Le confinement a été propice à la réflexion créative pour la danseuse Leila Pasquier

Dans le magazine de la création artOtech, nous laissons carte blanche à des artistes pour chorégraphier un lieu. La danseuse Leila Pasquier investit le jardin du restaurant "La mare aux oiseaux"

© Anaïs Crusson - artOtech
Dans l'épisode d'artOtech consacré à Eric Guérin, le chef étoilé de Saint-Joachim, nous avons demandé à Leila Pasquier d'improviser une chorépraphie dans le jardin du restaurant La mare aux oiseaux
la danseuse Leila Pasquier investit le jardin du restaurant La mare aux oiseaux
 

Ce jour-là, notre tournage avait pour cadre le restaurant d'Eric Guérin à Saint-Joachim

Le soleil au zénith inondait la Brière. "La mare aux oiseaux" nous servait de décor. Sous une tonnelle du jardin, refuge salutaire en cette journée de grande chaleur, la pause déjeuner orchestrée par les brigades du restaurant réunissait toute l'équipe et la danseuse Leila Pasquier, ma voisine de table et l'invitée de la séquence All we can do. Ce repas, calme et apaisant, alternait de brefs échanges sur nos séquences du matin et de longs silences provoqués par l'arrivée des plats dessinés et inventés par Eric Guérin.

artichaut/anguille fumée/oeufs de brochet - canard/miel : Comment résister à ces assiettes ?
artichaut/anguille fumée/oeufs de brochet - canard/miel : Comment résister à ces assiettes ? © artOtech

Oui le silence et le ravissement devant ces mets délicats inspirés par cette Brière si mystérieuse pour les néophytes et si familière au maître des lieux, un terroir qu'il a appris à réinterpréter.

Seule Leila arrivait à rompre ce silence et à mettre les mots justes sur la dégustation comme si elle avait déjà des clefs pour entrer dans l'univers du chef sensible aux énergies, à ce qui fait du bien à l'âme et au corps. Eric Guérin, avant d'être une étoile de la gastronomie, est celle de la Brière et en tout cas, un enfant du marais.
Une alchimie cuisine-danse-nature dont Leila allait pouvoir nous peindre les contours et le charme en mouvement, avec la complicité inattendue d'une grue couronnée, le héron roi du jardin.
Nous avons eu tellement conscience de vivre "un temps suspendu" qu'on aurait voulu qu'il ne s'arrêtât jamais ! 

C'est une expérience et un lieu qui nourrissent encore ma créativité intérieure, je n'ai qu'à fermer les yeux et parcourir les choses que mon corps a traversées un jour dans cet espace-temps, que je pouvais remplir en toute liberté en dansant 

Leila Pasquier

 
Eric Guérin ©artotech


Le confinement et la danse 

Le COVID 19 a suspendu notre temps et notre vie. Pourtant, cette période de confinement, pour Leila paraît propice à la réflexion créative !
"Je n'ai plus 20 ans et je traverse la création en fonction de ma vie personnelle avant tout, je perçois la créativité comme une action.
Je suis, en revanche très curieuse de pouvoir me donner le temps d'observer ceux qui font la danse de demain via les réseaux sociaux; il y en a beaucoup que j'avais vu ou rencontré bien avant le confinement et certains se révèlent à travers cette unique fenêtre et c'est passionnant
"

Ce sont des jeunes gens qui ont encore, à ses yeux, des choses à prouver pour se réaliser "pour donner de l'entrain et du sens à ces questions qui nous sont posées finalement tout le long de notre vie. Ma fille aussi est le prolongement de ma créativité, d'une certaine manière elle m'observe et me bouscule à son tour pour voir si : maman bouge, danse, improvise, chante, vit ! ? ! "

Mais, au fond, le confinement n'est-il pas le meilleur moyen pour s'observer soi, savoir de quoi nous avons besoin pour se satisfaire et vivre ? 
"La liberté est ma recherche ultime en tant qu'artiste et ce confinement  amène la question de l'utilité dans la créativité de tous les jours même lorsqu'on est confiné 
Leila ne se sent pas vraiment productive en ce moment mais se prépare à l'être "en ciblant les endroits qui me paraissent défaillants, mettre ainsi en œuvre ma créativité comme un levé de rideau au moment où il sera temps." 


Le rôle de la danse dans notre vie 

Le COVID nous oblige à repenser notre rapport au corps, au mouvement et interroge donc aussi la danse. Pour Leila Pasquier, il est nécessaire de concilier carcan et mouvement : "La danse est une négociation entre le cadre et le "hors-cadre", il faut pouvoir trouver des issues pour rester digne et mouvant". 

Pour la danseuse, même dans l'immobilité "la vie doit circuler dans nos veines, tout est question de respiration... d'où l'importance de partager aussi cette discipline dans les milieux de la santé comme le  handicap, la grossesse, la jeunesse et la vieillesse. Celui qui perd la connexion avec son corps, le cache, ne le bouscule pas un peu, se retrouve piégé dans cette enveloppe/carapace qui est totalement sujette et victime de la perception de l’Oeil de la société"

Le chorégraphe Georges Momboye l'a sollicitée en 2019 pour reprendre son solo "Le Prélude à l'après-midi d'un faune" un choix qu'elle accueille comme un cadeau. Il lui laisse la place de la femme, artiste et interprète dans ce solo qu'elle a pu tourner en artiste invitée dans différentes manifestations depuis. La place de la transmission pédagogique, pour elle a toujours été primordiale pour aller à la rencontre du public. Regardez :

Leïla PASQUIER, Compagnie Georges Momboy - le Prélude à l’après-midi d’un faune Debussy (chorégraphie Georges Momboye)



Pour voir ou revoir l'épisode d'artOtech avec Eric Guérin et Leila Pasquier, c'est ici :  

artOtech avec Eric Guérin le chef étoilé de Saint-Joachim

 
Quelques repères sur Leila Pasquier
Leïla Pasquier née à Grenoble en 1974. Elle débute la danse à 6 ans et trouve dans cette activité une révélation de vie qui ne la lâchera pas. Après un stage intensif à l'aube de ses 17 ans au Alvin Ailey school de New York, elle fera finalement ses classes au CNSMD de Lyon de 1992 à 1996 sous la direction de Philippe Cohen ( aujourd'hui directeur du Grand Théâtre de Genève). Elle travaille pendant plusieurs années avec des chorégraphes contemporains comme Lionel Hoche, Abou Lagraa, David Drouard, Georges Momboye, François Veyrunes ou encore Philippe Decouflé.
Elle croise aussi dans ses expériences scéniques des personnalités comme Kader Belarbi et Marie-Agnès Gillot qui ont un autre parcours au sein de la grande maison de l'Opéra de Paris ou encore quelques danseurs Hip-Hop reconnus internationalement comme Hagson Ndjagui, Dedson ou Yugueson du crew les Wantedposse, véritables maitres en la matière qui enrichiront Leïla sur ses visions des différentes techniques de danses.
Aujourd'hui, Leila exerce une activité de conseillère d'artistes graffeurs notamment pour @akhine.art insta sur le  thème du mouvement dansé.

 
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