Affaire Estelle Mouzin : "On va voir comment Monique Olivier va réagir à la mort de Michel Fourniret"

Alors que le corps d’Estelle Mouzin, disparue il y a 18 ans à Germantes (Seine-et-Marne), n’a toujours pas été retrouvé à ce stade, le tueur en série Michel Fourniret est mort lundi. Quelles conséquences pour les investigations ?

Michel Fourniret en 2008.
Michel Fourniret en 2008. © BENOIT DOPPAGNE / AFP

Il était âgé de 79 ans. Lundi, Michel Fourniret, qui souffrait de problèmes cardiaques et de la maladie d’Alzheimer, est décédé à l’Unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de l’hôpital La Pitié Salpêtrière. Déjà condamné en 2008 à la perpétuité incompressible pour les meurtres de sept jeunes femmes commis entre 1987 et 2001, et à nouveau condamné à la perpétuité en 2018 pour un assassinat crapuleux en lien au trésor du "gang des postiches", le tueur en série a été mis en examen en novembre 2019 pour la mort d’Estelle Mouzin.

Âgée de 9 ans, la fillette a disparu en 2003 à Guermantes. Malgré des fouilles récemment dans les Ardennes, son corps n’a pas été retrouvé à ce stade. Quelles conséquences aura la mort de "l’ogre des Ardennes" - qui a reconnu en mars 2020 sa responsabilité dans l’affaire - pour la suite de l’enquête ? "Un procès aura lieu", souligne d’abord Me Didier Seban à France 3 Paris Île-de-France, l’un des avocats de la famille Mouzin, qui rappelle que Monique Olivier, l’ex-épouse du tueur en série, est toujours mise en examen pour complicité.

"On sait à peu près tout aujourd'hui du scénario de l’enlèvement, poursuit l’avocat. Tout a été dit tant par Michel Fourniret que par Monique Olivier." Quant à d’éventuelles nouvelles révélations par l’ex-épouse du tueur, Me Didier Seban explique que "Monique Olivier parle, pas à pas" : "On espère que d’autres crimes oubliés pourront être découverts et qu’on saura enfin où se trouve le corps d’Estelle. Nous avons une juge déterminée, Sabine Khéris."

"Ce qui est compliqué, c’est de localiser le corps"

Une position partagée par Me Corinne Herrmann, autre avocate de la famille Mouzin : "On a déjà beaucoup d’explications dans l’affaire, Michel Fourniret et Monique Olivier se sont longuement exprimés. Ce qui est compliqué, c’est de localiser le corps... Il est encore possible de chercher et s’appuyer sur les déclarations de Monique Olivier. On va voir comment elle va réagir à la mort de Michel Fourniret. Elle a toujours aidé la justice. On espère qu’elle va continuer à nous aider, qu’elle va comprendre que c’est important pour la justice mais aussi pour elle-même. On sait qu’ils échangaient tous les deux et qu’il lui disait quasiment tout. Elle connait beaucoup de détails."

Me Didier Seban pointe par ailleurs du doigt une longue période de "silence judiciaire", avec un "préjudice terrible" pour la famille, et une "absence de coordination avec les autres affaires qui mettaient en cause Michel Fourniret" : "Quand les Belges le livrent, ils disent aux enquêteurs français qu’ils sont convaincus que Michel Fourniret doit être mis en cause dans la disparition d’Estelle Mouzin. Dès le départ, on le savait. Michel Fourniret avait écrit pour demander à être jugé pour la disparition et le meurtre d’Estelle Mouzin. On n’a pas voulu tenir compte de ces éléments, pourtant flagrants."

Il faut changer le traitement des "cold cases", des crimes non élucidés

Me Didier Seban, l’un des avocats de la famille Mouzin

"Il a fallu attendre qu’une nouvelle juge à Paris soit nommée, et que celle-ci, enfin convaincue d'enquêter sur Michel Fourniret, rassemble quatre dossiers pour lesquels il a été mis en examen, tout comme Monique Olivier, pour que l'enquête avance… Il faut changer le traitement des "cold cases", des crimes non élucidés", note aussi l'avocat. Pour décrire la personnalité du tueur en série, Me Didier Seban retiendra en tout cas une "noirceur absolu" : "C’est la perversité, qui cherche en permanence à faire du mal à son interlocuteur… Il faut absolument rabaisser, mettre en difficulté la personne pour que lui apparaisse comme le maître du jeu. C’était un joueur d’échecs et il voulait se présenter comme tel."

Au-delà de l’affaire Estelle Mouzin, Michel Fourniret était encore mis en examen pour les disparitions de Marie-Angèle Domece et Joanna Parrish (deux meurtres qu’il avait avoués devant la juge Sabine Khéris), mais aussi depuis décembre pour la disparition de Lydie Logé. Contacté, Me Vincent Nioré, l’un des avocats de Michel Fourniret, n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations. A noter enfin qu’après le décès du tueur en série, une enquête a été ouverte pour "recherches des causes de la mort". Une procédure systématique en cas de décès en milieu pénitentiaire.

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