Viticulture : le vin bio a le vent en poupe chez les jeunes viticulteurs du Gard et de l'Hérault

Le vin bio est sorti de sa niche économique ! La demande des consommateurs ainsi que le nombre croissant d'installations comme de conversions en viticulture bio en Occitanie le prouvent. Portraits croisés de vignerons héraultais et gardois qui ont décidé de miser sur un avenir sans pesticides.

En Occitanie, le nombre de vignes cultivées en bio est en augmentation constante : on trouve l'Hérault et le Gard sur les deux premières marches du podium avec près de 12000 hectares respectifs.
En Occitanie, le nombre de vignes cultivées en bio est en augmentation constante : on trouve l'Hérault et le Gard sur les deux premières marches du podium avec près de 12000 hectares respectifs. © I.Bris/FTV

L’Occitanie est la championne du vin bio : elle rassemble 38 % des surfaces viticoles bio françaises. Elle est aussi la première région de France pour le nombre de producteurs bio. Un phénomène lié à son climat sec et venté mais aussi à son terroir.

Le domaine de la famille Moynier, situé sur le terroir des Grès de Montpellier à Entre-Vignes dans l’Hérault, vient de faire le grand saut.

Après quelques années de test sur trois à quatre parcelles, Hugues et son frère Arnaud ont décidé de convertir leurs 90 hectares de vignes en bio. Un pari audacieux et onéreux qui entraîne d’importants investissements en matériel (150 000 euros) et l'emploi de d'avantage de main d'oeuvre dans les vignes :

"Nous n'utiliserons plus de glyphosate entre les pieds de vignes, il faudra donc trois fois plus de travail pour désherber, c'est vrai, mais moi, quand je dois utiliser des intrants chimiques, ça ne me fait pas rêver" explique Hugues Moynier, accroupi face au Pic Saint Loup dans une des parcelles qui sert de test à la conversion en bio.

Dans la famille Moynier, on est vigneron depuis des siècles. La dernière génération vient de se convertir au bio, dans l'Hérault.
Dans la famille Moynier, on est vigneron depuis des siècles. La dernière génération vient de se convertir au bio, dans l'Hérault. © X.Caihlol

Première cuvée bio en 2024

80 % des vignes du domaine sont plantées depuis de longues années. Il va donc falloir qu'elles se réadaptent au nouveau mode de culture. Ici comme ailleurs, la conversion au bio va durer trois ans.

Au niveau de l'impact du passage au bio sur le rendement, les deux frères n'ont pas d'inquiétude  : "Nous sommes sur un terroir à faible rendement, entre 25 et 35 hl/ hectare, que ce soit une bonne ou une mauvaise année, donc la pratique culturale ne va pas changer" affirme Arnaud qui s'occupe de la commercialisation des vins du domaine. 

 

La conversion en bio, en fait pour nous, c’est tout bénéf !

Arnaud Moynier, oenologue et commercial

Le seul frein à la conversion en bio pour cette famille de vignerons, ce fut pendant longtemps l’aspect économique. Mais le fait de ne plus acheter de produits phytosanitaires devrait compenser en partie les diverses augmentations 

"On en revient à ce que faisaient nos grands-parents et nos arrières grands-parents, sans produits phytosanitaires. C’est tout bénef pour nous, on se pollue moins la santé, on pollue moins notre environnement" souligne Arnaud.

Le vin, une histoire de famille 

Son père Luc et sa mère Elisabeth se sont installés à Saint-Christol, en 1975 sur une propriété de 33 hectares. Tous deux descendent d’une longue lignée de familles de vignerons dans le Languedoc.

Luc Moynier n'a jamais travaillé avec les chevaux dans les vignes mais il se souvient bien du travail de ses parents avant l'avènement de la chimie dans l'agriculture." J’ai vu le déroulement des choses, le désherbant qui est arrivé, puis les insecticides il y a 30 ans. On ne nous disait pas grand-chose sur ces poisons, on nous laissait dans l’expectative mais maintenant, on voit qu’on peut passer par d’autres options."raconte ce vigneron à la retraite.

"En fait, avant on faisait du bio sans le savoir, on a toujours labouré les terres, ici. Le passage au bio, j’en pense que du bien même si ce n'est pas une révolution aussi grande que ça pour moi. J’ai connu des périodes où ne travaillait qu’avec de la bouillie bordelaise et du soufre, y avait pas d’autres choses..."

La majorité des vignes du domaine Coste-Moynier a été planté il y a plusieurs décennies. Elles ont trois ans pour s'adapter au changement de culture, passer du conventionnel au bio.
La majorité des vignes du domaine Coste-Moynier a été planté il y a plusieurs décennies. Elles ont trois ans pour s'adapter au changement de culture, passer du conventionnel au bio. © X.Caihlol

 

Le vin bio : une demande croissante chez le consommateur

Si les français consomment globalement moins de vin depuis une dizaine d'années, quand ils en boivent, c'est de plus en plus du bio : les ventes se sont envolées depuis la dernière décennie. 

"On n’est plus du tout dans une niche ! La consommation de vin bio en France augmente de 20 % par an depuis 5 à 6 ans alors que globalement, la consommation de vin est en baisse. Le vin bio est le seul qui progresse", affirme Nicolas Richarme, pdt de Sudvinbio.

Un phénomène que l’on constate déjà au domaine de la famille Moynier : même inachevée, sa conversion bénéficie déjà à son image de marque :

Beaucoup de clients nous demandent si on est en bio, et rien que le fait de dire que nous sommes en conversion, c’est un plus ! Avant même d’y être, il y a déjà un impact, les gens sont très sensibles à ça!

Luc Moynier, vigneron à la retraite

"Le hippie des Costières"

Aujourd'hui, en Occitanie comme ailleurs en France, le succès des produits bio semble irréversible. Jean Paul Cabanis en est persuadé. Ce gardois, précurseur du vin bio, passait pourtant pour un doux rêveur quand il a démarré sur les hauts de Vauvert, il y a 35 ans.

"Quand j’ai commencé en 1986, le vin bio, c’était une activité de illuminé, j’étais le hippie des Costières, perçu comme un doux rêveur, ce n'était pas très tendance à l'époque !" raconte-il dans un éclat de rire.

Dans la viticulture conventionnelle, il se souvient que l'on disait : tout problème doit avoir une solution; pour chacque une maladie, il ya un remède. "En fait, si on regarde le fonctionnement de la nature, c’est beaucoup plus complexe, tout est global."

 

Mon père qui était en conventionnel, les voisins, les amis, ont vu que j’avais eu du raisin autant qu'eux, que je n’avais pas plus d’herbe qu'eux dans les vignes, que mon vin était bon et, en plus, je le vendais plus cher !

Jean-Paul Cabanis, vigneron en bio à Vauvert, dans le Gard

Assez rapidement, Jean Paul Cabanis a essaimé sa passion autour de lui. Il estime que les choses ont évolué par palier, sous la pression de la société, avec un bond en avant dans les années 2009, lié aux aides environnementales et aux primes à la conversion.

Par la suite, ce précurseur a animé des formations à la conversion en agriculture biologique au sein de la chambre d’agriculture.

"Pour moi, l'évolution du bio a toujours été progressive et régulière. C’est curieux parce que nos détracteurs ont toujours dit : "ouais, c’est pour les bobos, c’est une mode, ça va disparaître" et en fait,  non ! La consommation des produits bio a toujours augmenté. La demande de la société civile est forte. Les politiques et les professionnels ont souvent été en retard par rapport à cette demande, et c’est toujours le cas". conclut le gardois avec un sourire tranquille.

Jean-Paul Cabanis, un des pionniers du vin bio dans le Gard
Jean-Paul Cabanis, un des pionniers du vin bio dans le Gard © I.Bris/FTV

Le bio, une évidence pour Julien Nowak, nouveau vigneron

Après 35 ans de travail dans les vignes, Jean-Paul Cabanis est en train de lever le pied. Il a trouvé deux repreneurs pour ses terres. L'un d'eux se nomme Julien Nowak, un jeune homme au profil atypique, né en 1986, comme le domaine où il va désormais élaborer sa production.

Au départ, ce parisien, sans terres ni famille dans la viticulture, était ingénieur à l'Ecole des Mines : "Au bout de quelques années, je me suis rendu compte que ça ne me plaisait pas du tout, j'étais passionné de vin, je rencontrais beaucoup de viticulteurs en biodynamie. Un jour, j’ai tout quitté : je suis parti à Bordeaux faire une école de commerce dans le vin, ensuite j’ai sauté le pas, j’ai passé mon BTS viti-oeno. "

Lorsqu'il a débarqué dans le milieu vigneron, Julien Nowak a bénéficié d'un accueil très chaleureux en Camargue comme dans les Costières, d'une véritable entre-aide. Cet ancien ingénieur atomique recherchait un domaine qui soit en bio depuis le plus longtemps possible. Les étoiles se sont alignées quand il a trouvé son futur domaine, sur les hauts de Vauvert.

Régisseur dans un domaine viticole en bio où il va encore travailler ces trois prochaines années, il s'est installé en janvier en tant que chef d’exploitation vigneron. 

Je veux travailler la vigne en gobelets et ramasser le raison à la main. L’esprit vendange, c’est pas le même qu’avec une machine, y a qu’à voir quand en on fait l’apéro! En plus ça fera travailler les gens d’ici.

Julien Nowak, jeune vigneron en bio

Le vin bio, l'avenir de la viticuture ?

Lors de son parcours en installation, Julien se souvient que tous les autres projets d’installation jeune agriculteur étaient menés en bio. Pour, lui c'est une question de génération.

"Je suis sûr que dans quelques années, l’ensemble des agriculteurs passeront en bio. Moi, je vais sûrement passer en biodynamie, on me considère encore un peu comme avant-gardiste, mais j'espère que ça va devenir la norme" explique ce jeune père de famille qui regarde d'un oeil encore plus inquiet les têtes de mort apposées sur les bidons de produits phytosanitaires depuis que sa fille est née.

En Occitanie, le mouvement amorcé vers le bio est puissant au royaume de la viticulture. Les données collectées par de l'Agence Bio le prouvent : depuis une bonne décennie, les conversions comme les installations en bio sont en hausse constante :  

 

Une évolution qui réjouit Anne Glandières, chargé de mission Bio à la chambre d’agriculture d'Occitanie : "Les jeunes viticulteurs sont tournés vers un mode de production bio, c’est une vraie dynamique et c’est une chance que cette nouvelle génération soit plus préoccupée par l’environnement que la course au rendement!"

Le Gard, longtemps précurseur en matière de vin bio, vient d'être détrôné par l'Hérault pour le nombre d'hectares cultivés en bio. 

L'Herault devance désormais le Gard d'une courte tête avec 12 256 hectares, le Gard est second avec 11952 ha, vient ensuite l'Aude (8742 ha), les Pyrénées-Orientales (5198 ha), le Tarn (1404 ha).

Les 8 autres départements d'Occitanie restent sous la barres des 1000 hectares.

La majorité des vignes cultivées en bio en Occitanie se trouvent dans l'Hérault, le Gard et l'Aude.
La majorité des vignes cultivées en bio en Occitanie se trouvent dans l'Hérault, le Gard et l'Aude. © Agence Bio-OC

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