Tarn : un projet de scierie à Mazamet oppose les élus, promoteurs de l'emploi, aux défenseurs des arbres

Le projet d'implantation d'une scierie par le groupe alsacien SIAT, défendu par les élus, avec 200 emplois à la clef dans la vallée industrielle de Mazamet, suscite une farouche opposition fédérée par Thomas Brail, l'homme qui monte dans les arbres pour empêcher qu'on les coupe.

La ville de Mazamet
La ville de Mazamet © picture alliance / Arco Images/Newscom/MaxPPP

L'un monte aux arbres pour empêcher qu'on les coupe, l'autre veut implanter une scierie sur le territoire de sa commune, au sortir de Mazamet (Tarn), dans la vallée industrielle du Thoré, pour y développer l'emploi.

Rien ne semble donc pouvoir réconcilier le maire DVD de la ville Olivier Fabre et l'arboriste mazamétain militant Thomas Brail, fondateur du Groupe National de Surveillance des Arbres, dont l'actrice Juliette Binoche est la prestigieuse marraine.

Un projet de scierie sur 70 hectares, soit l'équivalent de "100 terrains de football"

"C'est un projet démesuré et dévastateur qui ne va pas du tout dans le sens des enjeux climatiques, dont nous avons été informés par des lanceurs d'alerte. Cela se fait dans l'ombre sans que le citoyen ne soit au courant. C'est une honte. Et tout ça sur 70 hectares, c'est énorme !", s'exclame celui qui avait passé 28 jours perché dans un platane à la fin de l'été 2020 en face du ministère de la Transition Ecologique pour protester contre l'abattage de plusieurs arbres dans le Gers, à Condom.

Thomas Brail fait du projet de scierie de Mazamet son nouveau cheval de bataille, qu'il médiatise depuis ce lundi à Paris, notamment devant l'Assemblée Nationale. 

Dans un document titré "un projet de méga-scierie entre Saint Amans Soult et Mazamet", le Groupe National de défense des Arbres dénonce pêle-mêle l'ampleur du projet, "plus de 100 terrains de football", ainsi que la perspective d'une "destruction de l'espace agricole", d'une "dégradation du cadre de vie", du "trafic routier", des "nuisances sonores", "fumées", et autre "impact sur la biodiversité". "Une grosse entité comme celle-là va tout nous enlever, ça va donner envie aux propriétaires forestiers de planter du Douglas au détriment de nos forêts de feuillus", dénonce encore Thomas Brail.

200 emplois et des centaines de millions d'investissement à la clef

Il faudrait être fou pour fermer la porte à ce projet

Olivier Fabre, maire de Mazamet

 

Le projet existe bien, reconnaît le maire de Mazamet. "Il est en cours, mais rien n'est encore acté. Le groupe SIAT étudie l'hypothèse, mais il n'y a pas encore de projet ferme. Au vu de cette agitation, nous sommes donc contraints de livrer des éléments sur quelque chose qui n'est pas encore acquis", regrette Olivier Fabre. Ce projet, porté par la communauté d'agglomération de Castres-Mazamet et l'Etablissement Public Foncier du Tarn, consisterait en l'implantation d'une part d'une scierie, mais aussi d'une industrie de transformation du bois de la Montagne Noire en granulés pour le chauffage et en matériaux de construction.

"Ces activités n'existent pas sur le massif. Le bois coupé ici, notamment à Brassac et Labruguière, deux scieries déjà reprises par le groupe SIAT, part sur des camions et par bateau vers l'Allemagne et la Chine pour être transformé", développe l'édile tarnais. "Le but de SIAT, explique-t-il, c'est de faire cette deuxième transformation du bois sur Mazamet. C'est une opportunité exceptionnelle. Un projet à 200 emplois et plusieurs centaines de millions d'investissement. Il faudrait être fou pour fermer la porte à ce projet".

Ce qu'il désigne comme"l'emballement de Thomas Brail",  irrite le maire. Olivier Fabre décrit son opposant comme un "professionnel bien connu de la contestation qui a agrégé autour de lui des riverains du projet en habillant habillement son discours de motivations très vertueuses sur les terres agricoles et les éventuelles nuisances que générerait cette nouvelle entreprise". "Ce Monsieur, se souvient l'édile, s'est déjà opposé à la coupe d'une platane qui gênait la visibilité en ville et il est aussi venu un jour dans mon bureau me voir pour m'expliquer que je n'avais pas le droit d'élaguer la moindre branche sans lui en référer et obtenir son autorisation". 

Concertation et transparence ?

Le maire de Mazamet insiste sur "le sérieux de l'entreprise SIAT, qui développe une vraie conscience environnementale, apportant toutes les garanties pour éviter les nuisances". Il prévoit de réserver 30 hectares de la commune pour la scierie, dont "la réalisation pourrait s'étaler sur 5 ou 6 années". "Si le porteur de projet confirme son intention, on organisera toute la concertation nécessaire avec des réunions publiques et en toute transparence", promet Olivier Fabre.

Pour Thomas Brail, la concertation n'existe pas plus que la transparence. "Le maire de Mazamet est en train de faire le VRP pour SIAT en disant que rien n'est fait", s'étouffe-t-il. "Mais mardi, le conseil municipal de Saint Amans Valtoret doit se prononcer sur la vente à SIAT des 40 hectares de terrain manquant pour son projet".  Ce que confirme le maire de cette commune voisine qui accueillerait en partie le site de la future usine.  "Avec une réindustrialisation à hauteur de 200 emplois, calcule Daniel Peigné, ça nous permettrait de faire venir une nouvelle population, d'avoir des enfants dans les écoles et de faire marcher les commerces". Les opposants ont appelé à un rassemblement devant la mairie de Saint Amans Valtoret lors du conseil municipal. L'arboriste militant doit également être reçu par le maire de Mazamet. Pas sûr que leur rencontre suffise à rapprocher leurs points de vue.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie environnement société