INTERVIEW. "Un honneur d'être leur cible" : Médine répond aux critiques de l'extrême droite avant son concert à Albi

EXCLU FRANCE 3 - Le groupuscule identitaire Patria Albiges, le député RN du Tarn et un conseiller régional LR réclament l'annulation du concert le 1 er avril à Albi du rappeur Médine. Ce dernier, habitué à ce genre de polémiques, leur répond.

Médine n'en est pas à sa première demande d'annulation de concert. En 2018, le rappeur avait dû renoncer à se produire au Bataclan sous la pression de l'extrême-droite. Le Havrais ne compte pas céder cette fois-ci après la campagne lancée contre son concert à Albi le 1er avril, par le groupuscule identitaire, Patria Albiges.

France 3 Occitanie : Médine vous vous produisez samedi 1er avril à Albi (Tarn). Des politiques appellent à l’annulation de votre concert. Comment réagissez-vous par rapport à cette situation?

Médine : J’ai un peu l’habitude d’être la cible de politique « sympathisants des idées des identitaires », des groupuscules qui sont de plus en plus violents, intimidants avec les municipalités, avec les organisateurs de concert. J’ai envie de dire que c’est un honneur d’être la cible de ce genre de personnes qui ne vérifient même pas leurs sources, qui utilisent 5 phrases, prétendument les miennes, des gens qui se prétendent Charlie mais qui ne respectent absolument pas la liberté d’expression dans tous les sens du terme. Encore une fois, j’ai l’habitude, c’est un honneur d’être leur « ennemi politique » parce que j’ai l’habitude de les débusquer dans mes textes. Ils se sentent simplement visés par les contradictions que je peux mettre en évidence dans certains de mes morceaux.

France 3 Occitanie : ce n’est pas fatiguant de répéter toujours la même chose et de devoir se justifier ?

Médine : ce n’est pas fatiguant de mener un combat politique contre les idées de l’extrême-droite. Je savais pertinemment lorsque j’écrivais certains de mes morceaux qu’ils allaient toucher une cible, de personnes qui vraisemblablement ne sont pas sur un registre du vivre ensemble, ils veulent séparer, essentialiser des catégories de personnes. Ce qui est épuisant, ce sont ceux qui observent le combat parmi eux certains journalistes, certains politiques qui ne sont pas forcément des sympathisants mais qui se laissent irradier par les fake news, les fausses informations et qui ne prennent même pas le temps de vérifier leurs sources.

France 3 Occitanie : vous vous êtes toujours revendiqué comme étant Charlie, pourquoi des années plus tard, on vous ressort toujours les mêmes arguments ?

Médine : on est à l’époque de la criminalisation de toutes paroles dissidentes d’autant plus lorsqu’elle vient de personnes racisées ou qui accumulent tout un tas d’étiquettes comme moi : je suis rappeur, issue de l’immigration algérienne, musulman, de quartiers populaires. Toute personne qui a cette typologie, qui a cette particularité, quand elle veut participer au débat public ou avoir une voix politique, claire et précise, tout de suite, il y a une espèce de criminalisation de la part de ceux qui sont des opposants, qui n’ont pas envie d’entendre cette voix s’élever. Cela fait partie de cette époque, de cette cancel culture où on n’a pas envie d’être en contact avec les interlocuteurs et on veut simplement se conforter dans sa propre idée, aussi nauséabondes soient elles.

France 3 Occitanie : Vous avez eu l’occasion de leur répondre sur les réseaux...

Médine : les réseaux c’est une arme comme une autre. Je prends ça avec beaucoup de dérisions et de recul parce qu’au final, les groupuscules identitaires ne représentent absolument pas les Albigeoises et les Albigeois. D’ailleurs, j’ai des centaines de message de soutien pour me dire qu’ils ne sont pas d’accord. Ces personnes ne sont pas à leurs premiers faits d’intimidation, qui ont déjà été violent dans les rues d’Albi. La violence est plutôt du côté des identitaires que de la mienne. Je suis la force de la culture, face à la culture de la force.

(Avec Sylvain Duchampt)