabestany, ils se sentent moins isolés près de la zone commerciale du Mas Guérido. Mais, à présent, il y a urgence. Même s'ils sont dans l'illégalité, il faut les aider. Ils ne peuvent pas vivre comme cela dans le froid et sans pouvoir se laver.

Philippe Galano membre de l'ORDL

Gens du voyage avec leurs enfants sur l'aire de Cabestany
Gens du voyage avec leurs enfants sur l'aire de Cabestany

Aucun dialogue

Quelques militants leur apportent des bidons d'eau pour palier la coupure. "Personne ne veut s'occuper d'eux. Ce sont des pestiférés. Aucun dialogue pour l'instant ni avec la communauté urbaine ni avec la préfecture" continue Philippe Galano. Selon le pasteur Juan, quatre malades atteints de la covid dont deux sous oxygène sont isolés dans des caravanes. Les plus âgés ont très froid.

Ma mère a 72 ans. Elle est malade. Elle risque de mourir. On veut de l'électricité . S'il faut payer on paiera. Mais si c'est impossible on piratera à nouveau. On préfère avoir des problèmes avec la justice que de mourir. Le problème dans tout ça, c'est que nous sommes obligés de vivre dans des caravanes. Nous ne sommes pas assez riches pour vivre dans des maisons. Du coup il n'est pas possible de mettre nos enfants à l'école.

Père Juan Couteau


Demain jeudi les membres de l'ORDL feront un constat d'huissier. La semaine prochaine, leur avocate Maître Gabrielle Summerfield déposera une plainte avec pour motif le" droit d'accés à l'eau et à l'énergie pour cause de péril imminent". 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
social économie société