Thierry Casasnovas mis en examen ce vendredi : ce que l'on reproche au gourou catalan

Placé en garde-à-vue à Perpignan dans le cadre d'une enquête pour "abus de confiance" et "exercice illégal de la médecine", le gourou crudivore Thierry Casasnovas, a été mis en examen ce vendredi 10 mars. Depuis cinq ans, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires a reçu des dizaines de plaintes et signalements. On vous explique ce que la justice lui reproche.

Placé en garde-à-vue à Perpignan depuis mardi 7 mars avec l'une de ses associées chargée de la comptabilité de ses sociétés, le gourou des Pyrénées-Orientales Thierry Casasnovas a été mis en examen ce vendredi 10 mars notamment pour "abus de confiance" et "exercice illégal de la médecine". Une information révélée par France Info qui cite un communiqué du procureur de la République de Perpignan.

Devenu en quelques années une star d'Internet grâce à ses vidéos vantant le crudivorisme, le jeûne et les bains de siège en guise de traitement contre les maladies dont le cancer, le Catalan installé dans le hameau de Taulis (dont il est conseiller municipal), se défendait encore pas plus tard qu'il y a une semaine des accusations qui pèsent contre lui sur le réseau social You Tube.

Dans une vidéo mise en ligne le 4 mars et déjà vue près de 46 000 fois, il fustige les tenants de la médecine allopathique et les médias, en s'adressant directement aux adeptes de ses théories et pratiques alternatives, le tout en préparant, face caméra et avec les sommets catalans en toile de fond, un jus végétal aux vertus censément régénératrices.

Tout mon tort depuis toutes ces années, ce qui fait que je suis stigmatisé, vilipendé, qu'il y a une véritable chasse aux sorcières qui est organisée, c'est de dire ça : "vous pouvez agir sur votre santé". Vous n'êtes pas juste des patients, vous êtes des acteurs. C'est le plus redouté par un système qui est là pour vous vendre des pilules et des médicaments, et surtout de l'aliénation.

Thierry Casasnovas

Soupçons de mise en danger de la vie d'autrui

Avoir fait se détourner des patients gravement malades de leurs traitements, c'est l'un des faits reprochés à Thierry Casasnovas, également visé par une enquête ordonnée par le parquet de Paris pour "mise en danger de la vie d’autrui" et confiée à l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). En 2021, la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), a traité 54 saisines relatives au crudivoriste catalan. Elle relève qu'il "se présente comme un naturopathe, adepte du jeûne et du régime alimentaire cru. [...] Il incite les personnes à remettre en cause les pratiques thérapeutiques médicales, expliquant par exemple que la chimiothérapie est toxique et inefficace".

Activités lucratives

Un credo relayé par ses vidéos You Tube, avant que, sous l'effet de la polémique et des premiers soupçons, il ne réduise ce canal d'expression au profit des publications du site internet de son association RGNR (acronyme de "Régénère"). On peut les y visionner moyennant la souscription d'un abonnement. Un site qui précise sur sa page de Une qu'il "ne remplace en aucune façon une consultation médicale" mais que "toute personne a droit à la liberté d'expression".

Et se dédouane de toute responsabilité : "l'utilisation des informations fournies s'effectue sous la pleine et entière responsabilité de l'utilisateur au même titre que l'utilisation qu'il pourrait faire à partir de livres ou revues. Et en aucun cas, l'association ne pourra être rendue responsable de cette utilisation, ainsi que d'erreurs, d'inexactitudes ou d'omissions pouvant exister sur le site".

Thierry Casasnovas est aussi un homme d'affaires. Ses produits dérivés siglés RGNR tels un extracteur de jus vendu 300 euros, ses weekends de rencontre facturés 350 euros ou encore ses magazines à 20 euros le numéro constituent, selon la MIVILUDES, "diverses activités très lucratives".

D'où l'élargissement de l'enquête à des soupçons d'abus de faiblesse et de confiance, de pratiques commerciales trompeuses et d'exercice illégal de la médecine, voire d'escroquerie. Dans son rapport 2021, la MIVILUDES conclut ainsi à propos de Thierry Casasnovas (pages 95 et 96).

Il ressort ainsi que l’emprise mentale qu’exercerait cet individu sur des personnes fragiles, l’isolement induit par ses propos, la rupture avec l’environnement antérieur, le discours antisocial et le caractère exorbitant des exigences financières sont des critères observables dans cette situation et sont de nature à favoriser une dérive sectaire.

Rapport d'activité 2021 de la MIVILUDES

"Dérapeute" ou gourou ?

Une conclusion qui l'a conduit à classer le Catalan dans la catégorie des "dérapeutes", contraction de "dérapage" et "thérapeutes", soit des thérapeutes qui ont dévié. "Il coche toutes les cases du gourou", affirmait en 2021 Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi). L'organisme a porté plainte et s'est constitué partie civile dans l'enquête ouverte par le parquet de Perpignan.

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