POLEMIQUE. Un pique-nique de détenus au château de Versailles ? Syndicats pénitentiaires et association d'aide aux prisonniers calment le jeu

La polémique enfle sur les réseaux sociaux. Des syndicats policiers dénoncent l'organisation d'un pique-nique au château de Versailles. De leurs côtés, des personnels de l'administration pénitentiaire mettent en avant l'organisation de ces sorties qui donnent aux détenus des perspectives d'avenir.

Un pique-nique au Château de Versailles ? C'est ce qui serait prévu pour les détenus de la prison de Toule en Meurthe et Moselle le 27 juin prochain selon nos confrères d'Actu78.

Relayée sur les réseaux sociaux, la nouvelle est loin de faire l'unanimité. Pour le syndicat policier Alliance, "ce n'est pas aux policiers yvelinois déjà extrêmement sollicités de sécuriser ce genre d'évènements".

Le syndicat Un1té Police se dit surpris. "Nous trouvons le timing un peu précipité lorsqu’on sait qu’il y a moins de deux semaines, deux de nos collègues de l’administration pénitentiaire sont morts lors d’un transfert de prisonniers", estime Reda Belhadj, secrétaire général Île-de-France du syndicat Un1té Police.

D’après lui, cet événement risque de mobiliser de nombreux policiers alors que "les effectifs sont déjà à flux tendu avec le contexte de violences que l’on connaît actuellement."

Il nuance néanmoins ses propos en notant que les policiers "ne sont pas contre ce type d’activités qui sont essentielles pour la réinsertion des prisonniers, mais il faut être sûr de pouvoir assurer la sécurité de tout le monde."

"Préparer la réinsertion"

Ces permissions de sorties sont pourtant strictement encadrées et nécessaires pour la réinsertion sociale des détenus répondent les personnels de l'administration pénitentiaire.

Selon Estelle Carraud, secrétaire générale du Syndicat National de l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire, ces permissions de sortie sont un moyen de "préparer la réinsertion des détenus". (...) "Bien sûr nous sommes chargés de surveiller les personnes qui nous sont confiées mais notre objectif est aussi de les préparer à leur vie après la sortie." 

"Il existe plusieurs permissions de sortie. D’abord les permissions familiales où les détenus peuvent retrouver leurs proches. Il y a ensuite des sorties culturelles comme celle de Versailles qui dure une journée et leur permettent de découvrir le patrimoine. Enfin, nous organisons des sorties à visée professionnelles. Le but est de rencontrer un employeur ou bien d’apprendre une compétence qu’ils mettront en application à leur sortie", poursuit-elle.

La représentante syndicale regrette que ses sorties soient souvent mal perçues. "Ce n’est parce qu’on permet ce type de sorties qu’il faut considérer que la justice est laxiste. Cela fait autant partie de notre boulot que la surveillance et c’est un aspect important. L’objectif est de permettre aux détenus de devenir des membres proactifs de la société. C’est une façon d’éviter les récidives", déclare-t-elle.

Des sorties accordées par le jap, le juge d'application des peines

Pour François Korber, délégué général de l’association d’aide aux prisonniers et à leurs familles "Robin des Lois", ces permissions sont strictement encadrées et organisées plusieurs mois à l’avance. "La polémique peut laisser penser que la visite a été organisée rapidement. Dans le cadre de ces sorties, les profils des prisonniers sont épluchés au cas par cas."

Ainsi, il explique que les permissions sont accordées par le juge d’application des peines (JAP) après concertation avec le parquet et un examen psychologique et psychiatrique.  "Beaucoup d’entre eux travaillent et se cotisent pour payer le transport ou la nourriture. Il ne faut pas voir cela comme une sorte de remise en liberté. C’est une façon de les responsabiliser."

Selon cet ancien détenu, la responsabilisation des détenus est une donnée importante dans la réinsertion. "Certains d’entre eux font preuve de passivité car ils prennent l’habitude qu’on leur fournisse des médicaments et de la nourriture. Quand ils sortent la réinsertion est plus compliquée pour eux que ceux qui travaillent." 

Contacté, le ministère de la Justice n'a pour l'instant pas répondu à nos sollicitations.  

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