Témoignage. Agriculteurs en colère. Gazole surtaxé, lourdeur administrative... Un agriculteur explique pourquoi il sera à la tête d'une opération '"escargot", près de Paris

Publié le Écrit par Toky Nirhy-Lanto

David Lavenant est en colère. Cet agriculteur de 47 ans habite à Neauphle-le-Vieux, dans les Yvelines. Ses collègues et lui s'estiment incompris du gouvernement. Jeudi 25 janvier, il dirigera une opération "Escargot". Taxation du carburant, pesticides, paperasserie, il nous explique les raisons de la mobilisation.

À la tête du syndicat local FDSEA de Montfort et de ses 45 membres, il lancera l'opération "escargot" prévue ce 25 janvier, dès 6 heures. Depuis la gare de Montfort l'Amaury-Méré (Yvelines), lui et plusieurs autres de ses collègues vont rouler à vitesse très lente direction Paris, sur la N12 puis sur l'A12. Ils marqueront un arrêt à Rocquencourt (Yvelines) pour un "point presse", avant de faire le chemin inverse.

Ce producteur d'orge, de maïs, de blé, de colza est établi avec sa femme et son enfant, dans la ferme de Saint-Aubin. Ce qui lui permet de vivre, c'est la vente de ses récoltes à des coopératives, qui en fixent le prix. Il produit aussi une petite dizaine d'hectares de lentilles, qu'il revend directement aux grandes surfaces et détaillants. 

David Lavenant participe à cette opération qui s'inscrit dans le cadre d'une mobilisation, notamment en région Île-de-France. Elle a été lancée par le syndicat agricole FNSEA. Les mesures envisagées par le gouvernement pourraient avoir des conséquences dans sa vie professionnelle, d'où sa colère. 

Des impacts potentiels sur les agriculteurs

"C'est un ras-le-bol général qui monte. Cela fait un an que l'on alerte les services de l'État. Il y a un peu plus d'un an, on était montés en tracteur aux Invalides. Nous n'avons pas eu gain de cause. Depuis le mois de décembre, ça bouge en Allemagne et aux Pays-Bas. Avant que le sud de la France ne commence à bouger, avec des blocages", détaille David Lavenant.

Ce producteur céréalier redoute très fortement l'entrée en vigueur de ces projets : "L'augmentation du prix du GNR, le gazole non-routier, va avoir un impact direct. En 2030, cela représentera pour moi une facture supplémentaire de 9 000 euros. La charge de carburant augmenterait donc de 20%, par rapport à aujourd'hui. Les charges d'exploitation représentent déjà autour de 250 000 euros, sur une année, qu'il s'agisse des engrais, des assurances, du remboursement et des intérêts des emprunts, des semences ou des produits de protection des plantes."

Une fois les charges déduites, il me reste chaque mois, 1 200 à 2 000 euros. Cela peut paraître suffisant, sauf que nous ne sommes pas aux 35 heures, mais plutôt aux 70 heures par semaine.

David Lavenant, président du syndicat local FDSEA Montfort

à France 3 Paris-Île-de-France

Des aides pour son exploitation vont sûrement manquer. "Nous avons rempli un cahier des charges pour les nouvelles réglementations de la Politique Agricole Commune, qui donnait droit à des aides. Au moment de compléter la déclaration, on avait rempli les objectifs requis. On devait avoir des aides, et finalement, elles ne sont pas à la hauteur de ce qui avait été promis. Cette aide qui manque, cela représente 20 euros de l'hectare, soit 4 000 euros sur la ferme", s'indigne le syndicaliste.

Il souhaite que les instances nationales et européennes adoptent une autre approche. "L'État devrait arrêter de faire transpositions franco-françaises. Chaque pays doit respecter les règles européennes, stricto sensu. Les États doivent arrêter d'adapter à leur manière ces règles communautaires, pour assurer l'égalité des chances entre les agriculteurs européens. Cela passe aussi notamment par le fait de ne pas surtaxer le carburant agricole. Il faut 'zéro surtaxation' sur le GNR", assène-t-il.

Une surtaxation intolérable

Ce qui attise surtout sa colère, c'est d'abord ce projet de taxation supplémentaire sur le GNR, le gazole non-routier : "C'est le carburant agricole. Le gouvernement a pour projet une surtaxation de ce carburant, étalée jusqu'à 2030. Tous les ans, il y aurait une hausse de la taxation progressive sur ce gazole. Ce qui va nous amener à payer 25 à 30 centimes de plus au litre, d'ici 2030. Aujourd'hui, ce litre nous revient à environ 1,10 euro, sans tenir compte de la variation des prix du pétrole. Les 25 centimes que l'on aura s'ajouteront au prix du jour pour le pétrole."

David Lavenant ne comprend pas le fondement de cette mesure. "L'État est en train de punir l'agriculture en taxant finalement les agriculteurs. Ce n'est pas aux agriculteurs de faire les adaptations du gazole vers l'électrique. Payer plus cher le GNR, ne va pas forcer les constructeurs à changer leurs modèles.

"Le gazole dans les tracteurs n'est pas mis pour partir en vacances, mais pour produire de l'alimentation. En tenant compte de ça, on estime que le carburant agricole doit être une exception. Il doit être détaxé, pour pouvoir maintenir un prix de l'alimentation relativement faible", complète, avec un brin d'ironie, l'exploitant agricole.

La lourdeur administrative

D'autres motifs attisent le ressenti des agriculteurs, à l'image des "surtranspositions franco-françaises" de la réglementation européenne. Le droit européen impose l'adaptation dans le droit des États membres, de ses normes, appelées "directives". Cette lourdeur administrative pose problème, selon David Lavenant, à l'image des "zones de non-traitement". Il s'agit des "bandes obligatoires, d'une zone de 3 à 5 mètres, non traitées", qui doivent séparer les champs qui jouxtent "des maisons, des sites industriels, des zones commerciales, des terrains de sport".

L'agriculteur cite aussi le cas du "conseil stratégique phytosanitaire". Plus connus comme le CSP, ils doivent "le passer tous les deux ans", pour prouver que "l'usage des produits phytosanitaires est conforme à la réglementation". Ce peut être des produits tels que les fongicides, les herbicides et les insecticides.

Le président du syndicat local FDSEA Montfort mentionne enfin "toutes les obligations d'implanter des engrais verts après les récoltes des cultures principales". "Ce sont des petites graines, qui doivent être semées après une récolte principale. Elles donnent des petites plantes, qui captent l'azote résiduel du sol, pour éviter qu'il ne se retrouve dans les nappes phréatiques, dans l'eau de pompage", décrit David Lavenant. Une idée qu'il qualifie d'"agronomiquement intéressante", mais il reste réservé : "L'État nous oblige à semer ces graines, sans tenir compte des conditions climatiques."

Pour lui, cette exigence est un non-sens. "Quand il y a un épisode de sécheresse ou d'extrême humidité, on doit rentrer dans les champs, alors qu'on ne peut pas forcément semer ces graines. Lorsqu'on ne peut pas, on doit remplir des formulaires étayés par des relevés météo et des photos, pour prouver que ces graines n'ont pas pu germer", déplore-t-il.

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David Lavenant se déclare "déterminé à tenir dans la durée". "Il y a des chances que les actions durent jusqu'au salon de l'Agriculture, le 21 février prochain. Après, la prochaine étape, ce sont les élections européennes et sinon, les Jeux Olympiques. S'il n'y a pas de promesses claires et concrètes, il y a des chances que cette vitrine nationale et internationale soit bien gâchée", assure le représentant local du syndicat agricole FNSEA.

L'action de ce jeudi 25 janvier consiste en une opération "escargot". "Nous n'avons pas l'intention d'empêcher les gens d'aller au travail, il y a toujours un mouvement de voitures. C'est vraiment l'étape de demain : faire de la gêne, sans les gêner. Cela pourra monter crescendo : l'opération "escargot", les blocages, puis on est capables de bloquer les raffineries, et plus encore s'il faut, car si on n'emmerde pas (sic), on n'est pas entendus", explique David Lavenant.

Une action qu'il tient à mener davantage, au vu du contexte. Plus tôt dans la semaine, un barrage agricole avait été forcé à Pamiers (Ariège) par les occupants d'une voiture, faisant deux morts et un blessé grave. "Je suis très éprouvé par ce qui est arrivé, et j'en profite pour présenter mes condoléances à la famille. Malheureusement, si ce mouvement national s'arrête demain, elles seront parties pour rien. Il faut mener le combat jusqu'au bout, pour cela ne soit pas vain", ajoute-t-il.

Le représentant syndical assure avoir "prévenu les forces de l'ordre". Pour les automobilistes, des déviations seront mises en place, le temps de cette mobilisation.

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