"On change, on évolue ou on meurt", le défi des vignerons face au déclin du vin rouge

Le vin rouge n'a plus la cote. Des études de consommation montrent que les blancs et le rosé sont en train de détrôner le ballon de rouge. Au-delà du constat, c'est un défi qui s'impose aux vignerons du Gaillacois notamment pour faire face à la nouvelle donne du marché.

Une bonne baguette, un plateau de fromage, un verre de vin rouge... Le menu idéal d'un repas improvisé entre copains. Mais un menu qui semble en passe de changer de couleur.

Le vin rouge est en effet aujourd'hui détrôné par le blanc ou le rosé selon plusieurs études dont celle de l'Organisation internationale de la vigne et du vin.

Les rouges n'ont plus la cote

Les ventes du vin emblématique de la France et de sa gastronomie, sont en train de chuter. Et ce au profit des blancs et rosés. Selon l'institut Circana, il a 15 ans, 57% des bouteilles vendues en supermarchés étaient des bouteilles de rouge. Aujourd'hui la tendance s'est inversée avec 58% des ventes qui se concentrent sur du blanc ou du rosé.

Une évolution qui s'inscrit dans un contexte plus large de baisse de la consommation d'alcool. La consommation de boissons alcoolisées en France a chuté de 60% en 60 ans. C'est encore plus notable pour le vin avec 127 litres bus par an et par habitant en 1960 contre 40 litres aujourd'hui selon les chiffres de l'INSEE.

D'après une étude de FranceAgriMer la consommation de vin rosé, elle, explose. Une bouteille sur 10 achetées dans le monde est une bouteille de rosé. Et la France reste le premier producteur et le premier consommateur.

Beaucoup voient dans cette tendance une évolution notable du goût et des attentes des consommateurs. Les rouges n'ont plus la cote.

Changement d'habitudes

"On le voit nettement. Les clients qui achètent du vin prennent un carton de vin blanc, quand on achète du rouge, c'est une ou deux bouteilles. Pour le rosé, c'est vraiment lié à l'été. Le reste de l'année, c'est un peu en berne", précise Jean-Baptiste Daviot employé chez un caviste. Selon lui, il y a une vraie différence générationnelle. "Chez les 25/50 ans, c'est très net. Les achats se portent sur du vin blanc. Parce que c'est frais, facile à boire. Plus léger aussi entre 9 et 13°".

Ce professionnel y voit aussi un changement dans les habitudes. "Le vin rouge est lié au repas. Le blanc, on peut commencer à l'apéritif et poursuivre avec en mangeant. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on se rassemble davantage entre amis autour d'un apéritif que d'un repas". Un caviste qui perçoit un changement encore plus radical chez les jeunes qui se tournent plus encore vers la bière.

Révolution est en marche

Fabio Marengo, est œnologue-conseil au laboratoire départemental du Tarn. Il accompagne une trentaine de vignerons de ce terroir. Il dresse le constat d'une baisse de consommation de vin rouge. "Depuis 2007, c'est très net. On a connu un pic cette année et depuis la consommation baisse. Et surtout, on voit que le marché évolue. Aujourd'hui, les gens veulent des vins fruités, frais, avec un moindre degré d'alcool. Ils cherchent plus des vins à 9° qu'à 11 voire 14. On cherche moins de vins structurés et complexes. En fait, les consommateurs, recherchent des vins faciles à boire aujourd'hui", explique-t-il.

Une évolution, des goûts, des modes. L'envie de déguster un vin en toutes circonstances et pas seulement réfléchir à une association parfaite mets et vins. Mais pour l'œnologue, il est aussi question de coût. "On a une explosion des achats de vins en bag in box. Le temps où l'on débouchait une bouteille tous les jours, c'est fini ! On réserve ça à l'exception, au week-end".

Expérimenter

Alors pour Fabio Marengo, l'important est de s'adapter aux nouveaux usages. Une question de survie pour les vignerons. Son travail est de les aider à trouver la parade. "C'est très intéressant. Ce qui se passe nous demande une totale remise en question ? C'est un défi. On peut travailler des rouges afin qu'ils se boivent frais, sortis du frigo. C'est déjà le cas pour les Gaillac primeurs par exemple. C'est bon en novembre, mais ça peut être aussi très bien dégusté frais avec une grillade en plein été.", affirme ce professionnel.

Une petite révolution se mène donc dans les vignes comme dans les caves. "Quand on recherche des vins plus fruités, il faut vendanger plus tôt, surtout ne pas attendre une surmaturation. Travailler les cépages. Ce sera plus facile avec un Duras qu'un Braucol ou Prunellard. Et puis privilégier la macération carbonique. Moins extraire. C'est l'inverse de ce que l'on faisait avant. De toute façon, on n'a pas le choix. On change, on évolue ou on meurt", avertit-il. 90 % des vignerons suivent ses conseils avec l'idée que la qualité prime toujours et que l'expérimentation ne doit pas conduire à des aberrations comme cela existe aux États-Unis.

Selon lui, les vignerons vont devoir aussi élargir les produits qu'ils proposent. " À l'image des brasseurs qui se tournent aussi vers des limonades, des thés. Il y a plein de choses à expérimenter à base de jus de raisin !".

Un virage que le Gaillacois saura saisir d'après lui. Ce terroir subit moins violemment le réchauffement climatique que les départements du sud de la région et dispose déjà d'une belle production de vin blanc. D'effervescents aussi qui ont le vent en poupe au niveau mondial. "Car ce sont des vins faciles à consommer à l'apéro, au cours d'un repas et qui plaisent !".

Un contexte dans lequel les vignerons du Gaillacois pourraient tirer leur épingle du jeu. 

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