La députée PS du Tarn-et-Garonne dénonce le "gel orchestré" d'une loi sur la fin de vie

La députée PS du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault, s'insurge avec 271 autres députés contre une "obstruction parlementaire" qui pourrait empêcher une proposition de loi sur la fin de vie d'être votée ce jeudi. Des députés opposés au texte, principalement LR, ont déposé 3.000 amendements. 

La proposition de loi devrait faire l'objet d'une discussion générale de 2 à 3 heures au sein de l'hémicycle ce jeudi matin
La proposition de loi devrait faire l'objet d'une discussion générale de 2 à 3 heures au sein de l'hémicycle ce jeudi matin © MaxPPP

Une proposition de loi portant sur la fin de vie doit être débattue à l'Assemblée nationale ce jeudi. La députée PS du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault, s'insurge avec 271 autres députés contre une obstruction parlementaire... Des députés opposés au texte, principalement LR, ont déposé 3.000 amendements. Leur objectif manifeste : empêcher cette proposition d'être votée.

Cette proposition de loi présentée par un député du groupe Liberté et Territoires s'inscrit dans une procédure qui permet à un groupe parlementaire de faire adopter une loi de son choix, en une journée. Une journée et une seule. Or cette journée, fût-elle de 24h, ce qui n'est pas le cas puisque les débats seront clos à minuit, ne peut suffire à l'examen de 3.000 amendements.

Une attente des Français

Ce qui fait sortir de leurs gonds 272 élus, dont la député PS du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault, qui ont dénoncé ce dimanche dans le JDD une "obstruction" parlementaire. Ils estiment que les Français attendent ce débat sur "le droit à une fin de vie libre et choisie".

"Nos concitoyens nous interpellent, attendent que nous en débattions et, pour une majorité d'entre eux, que nous l'adoptions", mentionnent les signataires. "Certains vous diront que ce n'est pas à un groupe parlementaire de proposer un tel débat de société et que cela ne peut se discuter en un jour, explique Valérie Rabault. Pourtant, le Royaume-uni a adopté le mariage pour tous à l'issue d'un débat qui a duré 7 heures".

Des divisions dans chaque camp

"C'est un sujet qui est important aux yeux des gens. Les gens en parlent en Tarn-et-Garonne. C'est un sujet très intime, qui suppose que l'on se projette sur sa propre mort. Il n'y a pas une réponse unique à cette question. Mais d'autres pays ont avancé sur le sujet. Ce n'est pas le cas de la France".

Sujet difficile certes et qui divise tous les groupes parlementaires. Pour preuve, si Valérie Rabault se dit favorable au texte à titre personnel et pas au nom du groupe PS qu'elle sait divisée, elle ne souhaite pas en dire plus sur sa position. "Je réserve mes arguments pour l'assemblée", tranche-t-elle. 

96% des Français favorables à l'euthanasie d'après Ipsos

Monique Iborra, député LREM et présidente de la commission des affaires sociales, n'a pas de problème à dire pourquoi elle est partisane de cette réforme. "Les citoyens y sont très favorables majoritairement, explique-t-elle. Ce que confirme le député LREM du Rhône, Jean-Louis Touraine qui rappelle que les Français "sont 96% à se prononcer en faveur" de l'euthanasie, selon un sondage Ipsos datant de 2019. D'après

Ce que nous voulons, c'est créer un droit qui n'enlève rien à personne et donner le choix, un choix qui n'oblige personne.

Monique Iborra, députée LREM de Haute-Garonne

 

"C'est le sens de l'histoire. Les Français peut-être plus que les autres sont attachés à être autonomes. Comment imaginer qu'on peut décider d'avoir ou pas un enfant (je mets les deux questions en parallèle car il s'agit de la vie et de la mort) et refuser à quelqu'un qui a une maladie incurable, qui ne pourra plus vivre comme il veut dans la dignité à laquelle il aspire, lui dire : Non ! Tu continues... On ne peut pas dire ça".  

"Un très mauvais calcul de LR"

La députée s'appuie sur l'exemple de l'Espagne et du Portugal qui sont allés récemment dans le sens d'une liberté de choix. "On nous dit que ce n'est pas le moment. Mais ce n'est jamais le moment. Les Français attendent cela depuis 20 ans", argumente-t-elle encore tout en reconnaissant que son groupe aussi est divisé.

Il n'y aura d'ailleurs aucune consigne de vote sur ce sujet, assure-t-elle. Mais peu de risque d'arriver à l'étape du vote avec 3.000 amendements à présenter et examiner. "C'est un très mauvais calcul que fait LR. Les Français nous regardent. J'espère que ce sera digne. Mais on va être très déçu si on est obligé de suspendre le débat mais on va le faire savoir. Le gouvernement sera obligé d'y revenir en consultant les citoyens ou par un projet de loi".

Quant à Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général de LR, à qui l'on demandait d'expliciter cette stratégie de dépôt d'amendements par tombereaux entiers et son positionnement sur la proposition de loi, il a répondu par SMS : "j'ai assez peu suivi ce sujet sur lequel j'ai une position très réservée".

La proposition de loi devrait faire l'objet d'une discussion générale de deux à trois heures au sein de l'hémicycle ce jeudi matin, avant que ne commence la présentation des amendements par leurs auteurs.

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